Graves & Cernès Pays negue Landes de Gascogne

Saint-Magne

- Gaby


 

Gat Mort / Ga Mòrt

Toponyme intéressant.

L’étymologie populaire dit : "chat mort".

Une première étymologie qui est habituellement proposée est ga mòrt "gué mort". Mais cela pose un problème : un "gué mort" serait donc un "gué à sec"... mais justement un gué est un lieu où l’on traverse à sec. Et puis, le Gat Mort ne désigne-t-il pas à l’origine une zone de lagunes ?

On peut aussi penser au latin aqua morta "eau morte (stagnante)" qui aurait évolué comme aqua lata > Goualade, aqua nigra > Gouaneyre, aqua alba > Gouaougue. Sauf que... on n’a pas *Gouamorte, mais une forme masculine, et en ga-.

Je propose donc l’hypothèse suivante : ce serait un augar mòrt "marécage (aux eaux) stagnant(es)", compris "au Ga Mòrt" donc "lo Ga Mòrt". Et là, tout se tient ! La géographie et la linguistique !

N.B. Ces éléments sont jetés là sans que j’aie sous la main des attestations anciennes ni les travaux de B. Boyrie-Fénié ou autres. A enrichir, donc.

Lo Gat
Prononcer "Lou Gat".


 

Grans de sau

  • Quelques pistes de réflexion et une conclusion.
    1) L’abbé Baurein citant, dans les Variétés bordelaises, un extrait des Rôles gascons de 1342 :
    "Pro eodem Bernardo de Scossano habendo executiones juridiciorum, in causis criminalibus, in rivo de Calemort, infra juridictionem, in loc.() de Sancto-Magno, infra Parrochiam de Oustens".
    2) Observation du terrain sur les cartes :
    La source de ce ruisseau se trouve dans les marais d’Hostens. Sur la carte I.G.N., le lieu-dit Gat mort figure au nord du marais du Cla, que le ruisseau traverse, mais également en aval, au sud de Villagrains, tout près de lieux-dits Crabe morte et Devant Crabe morte, venant s’ajouter au lieu-dit Aouille morte, à l’ouest d’Hostens.
    Beaucoup de drames dans ce coin ! Ceci pourrait expliquer l’attraction paronymique qui fait qu’un chat émerge aussi de ces lieux fangeux…
    Il est évident que gat est l’altération d’un hydronyme et mòrt un adjectif qui le caractérise, dans une formation des plus classiques.
    3) L’hypothèse de Gaby est tout à fait recevable, sur le plan linguistique et logique, compte tenu de l’environnement géographique.
    *Augar mòrt > [au]gar mòrt par aphérèse et Gat mòrt par attraction paronymique (cf. supra). Le sens en serait, dès lors, "le lieu marécageux stagnant", mais cet appellatif serait franchement redondant. On n’est pas, il est vrai, à une tautologie près, en toponymie, sauf qu’elles lient généralement deux substantifs (type montcuc).
    Il faut alors se rappeler que mòrt n’a pas toujours le sens de "mort, immobile, stagnant", il a également le sens, en hydronymie, de "lent, calme, au faible débit". Lorsqu’on veut parler d’eau stagnante, on emploie aiga (type Aiga mòrta) et, dans ce cas, on a bien une "eau stagnante" par opposition à une aiga viva.
    Si l’on considère les caractéristiques du ruisseau qui nous intéresse, il appartient à la catégorie des cours d’eau "tranquilles" (pente à 1,9 %). Je pense donc que mòrt, avec l’acception de "calme", convient bien.
    On se trouve, ici, dans un schéma similaire qui oppose le Guiers vif au Guiers mort (Savoie), l’Hers vif à l’Hers mort (Ariège / Haute-Garonne), antonymes qui font allusion au débit.
    À Trensacq (Landes), nous avons le ruisseau de Rainemorte qui, à l’instar du ruisseau de la Raine (affl. de l’Ouche, Côte d’Or, Supra Ranam en 1360) désigne une grenouille, autrement dit un secteur marécageux. Par métonymie, la grenouille désigne le ruisseau comme le castor nomme la Bièvre. Là aussi, ce sont des cours d’eau au débit lent. Mort n’y a pas le sens de "stagnant" ou "asséché".
    En conclusion, pour moi, il vaut mieux partir d’un syntagme *aquale mortuus, dans lequel un adjectif masculin s’agrège à un terme féminin, type lanagran, tèrrafòrt, aigardent.
    AQUALE, Canalis, rivus... (Du Cange)

    Partir de aquale explique, du coup, l’occurrence médiévale Calemort : *aquale mortuus > agau mòrt > (a)gau mòrt > gat mòrt, ainsi graphié par le copiste qui fait une sorte de réfection savante, car il sait que agau procède de aquale.
    Si, en gascon moderne, le terme désigne un cours d’eau canalisé, le latin tardif propose un sens plus large, canalis / rivus. Il n’est pas exclu que le cours de ce ruisseau ait été, jadis, endigué, d’où le choix de ce terme, préféré à rivus. BBF


Un gran de sau ?

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