Notre région, c’est la Gascogne !

B intervocalique

mercredi 21 février 2018, par Renaud

En ce moment, je me penche beaucoup (aïe, mon dos) sur les cartes de l’ALG. Y a-t-il des travaux qui étudient le "b" intervocalique béarnais, lavedanais et chalossais ?

- Est-ce une influence aragonaise qui serait remontée d’Aspe jusqu’à Roquefort ?
- Un reste d’une prononciation originelle ?
- Ou une "languedocianisation" venue par les routes marchandes ?

Je pencherais plutôt vers la dernière explication, au vu de toutes les cartes qui montrent la porosité du Béarn en termes d’influences linguistiques venues de la plaine, surtout dans ses deux vallées et Ossau en particulier ("j" intervocalique, "miel" masculin, a radical dans "minjarèi", voir même "manjarèi" - au lieu de minjerèi - "lou" à la place de "eth", "crambe" plutôt que "crampe", etc...)

Mais l’influence viendrait-elle d’un antique chemin "Toulouse-Auch-Pau", "Toulouse-Bordeaux-Pau" ou "Toulouse-Tarbes-Pau" ? Pour le "b", cela me paraît plus probable que cela soit passé par la Gironde, même s’il y a une longue zone "w" entre Langon et le nord de Roquefort...

Mais où s’arrête exactement ce "b" intervocalique "sibaze" après Roquefort ?

Qu’en dites-vous, chers confrères ?!



Grans de sau

  • Continuant ma réflexion en direct live, je me demande si l’on ne peut pas mettre deux cartes en parallèle : le "b" intervocalique, par exemple dans "avoine" (sibade/sibaze) et ce trait "que j a" pour dire "que i a". Ils empruntent, sur une possible route Pau-Bx, le même chemin, cessant tous les deux à Roquefort.

    Détail intéressant, Lubbon (656SO) dit aussi "que j a", alors qu’il dit "siwaze". Le chemin de "languedocianisation" serait-il passé plutôt par une route Aiguillon-Lubbon-Pau que par la Gironde ? Aiguillon disant aussi "sibado".

    Et chose qui me chafouine, sur la carte de "que i a" (il y a eu, carte 97), la vallée d’Ossau est décrite en "que i a", alors que je connais une femme qui en est originaire qui dit "que j a"... Artiaque peut-il le confirmer ? Logiquement, il doit y avoir une ligne "que j a" d’Ossau jusqu’à Garlin (676SO), premier point documenté tel quel par l’ALG...

  • La carte ALG 1612 inciterait à voir (à la va-vite) un substrat aquitanique pour la zone où -w- et -y- sont possibles ou majoritaires, et l’invasion des vascons repoussés par les wisigoths pour la zone avec -b- et -y- exclusifs.
    Mais tellement d’autres cartes donneraient des conclusions différentes, en particulier peut-on expliquer la différence gascon occidental / gascon oriental par une influence toulousaine ?

  • Una causa que pòdi díser, es que tot lo Vasadés au sens estret (= riba gausha de Garona) ditz ’’w’’, au mens per sa partida girondina, mès me pensi que tot l’Òlt-e-Garona riba gausha ne’n es tabé . Pensi que ’’b’’ atenh pas la termièra nòrd deu departament 40

    Pensi que son 2 causas desparièiras :
    - l’extension de ’’b’’ a l’entorn de Recohòrt sembla vèner deu Biarn
    - la prononciacion ’’b’’ en Entre-duas-Mars e Marmandés diu èster una influéncia guienesa

  • Je confirme que "j" est la prononciation dominante aux alentours de Laruns.
    (ex : il y a "kéja", es-tu prêt "éjès", jolie "bérojo" etc...).
    En revanche en prenant un périmètre plus large avec toute la vallée et les alentours (mettons en se promenant d’Asson à Oloron en passant par le Bas Ossau) il me semble qu’on a coexistence y/j.

  • Le basque de France connaît le phénomène de transformation -w- > -b- : cf le nom basque de Paue (avec finale dite "analogique", non-étymologique), prononcé Pawé, devenu Pabé dans certains dialectes.

    Mon intuition est qu’il s’agit d’un hispanisme, né au contact des régions les plus intimes avec les régions de langue castillane ou aragonaise : Bayonne, les vallées béarnaises, le Lavedan, puis qui s’est étendu à la plaine adjacente.

  • (Remarque : Je n’ai pas lu l’Atlas Linguistique du Gascon, je n’en connais que les cartes reproduites sur ce site. Est-ce qu’on ne surinterprète pas les différences à partir d’une référence, fût-elle d’exceptionnelle ampleur, unique ?)

    Sur le j du haut-ossau, j’ai lu que d’aucuns proposaient d’y voir une évolution par contact avec la vallée de la Garonne lors des transhumances d’hiver.
    Sur ce trait comme sur quelques autres, le haut-ossau formerait une île au milieu des parlers du sud-ouest gascon.
    Pourquoi pas. Attention néanmoins :
    - veiller à ne pas surinterpréter et fixer à partir de l’ALG. Par exemple les deux "parabole de l’enfant prodigue" enregistrées au plus près de chez moi que j’ai écouté ne me semblent pas suffire à donner une idée claire de la langue dans son détail, notamment sa variabilité. Dit autrement : faites avec deux autres personnes, on concluait parfois différemment...
    - si partant de ce point haut ossalois l’on prend pour référentiel géolinguistique non le gascon mais l’aire ouest-pyrénéenne, la question y/j (au sens large, pas juste l’intervocalique) est moins simple : Aspe et Barétous en y mais Soule et Aragon en j puis de nouveau vers la Navarre du y.

    Des choses similaires à dire sur le b/w...

  • "la porosité du Béarn en termes d’influences linguistiques venues de la plaine, surtout dans ses deux vallées et Ossau en particulier ("j" intervocalique, "miel" masculin, a radical dans "minjarèi", voir même "manjarèi" - au lieu de minjerèi - "lou" à la place de "eth", "crambe" plutôt que "crampe", etc...)"

    Sans vouloir (du tout) prétendre savoir le fin mot des choses, comme je connais un peu quand même mon chez moi :

    - lou plutôt que eth à Laruns c’est sûr, sur la vallée dans son ensemble non,

    - il y a une variabilité lou sanc / la sanc, c’est peut-être pareil avec le miel.

    Peut-être une chose en Ossau est à rechercher dans l’histoire de ces 150 dernières années, peut-être la diglossie gascon/français s’est-elle posée de façon singulière ici. Je peux témoigner que les deux langues s’interpénètrent très volontiers, avec bonheur. Ce n’est pas parce qu’on dit "Nuste Damo" qu’on ne dit pas "downo", on dit "flu" et "e’lu", "kwan turnaras" et "kwan puski", "hèit" et "fèit". Y’a de petites nuances de sens souvent. Il faut voir qu’avec le thermalisme, les grands travaux le tourisme etc... la moindre maison usait quotidiennement du français pendant que l’autogestion opiniâtre des affaires publiques par les maisons n’a jamais permis qu’une élite se coupe du patois...

    Et je me demande même en remontant plus loin, si l’on n’a pas les restes de plusieurs registres de langage du gascon.

    - crambe plutôt que crampe je crois que c’est une "douceur" qui ne se retrouve guère ailleurs. Ex : "blango" blanche, "awdu" hauteur. Je me suis avisé que nous diphtonguions les "o/au" différemment aussi : "owlyo" brebis.
    Et si l’on cumule les deux, l’on comprend pourquoi j’ai eu du mal à reconnaitre dans le titre d’une chanson de Nadau "Era sauta de Banassa" la montée aux estives que je prononce "sowdo" !

    - l’infinitif reste non-modifié quand on forme le futur ou le conditionnel c’est vrai : ke parlarèi, ke minjari... Et c’est l’inverse ’ke minjerèi" qui me fait l’effet d’un gallicisme ?

  • L’ALG est un outil d’une grande fiabilité qui ne se contente pas de mettre en exergue tel ou tel mot, telle ou telle tournure pour en tirer des conclusions générales. Il est constitué de 6 volumes, de centaines de cartes lexicales, phonétiqus, phonologiques, syntaxiques, traitant du système verbal et est le fruit de pratiquement vingt années d’un minutieux travail effectué par des linguistes de (très) haut vol (Séguy, Allières, Ravier etc...). La plaine béarnaise et la vallée d’Ossau apparaissent comme ayant une gasconité moindre, comparable à celle du Nord des Landes, de l’Ouest du Gers ou de la plaine Bigourdane. En cela, Ossau est un coin enfoncé dans la continuité très conservatrice des parlers pyrénéens. L’ouest du Béarn, Aspe et Barétous sont plus conservateurs, c’est un fait.
    C’est peut-être douloureux pour certains Béarnais de l’est (Palois ou autres) ou Ossalois mais c’est comme ça. Moustey a un degré de gasconité équivalent à Bielle ou Aas.

  • J’avais compris que cet ALG est un travail solide. Avec mes modestes moyens je pose de petites questions. Je constate que des affirmations au sujet du parler de chez moi sont inexactes ou peut-être mal répétées, je le dis et j’essaie de comprendre d’où ça vient ?

    (Et diable... si mon dialecte est effectivement moins "conservateur" pourquoi cela serait-il "douloureux" ?
    Le jour où un pourcentage sur une carte dans un bouquin influera sur mon état émotionnel j’irai consulter rassurez-vous !)

  • Il n’est pas contestable que le Béarn se présente comme un pays ouvert aux innovations linguistiques, probablement via Pau et son cosmopolitisme depuis le XIXème siècle.

    Maintenant, s’agissant d’un trait comme le -b- intervocalique, également connu en Lavedan, zone plus archaïsante, ou à Bayonne au parler très typé, il ne me semble pas évident d’y voir un trait de moindre conservatisme.

    Dans cette optique, l’hispanisme me semble le plus probable. Le son j- de la vallée d’Ossau, en revanche, me semble relever d’une explication "moderniste".

  • C’est vrai que les mailles de l’ALG sont tellement resserrées que très peu de choses ont échappées aux enquêteurs. Les points n’ont jamais été choisis au hasard et ont été réfléchis, ça en est même étonnant (surtout si l’on compare à la médiocrité de certains "penseurs" linguistiques occitans contemporains, suivez mon regard). L’ALG est de plus parfaitement neutre.

    Pour le traitement de la diphtongue "au" en Ossau, ce n’est pas particulièrement étonnant, on a un phénomène semblable dans le sud des Landes (avec des réalisations un peu différentes en contexte prétonique : "un oucat" pour "aucat").

    Après, est-ce qu’on peut relier "haudou" ou "blango" à "cramba", je ne sais pas. Peut-être que c’est une solution endémique avec la transformation des occlusives sourdes, possible.

    De toute façon, on peut avoir plusieurs raisons au même phénomène...

    Et pour "canterèi", c’est terrible de voir comment cette graphie est isolée et semblera être un "localisme" à ceux qui croient tout savoir. Elle est pourtant très très majoritaire en Gascogne...

    Dans un autre sujet, la graphie "uei" paraît stupide quand on regarde la carte "aujourd’hui", nulle part en Gascogne, on ne prononce de "u". Quelle est la raison de ces "uei", "uelh", si ce n’est celle de relier, par force, le gascon au languedocien ? Je dirais même, de relier le gascon à "un" languedocien puisque l’on voit bien sur l’ALF que ces prononciations en "u" sont assez minoritaires aussi en languedocien...

    J’en ai plein d’autres comme ça que je suis en train de compiler (avec les cartes).

  • Après, est-ce qu’on peut relier "haudou" ou "blango" à "cramba", je ne sais pas. Peut-être que c’est une solution endémique avec la transformation des occlusives sourdes, possible.

    C’est le phénomène connu, étudié par Rohlfs, à savoir la sonorisation de p, t et c après nasale (n,m) et latérale (l).

    alta "haute" > ’awdo, graphié auda (t après latérale l, vocalisée)
    blanca "blanche" > ’blango, graphié blanca (c après nasale n)

    En revanche, le cas de cramba est plus intéressant, également étudié par Rohlfs : l’étymon est le roman *cambra (dérivé du latin camera), qui donne chambre en français. Autrement dit, cambra en oc puis cramba par rhotacisme.

    La forme de la plaine crampa fait état d’hyper-correction : à une époque inconnue de l’histoire du gascon, la forme cramba a été sentie comme fautive, et une forme - fausse étymologiquement - crampa a été restituée, dans le contexte d’un phénomène de correction de sonorisations mentionnées ci-avant.

    En revanche, dans le cas de hautor "hauteur", la correction depuis haudor était ... correcte.

    Bref, c’est assez connu, partout où l’on dit crampa, c’est que dans un état ancien de la langue, l’on a dit cramba, ainsi que l’étymologie le commande, avant de corriger faussement une prononciation probablement perçue comme populaire.

    Cette prononciation, maintenue en Aspe et Barétous, et sporadiquement en Ossau, prononciation dont il ne reste que le mirage de la prononciation crampa en plaine, est un trait de substrat bascoïde, connu également en aragonais, et dans les emprunts du basque au latin.

    Que la vallée d’Ossau possède encore pareilles prononciations montre que celle-ci a su parfois faire montre d’archaïsme. Et qu’il est fort probable que les sujets choisis pour étudier le gascon ossalois n’étaient peut-être pas toujours représentatifs.

  • J’ai étudié ces faits (y/j et w/ß) avant ma thèse, pour ma thèse et depuis, mais n’ai pas le temps de m’y replonger. En gros, ce dont je me souviens :

    Pour y/j, y est primitif, j est un durcissement moderne, plus répandu dans le nord du domaine ; Ossau l’aurait importé du fait de la transhumance, les bergers transhumants ayant un certain prestige qui aurait répandu ce trait. On le trouve sur les chemins de la transhumance, et le j à Lescar serait lié aux possessions ossaloises du Pont-Long.

    Le w est primitif, puisque c’est la prononciation latine, et je n’ai pas aperçu de notation écrite d’un b dans ces positions avant 1400.
    Le b apparait alors, et se répand jusqu’à Roquefort ; j’y vois une effet du prestige de la cour d’Orthez et du fait que le vicomte de Béarn était devenu comte de Marsan.

    L’influence espagnole m’avait d’abord paru évidente, mais, si j’ai bien compris, le « bétacisme » (passage de /v/ à /ß/) en péninsule ibérique est considéré comme d’influence basque !

    Par ailleurs, la banlieue de Bordeaux prononçait w vers 1920 (Gric de Prat, le Taillan, Eysines…) alors que Mèste Verdier avait /b/ à Bordeaux même en 1820.

    Il y a là un beau chantier, mais je vois qu’il y a de bons ouvriers à pied d’œuvre !

  • Dans les textes gascons du XXe ,voire XXIe siècle pour ce qui est de quelques collectages, on voit que [ß] est la prononciation de l’Entre-deux-Mers alors que [w] celle de la rive gauche avec toutefois une incursion dans les coteaux macariens( peut-être due à des brassages de populations avec Langon ? - les coteaux du Réolais n’ont pas connu cette incursion du [w] sans doute car ils ont été plus longtemps de langue marotine , quant au Marmandais il n’y avait peut-être que peu de gens du Queyran qui venaient sur la rive droite). Bref tout cela pour dire que le [ß] girondin vient de l’est de toute évidence. S’il avait été apporté en Gironde (pour la Petite Lande je ne peux pas dire le contraire) par les transhumances, il aurait été present en Bazadais, d’ailleurs on avait quelques traits béarnais autour de Langon tels oelh ou hoelha.

  • L’élucidation ci-dessus de ces phénomènes par Jean Laffitte me parait claire et quasi évidente ;merci pour cette belle démonstration .
    Un petit doute quant à la motivation du passage de crambe a crampe en plaine par un souci d’hyper-correction ( il faudrait des témoignages pour affirmer cela).J’y verrais plutôt une tendance lourde des Gascons à prononcer "p" le son "b" surtout doublé,bien occlusif ("tarripple " !) mais il me semble avoir entendu aussi des "propaple "non doublés . Quand Vincent parle d’influence bascoîde c’est peut-être ce qu’il a en tête d’ailleurs.

  • D’accord et pas d’accord avec Gérard ! D’accord pour "crampe" et l’hyper-correction. Comment peut-on être sûr de ces théories ? Surtout pour des phénomènes très anciens, à moins d’avoir des études socio-linguistiques vieilles d’il y a 400 ans !

    Pas d’accord parce que, en matière de dialectologie et d’influences, rien ne paraît plus mal "choisi" que le mot "évident" !!

    Je suis d’accord avec Gaby pour les doutes sur les chemins de transhumance. Moi, après je manque de culture historique gasconne mais d’un simple aperçu visuel, je constate que pour le "j", l’espace entre Lubbon et Aiguillon est assez mince. Ce n’est pas parce que le languedocien réalise le "j" en "dj" ou en "ts" que ce n’est pas un j. Le "ou" de "oucat" est quand même un "au" par exemple.

    On peut dire : "oui mais il y a un espace "y" entre la poche "j" est-béarno-landaise et le secteur d’Aiguillon en "j". C’est vrai mais il paraît clair qu’il peut y avoir deux poches séparées l’une de l’autre et qu’elles soient directement en lien entre elles. On le voit avec le lexique. Pour le mot "robinet", on a le nord de la Gironde qui a le mot "jau" (mot qui vient du saintongeais), d’autres mots au sud puis à nouveau "jau" dans la Grande-Lande. Ce mot étant non-gascon, il vient forcément du nord et a été forcément "amené" jusque là. Mais comment savoir s’il était "originellement" répandu du nord de la Gironde jusqu’à la Grande-Lande puis qu’un contre courant ait coupé le secteur en deux ou alors, si dès le début, on a eu deux poches séparées...

    De ce fait, pour moi, le "j" béarnais vient du languedocien (comme le j du nord des Landes) et j’ai quand même des doutes sur le "b" béarnais... Il y a trop de cartes qui se ressemblent (mais on sait aussi qu’en dialectologie, rien ne se superpose vraiment) où Ossau semble être à part sur le gascon pyrénéen. Après, dur de savoir d’où viennent les influences, si elles partent du Béarn ou si elles y arrivent. Le plus probable est que ce soit les deux (comme ds tout point de l’ALG, d’ailleurs : tout point est en même temps centre du continuum, réceptacle et émetteur)

    Voilà voilà... Beaucoup de choses dites !

  • "Le pire pour un ouvrage scientifique est de devenir une Bible, un Coran...." (commentaire 10). Réflexion bizarre et même surprenante.
    L’ALG c’est exactement le contraire, c’est l’ouvrage qui justement permet de briser les dogmes, les croyances et les légendes urbaines comme celle qui consiste à voir dans le "béarnais" (lequel n’existe pas en tant que dialecte unifié et encore moins en tant que langue) la quintessence des dialectes gascons.
    L’ALG est une base de travail extrêmement fiable et pas un ouvrage idéologique cherchant à tout prix à mettre en avant des choix politiques partisans et/ou militants.
    L’ALG est un ouvrage parfaitement neutre, contrairement aux élucubrations des "linguistes" dont parle le commentaire 12. L’ALG remet les choses à leur place, quitte à briser quelques rêves béarnocentristes (entre autres).
    Mais on peut aussi l’ignorer et continuer à penser comme s’il n’existait pas. Je crois que c’est plutôt ça une attitude dogmatique et obscurantiste.
    Je propose à l’intervenant qui y voit autre chose de s’y plonger, il est consultable dans les bonnes bibliothèques universitaires (ou ailleurs) et je suis certain qu’il y prendra beaucoup de plaisir tout en y apprenant une foule de choses sur son parler. Donner son avis sur un ouvrage sans l’avoir jamais consulté est une chose bien étrange tout de même.

  • Juste, tout couillon que je suis, je me permets d’insister : si l’on va chercher des influences si loin qu’en Gironde et Languedoc pour comprendre une phonétique haut-béarnaise, ne devrait-on pas inclure dans la réflexion l’Aragon, la Soule, la Navarre ? et le Lavedan, le Sobrarbe...

  • Le phénomène de l’hyper-correction ne touche pas que le mot crampa mais une foultitude de mots relevés par Rohlfs, où le gascon a manifestement corrigé fautivement, quand les vallées pyrénéennes de l’Ouest restaient fidèles au phonétisme bascoïde, encore aujourd’hui en Aspe et Barétous de manière systématique (sourdes intervocaliques, sonorisation après latérale et nasale).

    Les dérivés du latin calda montrent pareillement le phénomène d’hyper-correction. Il suffit de comparer Cauterets et Cauderès à Talence. Il n’y avait aucune raison pour le gascon de faire passer la suite -awd- à -awt- dans Cauterets.

    Le phénomène est amplement étudié dans l’ALG dans le volume des cartes : la carte que le phénomène dessine colle pas mal à d’autres traits hyper-gascons, laissant seulement bizarrement de côté le Comminges pyrénéen.

    Alors évidemment, on peut n’y voir qu’une tendance. Force est de constater qu’elle est connue dans les parlers les plus fortement gascons.

  • Gérard : -ble > -ple est un trait typiquement languedocien ( au sens dialectal) qui a diffusé à Bordeaux ( d’ailleurs il y a un toponyme Le Sapla à Bassens et Saplounet à Bonnetan !) Voir la carte de l’ALF très parlante et les commentaires sur
    http://losarmoneir.unblog.fr/2017/05/03/prononciacion-deu-lengadocian-confrontacion-de-lideologia-a-lalf/.
    Le cas de -cle/-gle est peut-être différent : dans mon parler garonnais on dit : miragle (> esmiraglat), siègle, mais boclar, et même les unclas (=ongles). Bouglon se dit localement Boclon , le seigle peut se dire segle ou secle, et pour revenir à -ble/-ple on a les doublons pible/piple et puble/puple tandis que les autres mots en -able ne s’assourdissebnt pas.

    Renaud : sur la même page, la répartition de "j" est étrangement liée à la Garonne !!

  • 21.Bon Gaby,j’aurais quasiment juré avoir entendu jadis un vieux lanusquet (luot) dire "tarripple" comme il disait "plancarte" pour pancarte mais si l’ALF montre le contraire,ma mémoire s’incline !

  • Disons que c’est un trait systématique en languedocien (sauf marges) et sporadique en gascon. Peut-être que Halip pourrait nous éclairer.

  • Madame ou Monsieur des commentaires 8 et 18,

    Vous avez manifestement des choses à régler avec des tenants de positions béarnistes. N’ayant pour ma part jamais défendu aucune position de ce type, je ne vais pas pouvoir entrer dans votre polémique.

    Ensuite on est en droit de poser des questions sur des conclusions tirées d’un ouvrage même si l’on n’a pas lu l’ouvrage en question. C’est bien pour cela que je viens poser des questions sur ce site où je sais que des gens qui ont ledit Atlas pourront éclairer ma lanterne.

    S’agissant d’une enquête de terrain, j’avais l’impression en proposant mes remarques de terrain de participer à prolonger la dynamique de l’ouvrage. Je voulais contribuer à la discussion sur les points précis proposés par Renaud, pas allumer une polémique sur des présupposés.

    La meilleure des études est imparfaite. Questionner une étude n’a rien d’hostile, au contraire. Les bonnes enquêtes sont celles qui suscitent des questions, que l’on remet en cause, que l’on triture et questionne à loisir, du moins est-ce la pratique en biologie ou en géographie. Si l’usage est autre en linguistique (domaine dans lequel je suis béotien comme je prends la précaution de le rappeler régulièrement) je l’ignorais et je le regrette.

    Mon allusion religieuse en titre signale ma perplexité face à la supposée infaillibilité des conclusions et plus encore aux postures de gardien du temple que je croyais réservées au domaine religieux.

    Ma seule prétention est d’avoir une connaissance modeste mais naturelle du parler local. Et d’être par là légitime à discuter d’éventuelles divergences avec ce que l’on me rapporte des conclusions d’une enquête de terrain, considérant qu’un Atlas est un ouvrage descriptif et non prescriptif.

  • Tiens on dit Cawderes à Laruns pour le Cauterets du Lavedan.
    Et c’est bien awdu et non hawdu dans mon (certes faillible) souvenir.

  • J’ai du mal à envisager que la cour d’Orthès ai pu avoir une influence sur le langage de la population de son domaine. En effet quand je vois que mon grand-père avec son bagage du Certificat d’Études + 2 années complémentaires disait en français "pose ton cartaple sur la taple", on voit là qu’il y a une inertie pour passer de l’ancienne langue (le substrat des linguistes) à la nouvelle, le français.

    Pour induire une variation dans la prononciation , il fallait pour le moins que les "gens d’importance" soient proches des "couches populaires" ; On voit par exemple dans les côteaux de Guyenne proches de Marmande, que pour dire "nous allons ...", il y a le gascon "vam ..." lorsqu’il s’agit d’un ordre, et le guyennais "anem ..." dans les autres cas.

    Je crois donc que pour qu’un phénomène d’hypercorrection se réalise avant l’époque de l’école et des média, il y avait nécessité de mouvements de population d’ampleur suffisante.

  • 21 à 23.
    Au sujet de la possible transformation en "p" du "b" intervocalique , je trouve par hasard dans le dictionnaire landais de l’abbé Fox "esclari les branques d’un arple" (tirer les branches mortes d’un arbre) ;p est donc possible au coeur du domaine comme il me semblait ,malgré ce qu’en dit l’ALF ;par contre le l d’arple m’étonne ...
    Et de même (mais c’est en Entre Deux Mers donc près du domaine guyennais languedocien) dans un poème du lignanais(Lignan de Bordeaux) transmis en 2011 par David
    Coume un abbrazamén d’intanpèste, tarriple,
    Traouque dén la béntorle, e s’affane, e s’arriple,
    E se houn… - Gn’a rè mèy que l’ounbre e la gran pas,..

    La question me semble rouverte.

  • Evidemment ( que m’en avisi adara ! ) le b/p de arple n’est pas intervocalique mais n’est-ce pas un phénomène de même nature ?

  • À noter que ledit poème n’est pas fiable linguistiquement (David m’avait confirmé que l’auteur inventait des mots ou les empruntait en dehors du gascon). Mais c’est vrai que le Créonnais disait -ple pour -ble, influence évidente de Bordeaux, dont la langue était elle-même influencée entre autres par le languedocien du val de Garonne.

  • Par contre, le reste de l’Entre-deux-Mers , le Duraquois, le Bergeracois et sans doute le Bourquais/Cubzadais/Libournais disaient -BLE.

  • Reste l’"arple" de l’abbé Foix ,Gaby !Qu’en dis-tu ? L’avis de Halip ou de Renaud nous éclaireraient.

  • Cet ’’arple’’ dans les Landes m’étonne...en tout cas, c’est à mon avis un cas différent car il ne vient peut-etre pas de ’’arble’’.
    Peut-être : arbe > *arpe (influence pyrénéenne genre ’’crampa’’) > arple (variante, comme avec raspar/rasplar, riscar/risclar)... Tout cela n’étant qu’hypothétique bien sûr. Sait-on de quelle zone précise vient ’’arple’’ ?

  • Tè, èi gueitat sus lo FEW, i a ’’arple’’ e ’’arplo’’ dens les Lanas.

  • 32.L’expression trouvée dans Foix que j’avais citée venait de l’entrée "mourt". L’entrée "arplou/ arple" existe sans indication particulièrement locale.Donné comme synonime de "aubre" avec un rappel étymologique "arbla" sorti d’une charte de 1366 "et qui en ladite saligue poden nengun arbla , encorri la mediche pene".
    Par contre il est vrai que si on trouve "terrible/tarrible" chez Foix ,on n’y voit pas "tarriple" et "sable" et non "saple"...

  • Le Palay, à la page 47, donne lui aussi les formes "árple" et "árplou" comme étant employées dans les Landes (L.).
    Savoir que ces formes apparemment aberrantes figurent dans le FEW et dans le Palay, c’est bien joli mais ça n’explique pas du tout comment elles sont apparues ni à partir de quelle époque.




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