Notre région, c’est la Gascogne !

 
 

L’euskarisation tardive ... des deux côtés des Pyrénées

vendredi 6 juillet 2018, par Bruno

Je suis tombé sur ce texte : "Mite e istòria" (sur le site http://www.academiaoccitana.eu, voir le texte et le lien plus bas) sur la page facebook d’un basque du sud.

Si j’ai bien compris, ce texte minimise le substrat aquitain du gascon et lui préfère la théorie de superstrat du vascon et de l’euskarisation tardive dues aux invasions vasconnes. Ces deux phrases en particulier m’ont frappé :

En 587, Gregòri de Tors (o d’Alvèrnhe) senhala lor arribada en Novempopulania, entre Garona e Pirenèus. Dins un canton del territòri seràn majoritaris e impausaràn lor cultura, seràn los Basques. Per la màger part del territòri se mesclaràn a la populacion romanizada e amassa seràn los Gascons.

... donc :
- en ce qui concerne les gascons, point de (proto)basques romanisés, mais des romains basquisés !
- et la phrase comme quoi les basques d’Iparralde seraient des pauvres romains ayant dû abandonner leur langue romane vernaculaire pour adopter le basque des envahisseurs me laisse une impression bizarre.

Étant donné qu’il existe la même théorie d’euskarisation tardive de l’autre côté des Pyrénées pour enlever au basque son statut de langue locale, celui qui a partagé ce texte sur Facebook y fait ce commentaire ironique (traduit du castillan) : "Si au VIème siècle, on ne parlait euskara ni en Espagne, ni en France, je considère comme plus probable que les basque furent téléportés au VIème siècle après JC vers l’Espagne et la France depuis la planète Mars à travers divers Tchapa Hay ("portes des étoiles" ou, en anglais, "stargate", pour ceux qui ne connaîtraient pas l’égyptien antique)."

Le lien :
http://www.academiaoccitana.eu/oc/1...

Le texte :
"

En 581, lo rei got d’Espanha, Leubigild, ataca los vascones, los fòrça a emigrar per una granda part al nòrd dels Pirenèus e fonda la fortalesa plan nomenada de Vitoria (Victòria) per una ocupacion durabla del país. En 587, Gregòri de Tors (o d’Alvèrnhe) senhala lor arribada en Novempopulania, entre Garona e Pirenèus. Dins un canton del territòri seràn majoritaris e impausaràn lor cultura, seràn los Basques. Per la màger part del territòri se mesclaràn a la populacion romanizada e amassa seràn los Gascons. Aquí, l’euscarian constituïrà un superstrat sul roman de Novempopulania, exactament coma lo franc sul roman del nòrd de Léger e l’eslau sul romanés. Son influéncia, coma pels autres cases, tocarà mai que mai a la fonetica de la lenga populara. Dins los sègles seguents, serà a sos contactes amb l’occitan gascon que la lenga basca modèrna deurà l’essencial de son vocabulari latin (per d’unes « patriòtas » gascons, vendriá del francés !). E lo substrat aquitan, me disètz ? L’aquitan antic, benlèu aparentat al basc mas disparegut despuèi los primièrs sègles ? Segur qu’aguèt una influéncia sus l’occitan gascon, tant e pas mai sus la rèsta de l’occitan coma lo grèc, l’etrusc, lo ligur e lo celtic, aquelas lengas contemporanèas. Mas tot aquò, que sabèm despuèi longtemps non empacharà pas de lingüistas de parlar de substrat basc pel gascon, de conferencièrs d’explicar que los Gascons son de Basques latinizats e d’unes de somiar a una « Vasconia » qu’uniriá « tornar » Basques e Gascons per un destin comun. Cossí lor explicar que la Novempopulania èra tant latinizada coma la Narbonesa, que sa toponimia n’atèsta amb eloquéncia (Armanhac, Astarac, Marsan, Manhoac…), que los estatjants de las somptuosas villas de Shiragan o de Montmaurin non parlavan pas basc, nimai los reis de Tolosa qu’avián lor segonda capitala a Aire de Tursan. E que lo que las sorsas latinas apèlan Leopus o Lupone e que seriá l’instigator de l’afar de Roncesvals en 778, non èra pas Lop, nimai Otxoa, mas Leub. Un duc dels Gascons amb un nom germanic ? Un descendent de Leubigild ? Em !...

J.P."



Grans de sau

  • Cet article minimise bien la parenté basco-gasconne dans un but idéologique évident : l’affirmation de l’unité occitane primordiale, intégrant bien la Gascogne au même titre que la Provence ou le Languedoc.
    Il mélange le vrai et l’improbable (pour le moins).
    Les trois premières lignes sont indéniables jusqu’à la référence à Grégoire de Tours.
    Après commence la sollicitation des faits type "dens un canton del territori, etc...".
    L’hypothèse sous-jacente, un moment clairement exprimée, est que la culture et la langue novempopulaniennes dont la vraisemblable parenté avec le paléo-basque n’est pas vraiment niée, auraient disparu bien avant 580 (""disapareguts despuèi los primers sègles", affirmation pour le moins hasardeuse tout comme celle qui met au même plan la latinisation de la Novempopulanie et celle (effective) de la Narbonnaise !
    Cela dit dans leur esprit il ne semble pas s’agir de "romains basquisés" ou de "pauvres romains ayant dû abandonner, etc..." mais bien de "romanisés (de longue date), etc..."

  • Oui Gérard, en effet, mon expression "les pauvres romains" (ayant dû abandonner le latin pour l’euskara) était inapproprié car je crois que c’était quelque peu ironique dans ma pensée, désolé.

    À ma décharge, c’est dur d’utiliser des termes fins et précis lorsqu’on est comme dans ce texte dans une lutte grossière entre mythes historico-linguistiques (Occitanisme contre Vasconisme).

    Si, comme il est dit dans l’article, les ancêtres des basques d’Iparralde ont abandonné leur langue proto-basque (ou aquitanique) pendant plusieurs siècles entre l’invasion romaine et l’invasion vasconne pour ensuite en récupérer une version dialectale du Sud (vasconne), ça nous laisse de l’espoir pour la langue gasconne... en espérant que dans quelques centaines d’années le Val d’Aran veuille bien nous envahir ! (Là je blague franchement par contre :-D .)

  • Finalement, même un gasconiste peut tomber d’accord sur l’essentiel avec J.P. :

    - la Novempopulanie a un substrat aquitain ("benlèu aparentat al basc")
    La comparaison avec des substrats celtiques ou ligures d’autres variantes d’oc est recevable.

    - Elle a reçu un apport vascon (donnant un "superstrat"* sur le plan linguistique ?).
    Là, la comparaison avec l’apport franc sur le gallo-romain du nord de Loire me parait également recevable.

    Il peut y avoir des différences d’appréciation - mais même chez les gasconistes - quant à l’importance respective du substrat aquitain et du superstrat (ou adstrat ?) vascon.
    Pour ma part, j’étais resté sur des lectures qui minimisaient l’apport de populations vasconnes.

    J.P., pour les raisons idéologiques relevées par Gérard, plaide une romanisation rapide de la Novempopulanie, ce qui accentue la similarité avec le reste du domaine "occitan".
    Du coup, pour expliquer la différence gasconne, et pour lui donner une cause externe, il ne reste qu’à augmenter l’importance de l’invasion vasconne.

    Je voudrais attirer votre attention sur une remarque de J.P. :
    « Son influéncia [celle de l’invasion vasconne] tocarà mai que mai a la fonetica de la lenga populara. »
    Donc, l’invasion vasconne aurait changé la phonétique de la langue des habitants concernée plus que son vocabulaire ou sa grammaire.
    Bizarre : la phonétique n’est-elle pas la dernière chose à changer quand une population est soumise par une autre ? Il n’y a qu’à voir comme l’accent d’oc a résisté un millénaire à la francisation...
    C’est le vocabulaire qui change d’abord, non ? Du coup, c’est tout ce scénario du superstrat vascon qui se trouverait fragilisé selon moi.

    Bien sûr, il faut continuer à chercher sans a priori !

    * "superstrat" et "substrat" (il y a aussi "adstrat") sont des mots qui concernent spécifiquement la langue, mais correspondent à des changements géopolitiques et à des mouvements de population

  • Il est tout de même hallucinant de tirer des conclusions aussi définitives alors que nous ne savons absolument rien des événements entre la conquête romaine de l’Aquitaine romaine (et ce que nous savons, ce sont quelques lignes chez César et Strabon, le reste est essentiellement tiré de l’épigraphie et de son analyse) et l’émergence d’un roman dit gascon à compter du XIème siècle, parallèle de l’affirmation d’une ethnie gasconne dans le coin Sud-Ouest de l’ancienne Gaule, dans la boucle de la Garonne.

    Maintenant, il fait peu de doute que le texte est avant toute chose idéologique, ainsi que Gérard le met en avant, dans le souci obsessionnel de chercher une unité occitane avant l’occitan, et évidemment de justifier par là même l’unité actuelle, car inscrite dans un temps long.

    Face à ces élucubrations, si nous ne savons rien de la chronologie des événements, et même des événements, nous savons en revanche beaucoup de choses sur le passé de la Gascogne, en mettant à profit une démarche pluridisciplinaire : toponymie, génétique, histoire ecclésiastique, linguistique gasconne, archéologie, mythologie, droit, ...

    Cependant, la clé de l’argumentation du dénommé J.P. n’est pas de nier toutes ces données, puisque selon lui, il n’y a pas de doute que les Basques existent et qu’il y a des convergences avec le fait roman gascon (qui semblent bien l’embêter, d’où le texte), il les date seulement d’une époque ultérieure.

    Par là même, ce n’est pas à ceux qui plaident pour la continuité sur le temps long qui ont à justifier leurs dires et la relative simplicité de leur modèle, c’est à ceux qui prônent une complexification de l’analyse à justifier leurs doutes sur le premier modèle : bref, quelles preuves d’une romanisation rapide des populations aquitaines ? Quelles preuves, par exemple archéologiques, des invasions vasconnes ? Quelles preuves, notamment archéo-génétiques, du métissage des populations romanisées ? Quel argument décisif pour rejeter le modèle, fort simple, d’un recul de la langue basque au fil des millénaires, d’abord par les invasions indo-européennes, puis par la romanisation ?

    L’on pourrait continuer ce débat, intéressant, en toute bonne foi, si l’article, par lui-même, ne cachait pas malaisément son biais idéologique : quand l’on écrit que l’aquitain ancien, comme langue, serait "peut-être" apparentée au basque actuel, alors que le lien ne fait absolument aucune espèce de doute, quand l’on semble incapable de faire la différence entre la culture des élites (oui, les propriétaires de Chiragan, dans un espace d’ailleurs passablement celtisé également au vu de ce que l’on sait de la toponymie et de son appartenance à la cité des Volques) et la culture du peuple qui n’a exprimé son monde pastoral et rural de la même manière que l’aristocratie terrienne latine, ... l’on montre une grave méconnaissance des ressorts scientifiques pour traiter convenablement la question.

  • Cette théorie d’une euskarisation tardive, qu’on m’apprenait quand j’étais collégien ou lycéen, est analogue à la même théorie d’une bretonisation tardive de la Bretagne, qui de celtique (gauloise) se serait d’abords déceltisée et romanisée, pour se receltiser sur une base britonnique par afflux de populations de Grande Bretagne... théorie remise en question par François falc’hun qui pense à une continuité celtique depuis le gaulois (renforcée par une migration britonique). Il est intéressant de voir que ces deux théories, euskarisation tardive et bretonisation tardive, sont des théories nationalistes françaises : il fallait une Histoire montrant un territoire totalement gallo-romanisé pour baser la France éternelle, où les basques et les bretons n’étaient que des immigrants étrangers de seconde zone (comme les normands). Mais là où les basques et gascons ont compris la supercherie en la rejetant aux oubliettes, les bretons l’ont prise à leur compte pour se revendiquer d’une autre souche que gauloise trop liée à l’épopée identitaire française. Amusant (enfin...) de voir qu’un autre nationalisme, occitan celui là, et espagnol si je comprend bien, tente de remettre à l’honneur cette euskarisation tardive pour créer une Occitanie éternelle...

  • On est tous d’accord pour reconnaître la romanisation comme le fait majeur du début de notre ère dans l’Aquitaine antique. Mais le phénomène n’a pas dû être homogène, ni dans l’espace, ni dans le temps ... ni selon le statut social comme le rappelle Vincent.

    Est-ce que la langue aquitaine a disparu de Gascogne dès le début de notre ère (et momentanément au Pays Basque) comme le suggère le texte ? N’y restait-il aucun aquitain continuant à parler la langue aquitaine locale ?

    - En Pays Basque, j’en doute !
    - En Gascogne, la probabilité que l’aquitain ait complètement disparu est inversement proportionnel à sa proximité avec le Pays Basque. J.L. Davant rappelle dans Histoire du Peuple Basque que la grand-mère dacquoise du poète bordelais Ausonius était "bascophone" (ou aquitonophone devrait-on dire pour être précautionneux...) au IVème siècle, deux siècles seulement avant les invasions vasconnes dont on ne connaît pas précisément la nature et l’importance.

    Je reviens sur la phrase suivante :

    "Segur que [lo substrat aquitan] aguèt una influéncia sus l’occitan gascon, tant e pas mai sus la rèsta de l’occitan coma lo grèc, l’etrusc, lo ligur e lo celtic [...]. Mas tot aquò, que sabèm despuèi longtemps non empacharà pas de lingüistas [...] d’explicar que los Gascons son de Basques latinizats.".

    Pour minimiser les liens basques/gascons, l’argument de l’auteur vient surtout du fait qu’il nie à l’aquitain son statut d’ancêtre du basque actuel, en jouant sur la dichotomie vascon/aquitain (vascon = langue des envahisseurs / aquitain = langue morte à l’époque de ces invasions au VIème siècle), ce qui n’est pas très sérieux car il aurait fallu qu’il prouve que vascon et aquitain fissent partie de deux ensembles linguistiques distincts il y a 2000 ans.

  • Voici un petit texte que j’ai distribué à la fin d’une conférence que j’ai donnée à Elgoibar en juin dernier. Il a aussi été publié sur deux sites bascophones (Elinberri et Euskeraren Jatorria).
    La spécificité gasconne et le fait que les Gascons soient des Aquitains romanisés (Basque étant anachronique pour ces époques et pour l’Aquitaine/Novempopulanie) est décidément quelque chose qui ennuie très fortement les occitanistes dont on peut ici noter la parenté idéologique avec les Français qui sont en fait leur modèle en matière de reconstruction historique et de création de roman national pour justifier coûte que coûte leurs théories de la France ou de l’Occitanie éternelles (et les Espagnols de leur côté pour dire que les Basques sont des étrangers en terre ibérique). Amusante la collusion de fait entre les thuriféraires des nations "occitane", française et espagnole. Les interventions de Vincent, Bruno et Eric sont tout à fait pertinentes.

    Euskalduntze berantiar teoriari buruzko iritzia

    Euskalduntze edo baskoitze berantiarra ez dela oso sinesgarria iruditzen zait. Teoria horren arabera ekialdeko akitaniarrek, hau da aurreuskera mintzatzen zirenek, Novenpopulaniatik hegoaldera eta hego-mendebaldera migratu zuten, batez ere VI. eta VII. mendeetan. Baina zergatik ekialdekoak bakarrik ? Mendebaldekoak ere aitzineuskaldunak ziren, gaurko Gaskoiniako Landeetan, Biarnon eta ipar Euskal Herrian bizi zirenak. Hau, teoria horren lehen makaltasuna da.

    Beraz akitaniarrek, Pirinioez haragoko baskoiekin batera, beroiak (Errioxa, Araba eta Nafarroaren zati bat), autrigoiak (Ason eta Nerbioi ibaien artean), Bizkaiko karistiarrak eta Gipuzkoako barduliarrak (Deba eta Bidasoaren ibarretan izan ezik, baskoiez edo, beharbada, akitaniarrez jendeztatuak) euskaldundu zituzten. Azken populu horiek indoeuroparrak, zeltak ziratekeen eta ez aurreuskaldunak.

    Teoria horrek, Frantzian erabilita beste teoria antzekoa du, hau da baskoien inbasioak Novenpopulanian, hegoaldetik iparralderantz. Inbasio haiek Baskonia ziterioreko euskalduntzearen etorkia lirateke (gaurko Gaskoinian, Biarnon eta baita ipar Euskal Herrian ere).

    Alta bada, bi teoria horiek elkar baliogabetzen dutela esan behar da. Izan ere, nola VI. eta VII. mendeko baskoiek, Novenpopulania euskaldundu egingo zukeen, akitaniarrek Pirinioen hegoalderantz migratzen zuten garai berean eta hango herriak euskalduntzen zituzten bitartean ? Bai joan-etorri harrigarria litzatekeela ! Zentzurik gabekoa da guztiz.

    Bi teoria horiek, azpilan politiko hutsa direla iruditzen zait. Hala ere, frogatu nahiko luketeena da gaurko euskaldunak eta antzinakoak (akitaniarrak barne) ez zirela tokikoak. Frantzia eta Espainia betikoak direla erakusteko asmoz eta gu, atzeritarrak garela lur horietan, zilegitasunik gabekoak.

    Galdera bat orduan. Nondik zetozen basko-akitaniar horiek ? Zeruetatik erori omen dira ala ? Eta gu, berezko sorrera baten oinordekoak al gara ?

    Halip Lartiga - Philippe Lartigue

    Je vous laisse un peu travailler à la traduction et, si vous n’y arrivez vraiment pas, je vous la donnerai.

    Amitiés à tous. Malgré mon silence et mon éloignement apparents, je continue à vous lire.

    • Bon, voici la traduction :

      Opinion au sujet de la théorie de la vasconisation tardive

      Il me semble que la basquisation ou vasconisation tardive n’est pas très crédible. Selon cette théorie les Aquitains de l’Est, c’est à dire ceux qui parlaient le proto-basque, migrèrent vers le sud et le sud-ouest depuis la Novempopulanie, surtout aux VIe et VIIe siècles. Mais pourquoi seulement ceux de l’Est ? Ceux de l’Ouest aussi étaient des proto-basques, dans les Landes, le Béarn et le Pays Basque d’aujourd’hui. Ceci est la première faiblesse de cette théorie.

      Ainsi les Aquitains, avec les Vascons d’outre Pyrénées, basquisèrent les Bérones (Rioja, Alava et partie de la Navarre), les Autrigones (entre les rivières Ason et Nervion), les Caristes de Biscaye et les Vardules de Guipuscoa (sauf dans les vallées de Déba et de la Bidassoa, peut-être peuplées de Vascons ou d’Aquitains). Ces peuples auraient été indoeuropéens, celtes et pas protobasques.

      Cette théorie possède un équivalent utilisé en France, c’est à dire les invasions vasconnes en Novempopulanie, du sud vers le nord. Ces invasions seraient l’origine de la basquisation de la Vasconie citérieure (la Gascogne, le Béarn et la Pays Basque actuels).

      Cependant, il faut dire que ces deux théories s’annulent mutuellement. En effet, comment les Vascons des VIe et VIIe siècles auraient basquisé (vasconisé) la Novempopulanie pendant que les Aquitains migraient vers le sud des Pyrénées et basquisaient (aquitanisaient) les peuples de là-bas ? Quel étonnant aller-retour ce serait ! C’est totalement insensé.

      Ces deux théories me semblent être une manipulation politique. Ainsi, elles voudraient prouver que les Basques d’aujourd’hui et ceux de l’Antiquité (y compris les Aquitains) n’étaient pas autochtones. Avec l’intention de démontrer que la France et l’Espagne sont éternelles et que nous sommes des étrangers sans légitimité sur ces terres.

      Une question alors. D’où venaient ces Vasco-Aquitains ? Sont-ils tombés des cieux ? Et nous, sommes-nous les héritiers d’une génération spontanée ?

      Voilà. En résumé, des Aquitains romanisés sont allés basquiser des indoeuropéens du sud des Pyrénées pendant que les habitants du sud des Pyrénées, qui ne parlaient pas le proto-basque, allaient vasconiser les habitants romanisés de la Novempopulanie. C’est limpide.

      Maintenant, en tant qu’habitant de Vesculanos et aussi fier descendant de Bjorn, je vais aller profiter de l’océan avant la grosse chaleur.

      Bonne journée à tous

  • Deux remarques supplémentaires.

    - Dans la famille de ceux qui font de louables efforts pour minimiser ou carrément nier la parenté vasco-aquitaine on peut citer le docteur Jacques Lemoine (Toponymie du Pays Basque français et des Pays de l’Adour. Picard, 1977) qui donne le suffixe -OS comme gallo-romain et en fait un -ANOS avec chute du -N- intervocalique. Il donne comme explication pour Biscarrosse le latin vesculus (maigre, sobriquet), ce qui nous donnerait un étymon vesculanos tout à fait convaincant. A une époque plus ancienne c’était du grec et c’est récemment devenu scandinave. Une longue histoire par conséquent que celle de ceux qui ne digèrent pas l’hypothèse vasco-aquitaine. Est-ce pathologique ?

    - Pour Biscarrosse donc, on sait que les dunes anciennes paraboliques se sont formées entre le VIIe et le Xe siècle. Si, selon toute vraisemblance, le toponyme a une valeur oronymique, on peut raisonnablement supposer que ceux qui l’ont nommé avaient encore, a minima, quelques mots de type aquitain ou proto-basque à cette époque. Ce n’est qu’un indice mais on peut tout de même le prendre en considération. D’autant plus que les foyers de peuplement primitifs qui ont étés découverts se situent un peu plus au sud-ouest par rapport au bourg actuel, justement au pied de ces dunes paraboliques ou carrément sur elles.

  • Un ouvrage de toponymie dédié au Pays basque français datant des années 50 du siècle dernier (je ne l’ai plus sous la main) s’efforçait dans le même esprit de démontrer (- de façon très besogneuse souvent !) que les toponymes en question étaient généralement d’origine latine ou celtique à défaut...
    Quand l’idéologie envahit les sciences c’est toujours catastrophique !

  • Mais oui, c’est bien du Docteur Lemoine que je parlais ci-dessus ; le post de Philippe Lartigue n’était pas encore apparu il y a 10 minutes !
    Cela dit quand JL Davant (militant basque si je me souviens bien) affirmait que la grand’mère dacquoise (exact) d’Ausone parlait basque (aquitain en fait, comme le note Bruno), je me demande s’il ne sollicite pas lui aussi la réalité. Je suppose qu’en fait on n’en sait rien à moins que le poète n’ait quelque part écrit que sa grand’mère parlait aquitain et il me semble qu’il évoquait peu sa famille dans son oeuvre sauf son grand’père éduen réfugié politique en Aquitaine.

  • Laissons de côté les théories du chanoine Falc’hun sur le bas-gaulois d’Armorique, inspirées par des apriorismes politiques d’après-guerre. Excellent phonologiste, il aurait mieux fait de se limiter aux monographies dialectales (voir sur la question : K. H. Jackson, Historical Phonology of Breton).
    La "Gaule" et ses "Gaulois" servent depuis le XIXe siècle au moins à unifier une France sans unité mythique et qui ne disposait pas d’ancêtres comparables à ce qu’étaient les Germains pour les Allemands du XIXe siècle. Il fallait les retrancher de l’ensemble celtique (dont le coeur, horribile dictu, était entre Champagne et Slovaquie, Rhénanie et Autriche, sans respecter les frontières étatiques). Quand à parler de thalassocratie insulaire du haut Moyen Âge des deux côtés de la Manche, il a fallu attendre L. Fleuriot pour relancer les recherches (plus en France, tout est mort).

    Les Français sont un peuple roman récent dans l’histoire européenne. Ce n’est pas une honte. Mais, pour paraphraser un grand homme défunt, rappelons-leur que les noms de Britannia, Vasconia, Italia ou Germania étaient déjà illustres plusieurs siècles avant que le nom de France ne fût péniblement sorti d’un gosier bas-latin.

    Mais le sujet ce sont les Basques et les Gascons.

    "Gascons de langue romane" ou "romanisés" suppose que le passage au latin se serait fait à une époque où le basque était déjà nettement individualisé comme langue. On peut admettre que ce fut le cas vers le XIIe s. après J.-C. dans les régions très proches du domaine basque actuel. Mais mille ans plus tôt, et plus au nord, mieux vaut parler d’Aquitanien, en reconnaissant que cette langue ou groupe de parlers était issue de la même souche que le basque actuel. Il est même probable qu’au Paléolithique final et au Néolithique les locuteurs d’une proto-langue commune ont vécu dans les "refuges glaciaires" entre Ebre et Garonne. Mais ici ce sont les preuves linguistiques qui font défaut : soit les substrats se sont effacés, soit la continuité linguistique (et humaine) était très forte.

    L’idée d’une "basquisation" ou d’une "aquitanisation" superficielle par superstrat est absurde (le mot est faible) en Aquitaine : des envahisseurs peuvent imposer des mots (comme l’ont fait les Francs en Gaule) et des toponymes, ils n’imposent pas les éléments morphologiques de la langue (suffixes), ni les traits définitoires de la phonologie. La prosthèse ar-, le l > r, l’accent plutôt proparoxyton, le f > h, autant de preuves en gascon, et dans tout le "triangle", que le sens de l’assimilation s’est fait d’un euskarien local à un latin récent.

    Quant à distinguer ce qui serait apport ancien (euskarien) et adstrat basque, qu’on me montre les études pertinentes sur la question et que l’on m’indique quels mots auraient été introduits par les transpyrénéens.
    Dans le cas de langues apparentées, cela se traduit par des doublons phonologiques du type grec sus / grec préhellénique pélasgique hus. Pour identifier ce genre de succession il faut des chercheurs très compétents et des documents écrits. Les textes manquent et pour les chercheurs compétents, soyons charitables.

    Le poids des substrats ne peut être mesuré que s’ils sont historiquement connus, sinon l’évaluation se fait dans le vide.
    A propos, ça ne va pas être facile d’expliquer pourquoi un bon tiers du domaine occitan a tant de palatalisations en commun avec les parlers d’Oïl, l’arpitan, voire le piémontais. Une "structuration supradialectale de l’occitan" jetterait un doute sérieux sur les certitudes para-scientifiques. Mais c’est un autre sujet.

    Le gascon est une langue aquitano-romane.

    Quant au "gallo-roman", il doit une bonne partie de ses traits, en tout cas pour les dialectes du Nord et de l’Est, à un puissant adstrat germanique (francique, alaman, burgonde même), ce qui cadre mal avec les fantasmes gaulois. Pour ce qui est du celtique, il fut parlé sur toute la future aire gasconne, mais sans doute seulement où le mode de vie répondait aux usages celtiques (top : Verdun, etc.). On peut penser à une juxtaposition des populations sur un temps très long. Un "aquitanisme" en celtique : oi pour ou.

    L’aimable Ausone montre le poids de la culture latine et grecque dans les villes et aide à comprendre pourquoi le monde vasconien, pourtant vivace encore pour quelques siècles, était linguistiquement marginalisé. Nouvelle société, où l’évangélisation se fera sans doute en latin.

    Les mouvements de populations de la fin du VIe siècle après J.-C. ne nous sont guère connus et leur rapport par Grégoire de Tours insuffisant pour en évaluer le poids. Une troupe de vaincus, cela peut quand même impressionner. On peut aussi bien interpréter ainsi ces témoignages : des Euskariens ou Vasconiens du Sud ont été repoussés par un chef goth tenté par les plaines qu’ils occupaient. Si certains (les plus combatifs ?) se sont réfugiés au-delà des Pyrénées, c’est que la Novempopulanie leur était familière, cognate, qu’ils s’y sentaient chez eux.

    Tous cela a été débattu ici il y a quelques années. Il faudrait rassembler tous ces posts, cela fait une grosse base de données.

  • 10. J.L. Davant affirme : "à Dax l’on parle basque au IVème siècle par.J.C. selon le témoignage du poète bordelais Ausone" (je ne reviens pas sûr le fait qu’il faudrait dire aquitain plutôt que basque), j’ai voulu donc chercher (dans books.google.fr) dans les Œuvres Complètes d’Ausone une citation mais je n’ai rien trouvé de très explicite dans ce sens.

    Par contre sur le wikipedia à propos des Tarbelles, j’ai trouvé la phrase suivante : " Leur capitale était Dax, anciennement Aquae Tarbellicae, située dans ce qu’Ausone décrivait comme « ces contrées où mugit le peuple des Tarbelles » mais je n’ai trouvé dans books.google.fr que la citation "où mugit l’océan des Tarbelles".

    Si c’est bien le peuple des Tarbelles qui mugit, peut être peut-on y voir la description d’un peuple qui parle une langue barbare, non romanisée, donc aquitanique. Il faudrait cependant vérifier que la traduction de wikipedia ne soit pas faussée !

    Quelques remarques à la lecture de certains passages des Œuvres Complètes d’Ausone :

    - sur la filiation d’Ausone (descendant en partie d’une riche famille gauloise, mais aussi aquitaine) :

    "Ausonius est mon père [...] Vasates est la patrie de mon père. Ma mère, par son père, est Éduenne ; mais sa mère était d’Aquae Tarbelae. Moi, je suis né à Burdigala."

    "A toi le second rang, Éonia, ma mère, qui naquis de l’union d’une Tarbelle et d’un Éduen."

    - pas de description de la langue des Aquitains mais la couleur sombre de leur peau revient plusieurs fois : est-ce que ça convergerait avec la fameuse description de César qui dit que les Aquitains ressembleraient plus aux ibères qu’aux gaulois ? (Pourtant on ne sait s’il faut classer les Boïens (Boïates) comme étant Celtes ou Aquitains)

    "Comme elle [ma grand-mère] avait la peau un peu brune, ses amies lui donnèrent le nom de noire [Maura = Maure]."

    "S’il te prenait fantaisie, mon illustre maître, d’écrire en quels lieux du demeures, est-ce que tu t’aviserais de passer sous silence la brillante Burdigala, et de citer de préférence les noirs [piceus = poix] Boïens ?"

    - plus au sud, pour ce qui est des peuplades des Pyrénées, les Vascons, il les place hors de la civilisation et il y décrit un lieu oublié de l’amour des Dieux :

    "Bien des lieux, bien des hommes sont dépourvus de lois et culture ; mais quels pays n’a pas ses rites quoique sauvages ? Ensuite, comment la perversité d’autrui nuirait-elle a des cœurs honnêtes ? Que me parles-tu des vastes défilés de la Vasconie et des neigeux réduits des Pyrénées ?"

    "Voilà ce qu’ont produit ces forêts de la Vasconie, ces neigeuses retraites des Pyrénées, et l’oubli de notre ciel !"

  • Que l’on me permette de citer deux passages du livre que Guilhem Pépin et moi-même avons publié en 2009, Les “Langues d’oc” ou leS langueS d’oc ? :

    pp. 193-195 : La prétendue “invasion” vascone de 587

    Tout part d’un passage de l’Histoire des Francs de Grégoire de Tours (538-594) relatant une incursion de Wascones dans la plaine en 587 :
    « Les Vascons, dévalant de leurs montagnes, descendent dans la plaine, dévastant vignes et champs, incendiant les maisons, emmenant en captivité plusieurs personnes avec leurs troupeaux. À plusieurs reprises le duc [franc] Austrovald marcha contre eux, mais il ne tira d’eux qu’une vengeance insuffisante ».

    L’érudit gascon Jean-François Bladé (1827-1900) et quelques historiens à sa suite en ont conclu qu’un certain nombre de Vascones (ou Wascones), chassés d’Espagne par les rois wisigoths, se seraient réfugié en Novempopulanie. Les traits propres du gascon, tout comme l’implantation basque dans l’actuel Pays basque français, seraient dus à ce mouvement de population.

    Mais il suffit de lire attentivement ce texte de Grégoire de Tours, le seul d’époque qu’on ait invoqué, pour constater qu’il ne mentionne que des incursions sans lendemain : s’il s’était agi d’un déplacement de population, d’une invasion armée en l’occurrence, les Francs n’auraient pas cherché à en tirer vengeance, mais à la repousser !

    Après avoir rappelé les opinions contradictoires données de ces faits, le grand spécialiste allemand du gascon que fut Gerhard Rohlfs (1892-1986) avait déjà conclu au caractère ponctuel et limité de ce genre d’incursion et même que ces Vascones venaient du versant Nord des Pyrénées.

    On est alors fortement tenté de rapprocher ces faits des expéditions punitives que menèrent les pasteurs de la vallée d’Ossau contre les habitants de la plaine de Béarn au cours du Moyen Âge central. Ainsi le For général de Béarn légiférait au XIIe ou au XIIIe siècle à la suite d’une de ces expéditions ossa¬loises . L’une de leurs motivations essentielles devait résider dans l’opposition des cultivateurs de la plaine au passage et au pacage des troupeaux des pasteurs de la montagne.

    De toutes façons, il existe entre historiens un consensus relatif sur plusieurs faits :
    – dans l’Antiquité, Vascones ne désignait que les habitants de ce qui est aujourd’hui la Navarre espagnole et le nord-ouest de l’Aragon ;
    – il existait une parenté ethnique et culturelle entre ces Vascones et les Aquitains ; ainsi, dans leur résistance aux Romains en 56 av. J.-C., les Aquitains avaient fait appel à des peuples du Nord-Ouest de la péninsule ibérique, dont probablement les Vascones (César, Guerre des Gaules, I, 23), mais n’étaient pas allés aider les Gaulois à Alésia quatre ans plus tard, en 52 ; Luchaire le rappelait dès 1879 ;
    – la langue des Vascones était proche de l’aquitain, les deux étant des formes anciennes de ce qui est aujourd’hui le basque ;
    – au VIe s., l’aquitain ne devait pas être totalement éteint au profit du seul latin dans l’espace géographique qui deviendra la Gascogne. Cela expliquerait que le gascon, tel que nous le connaissons aujourd’hui, comporte un susbtrat “bascoïde” ;
    – le début du VIIe s. a été marqué en Novempopulanie par des rébellions de Vascones ;
    – vers 630, le nom de Vasconia, commence à remplacer celui de Novempopulania ;
    – à partir de la première moitié du VIIe siècle, les Vascones de la future Navarre et les habitants de l’ancienne Novempo¬pulanie sont considérés comme formant un même peuple vivant sur un même territoire : la Vasconia ;
    – et nous avons cité au § 1-6-1 un passage de la chronique de Frédégaire qui situait en 768 les Vascones au-delà de la Garonne.

    Mais alors, pourquoi les chroniqueurs francs imputent-ils incursions et rébellions à des Vascones ? On peut avancer deux explications : la plus directe, c’est que ce mot convenait bien pour réunir dans une même réprobation des perturbateurs qui, de la Garonne à l’Èbre, parlaient entre eux une langue incompréhensible ; et accessoirement, cela pouvait laisser supposer que la perturbation venait de l’extérieur du royaume.
    On ne peut néanmoins écarter totalement une sorte d’alliance entre des élites de la Novempopulanie et des chefs militaires vascones s’installant peut-être sur place (ex : alliance des évêques d’Eauze avec les Vascones mentionnée par Frédégaire pour l’année 626) ; les Vascones devaient en effet posséder déjà une force militaire conséquente puisqu’ils furent connus au VIIIe siècle pour leur performante cavalerie légère. Cela expliquerait le changement de nom de la Novempopulania en Vasconia dans les années 630.

    Second passage, 400 ans plus tard, pp. 83-84 :
    1-8-4 – Les Gascons dans La Chanson de Sainte Foi
    (plus ancien poème d’oc connu, probablement composée vers 1050 à Conques ou dans ses environs (dép. de l’Aveyron).

    Les trois premières laisses (strophes) sont une sorte d’introduction à l’histoire de la sainte martyre. La troisième prend à témoin Basques, Gascons et Aragonais : « Tota Basconn’ et Aragons / E l’encontrada delz Gascons / Sabon quals es aqist canczons / E ss’ es ben vera ‘sta razons. » (v. 23-6). « Toute la Basconie et l’Aragon et la contrée des Gascons savent quelle est cette chanson et si cette matière est bien vraie. »
    La sixième strophe cite une parabole de Salomon selon laquelle un pommier, né dans un buisson, fleurit néanmoins et donne des fruits. Puis : « Mal forun li pagan Gascon / Qi des-connogron Deu del tron : / Lur umbra streins aqest planczon / De cui cantam esta canczon ; / e pres en Deus dolz fruit e bon. » (v. 60-4). « Mauvais furent les païens gascons, qui méconnurent Dieu du ciel. Leur ombre étreignit ce jeune plant dont nous chantons cette chanson mais Dieu en prit fruit doux et bon. »
    Sur la fin, le poème décrit le martyre de la vierge dans les flammes ; le peuple en est bouleversé ; mais « Cisclan.l Bascon qe son d’Aran ; / Dizon : “ Per ren viva nonn an ! ” » (v. 384-5), « Les Basques, qui sont d’Aran, en sifflent [ou poussent leur fameux cri, l’irrintzina ?] ; ils disent “ Pour rien, qu’elle ne s’en aille vivante ”. Ils la tirent du feu, et lui tranchent la tête… »
    Le poète distingue donc les Gascons des Basques, mais les vers 60-64 ne sont guère flatteurs pour les Gascons, et les vers 384-5 franchement défavorables pour les Basques. Ce qui permet de penser que la mention des uns et des autres dans les vers 23-6 est plutôt péjorative, faisant allusion à leur implication dans le martyre de la Sainte.

    En dehors de ces passages, les Navarrais sont le seul autre peuple proche que mentionne le poète (v. 509), et pas favorablement non plus, puisqu’ils voisinent « Danois […] Nègres, Maures et fils d’Agar » (Arabes) dans l’armée que (le méchant) Maximin réunit contre (le bon) Constantin.

    Tout cela n’a rien de linguistique, certes, mais rejoint les réflexions de R. Lafont sur l’adjectif estranh dont les Leys d’amors qualifient le gascon : il rappelle d’abord les acceptions du terme selon Le Petit Dictionnaire Provençal-Français d’E. Levy : « étranger ; étrange ; éloigné, loin ; farouche, prude ; sauvage, désert ; mauvais, terrible, cruel ; désagréable, répugnant, dérobé, volé » ; et il observe que ce mot est « chargé de toute l’affectivité attachée au concept d’altérité ethnique. » On peut donc penser que la distance linguistique a sa part dans le regard peu amène que le pieux poète du XIe s. portait sur les Gascons… avec sans doute l’assentiment de son auditoire…

  • Un grand merci à Bruno pour avoir si rapidement mais complètement recherché la "problématique aquitaine" d’Ausone.Et un grand merci aussi à vous,Jan Lafitte,pour cette magistrale synthèse qui fait si prudemment la part des choses entre des affirmations historiques souvent contraditoires et déroutantes.

  • Bonjour à tous,

    En 2004, je suis intervenu dans un colloque à Sabres pour présenter le gascon "noir". Ce colloque, sous la présidence de Pierre Bec, a fait l’objet de la publication d’actes, bien entendu.
    Dans sa synthèse et concernant mon intervention occitano incompatible il se sent obligé (Bec) de rappeler que le gascon c’est de l’occitan, il critique mes choix graphiques (en disant qu’il ne s’agit pas de me faire un quelconque procès. Et pourtant, ça ne lui avait pas plu, quelques personnes présentes peuvent encore en témoigner...) et, surtout, il cite Maurice Romieu pour nous mettre en garde :

    "Quelle que soit sa spécificité linguistique et son originalité fondamentale, unique dans l’ensemble roman, le gascon est, volens nolens, ne serait-ce que par sa situation socioculturelle dans l’hexagone français, entraîné impérativement dans le sillage et le dynamisme de la reconquête occitane dans son ensemble. Un repliement frileux ou agressif sur lui même, ou encore le rêve d’une Vasconia mythique euskaro-gasconne, malgré l’antique parenté, ne doivent pas nous le faire oublier".

    Nous somme avertis et, en filigrane, la reductio ad Hitlerum pointe son nez. Bref, les occitanistes n’aiment pas que ces salauds de Gascons, méchants et étroits d’esprit (crypto fachistes) aient des velléités autres qu’occitanes, hors du joli cadre qu’ils peaufinent depuis des décennies. C’est bon signe.

  • Ausone, Idylles X (La Moselle) :
    "Ainsi, Vivisque d’origine, (...) moi Ausone, italien par le nom (peut-être double sens, ausonien = italique), qui ai ma patrie et mes foyers entre l’extrémité des Gaules et les hautes Pyrénées, où la riante Aquitaine adoucit l’âpreté des moeurs natives ... (...) et ce torrent furieux, l’Adour, qui se précipite au loin en bondissant de rochers en rochers..." (d’après la trad. sur Remacle.org).

    De ses parents (Parentalia IV, 11-12), il évoque les fugitifs venus au lieu "où l’Adour s’échappe vers la mer et l’océan des Tarbelles mugit avec fureur" ou "en fureur".

    in terris per quas erumpit Aturrus
    Tarbellique furor perstrepit oceani.
    (éd. Loeb.)

    Le texte est cité chez Pierre de Marca et d’autres historiens.

    Tous les traducteurs agréent : c’est l’océan qui mugit.
    Ce ne sont pas les Tarbelles qui éclatent en furie dans leur dialecte bascoïde.

    De la part d’Ausone on aurait souhaité moins d’images littéraires et convenues. Un Grec, à sa place, aurait accumulé les notations pittoresques et transmis quelques mots d’idiome local. Mais ce qui compte pour ce professeur, c’est d’user de son bagage. Ses descriptions sont gâtées par les fleurs de la rhétorique, qu’il manie bien.
    C’est un notable gallo-romain qui témoigne pour son milieu.
    Il était pourtant sensible aux siens et à la douceur de vivre à Burdigala (tout en mettant la Belgique au-dessus de l’Aquitaine).

    Il y a dans la Commemoratio des professeurs de Bordeaux deux passages, l’un en IV, l’autre en X, qui montrent où en étaient les souvenirs historiques gallo-romains :
    Le premier éloge concerne le vieux Patera "issu d’une famille druidique des Baiocasses" et "tirant [s]on origine du temple de Belenos." Beaux titres mais "ton frère et ton père ont dû leur nom à Phébus, ton fils à Delphes". La mode gréco-romaine est bien implantée et ne quittera plus la Gaule. Le nom Patera est dû au culte d’Apollon (= Belenos). Les noms celtiques font effet mais ils sont vides de substance. Au IVe siècle après J.-C. une nouvelle culture, urbaine, scolaire, lettrée, a rompu avec le passé du Ier siècle.

    Le deuxième s’attache au vieux Phébicius "auquel un emploi au temple de Belenus ne rapporta aucun profit ; mais, issu comme on le prétend de famille druidique dans la nation armoricaine, il obtint à Bordeaux une chaire grâce à l’appui de son fils." Les druides sont définitivement entrés dans l’imaginaire lettré, grâce à certains auteurs grecs qui en faisaient un clergé d’utopie. Pauvre vieux Phébicius, pistonné par son fiston. Il y avait déjà des passe-droits à l’époque.

  • Encouragé par le mot aimable de Gérard de Saint-Gaudens et inspiré par le rappel par l’ami Philippe Lartigue de sa contribution au Colloque de Sabres de 2004, je vais encore contribuer par une citation, mais cette-fois-ci de Jean-Pierre Chambon et Yvan Greub, tous deux aussi Gascons que moi Lorrain ou berrichon.
    C’est leur contribution au VIlle Congrès de l’Association Internationale d’Études Occitanes tenu à Bordeaux en septembre 2005, L’émergence du protogascon et la place du gascon dans la Romania (Actes, pp. 787-794).

    Le début commence bien, p. 787 :
    Les syntagmes nominaux prédiquent avec une force à laquelle il est toujours difficile de résister. Prenons, à titre d’exemple, le syntagme « occitan gascon » (occ. occitan gascon), qui apparut fugacement dans le titre d’un atelier de ce congrès. Ce syntagme dit qu’« il y a de l’occitan gascon », que le gascon est de l’occitan. Si nous lui avions fait confiance, il aurait imposé d’entrée de jeu de ne pas poser le problème que, précisément, nous voulons soulever. Il aurait délimité l’espace du dicible et tracé la frontière entre la bonne pensée et l’hérésie.
    La prédication nominale prédique dur, mais non en finesse toutefois : c’est sa force (elle peut impressionner) et sa faiblesse (elle ne convainc pas car elle ne sait argumenter). Or, c’est bien à une discussion argumentée – comme il sied aux savants (voire même aux militants) – et basée sur l’examen studieux des faits linguistiques que nous voudrions contribuer.

    Et la fin, p. 794 :
    Genèse du gascon « affaire à suivre », concluait J.-L. Massoure dans sa récente synthèse . Ce n’est là, en effet, que le premier chapitre de l’histoire linguistique et sociolinguistique du domaine gascon. Or cette histoire reste à écrire, et les résultats d’une telle enquête, beaucoup plus vaste, ne sont pas prévisibles. On peut estimer toutefois que la reconnaissance de l’autonomie génétique du gascon pourrait constituer un encouragement à poursuivre en évitant de noyer d’entrée le poisson gascon dans le Grand Tout occitan, c’est-à-dire en dégageant nettement l’objet de l’enquête.

    De cette histoire, on connaît déjà certains ingrédients obligés : l’arrimage d’une partie du domaine gascon à la scripta toulousaine ou, au plan des representations linguistiques, le jugement des Leys d’Amors, le descort de Raimbaud de Vaqueiras et les prises de position d’un Pey de Garros. Il conviendra certes de ménager une place à l’histoire des langues écrites et au plan métalinguistique, mais en évitant de confondre ces ordres de faits avec ce qui reste à découvrir de l’histoire linguistique et sociolinguistique elle-même.

    Un des derniers alinéas de cette histoire devra répondre à la question suivante, qui relève clairement de l’histoire des idées : à qui devons-nous l’intégration du gascon dans la langue d’oc ? On pourrait parier que c’est, avant les linguistes, au mouvement renaissantiste : à la question de l’affiliation du gascon, les linguistes auront trouvé une réponse toute prête. En ce sens, ils apparaîtraient bien – mais pour de tout autres motifs –, comme « le[s] dernier[s] des paumés » .

  • Le mouvement renaissantiste du XIXè siècle, le Félibrige gascon est en effet sans doute chronologiquement le premier fautif.
    En particulier Simin Palay, malgré tout ce qu’on lui doit et qui est énorme. Quand on lit son assez beau poème sensé encenser la langue gasconne, "hillhe de Roume e lhèu l’aiynade" je pense qu’on peut tout comprendre.
    A vouloir notre langue plus latine que les autres, on est bien forcé de s’arrimer à la latinité maximale, celle qui en Gaule a concerné la Provincia romana, soit les actuelles Provence et Languedoc. Ce qui est en plus linguistiquement faux puisque le gascon est la moins latine des langues d’oc en proportion même de son ibérité.
    Et comme par ailleurs les Félibres, bons héritiers des Romantiques, mettaient la poésie au dessus de tout, lorsqu’il fallait trouver des lettres de noblesse à notre langue il fallait bien la trouver du côté des troubadours, dont à son tour l’occitanisme allait nous rebattre les oreilles.
    Or les nombreux troubadours gascons composaient non dans leur langue maternelle mais bien dans la koiné occitane plus ou moins fixée.
    Latinité exacerbée et recherche d’une antiquité poétique maximale ont arrimé la gasconnité au chariot occitan de façon presque aveugle jusqu’au réveil des études linguistiques sérieuses du XXè siècle : Rohlfs, Bec lui même volens nolens et tant d’autres depuis, dont Massoure parmi les plus récents.

  • Une précision, c’est Bénédicte Fénié qui m’avait très gentiment invité à intervenir dans ce colloque qui était intitulé UN PAYS DANS SA LANGUE, le gascon dans l’ensemble d’oc (9-10 octobre 2004).

    Pour clore en ce qui me concerne, voici ce qu’écrivait Bec, en 2004, au sujet de mes choix graphiques. J’utilisais déjà les préconisations de Jean (Lafitte) et ça n’a pas plu à cet aréopage occitaniste.

    "Je terminerai par une remarque personnelle à propos du résumé gascon de la communication, remarque qu’on pardonnera à un vieux pionnier de la normalisation graphique actuelle, désormais plus ou moins officialisée. Bien sûr, toute graphie est affaire de convention (les Français sont bien placés pour le savoir), mais pourquoi cette volonté, semble-t-il, de singulariser encore plus le gascon en l’affublant d’une graphie marginalisée, récente et inutile, alors que la graphie en cours, qui comme toute chose est ce qu’elle est, a au moins le mérite de fonctionner depuis quelque cinquante ans dans les domaines les plus divers : littérature, langue véhiculaire, presse, enseignement, etc.?"

    Vous aurez remarqué le choix des mots, dont les peu amènes "affubler", "inutile". Je dois préciser qu’a la fin de mon intervention, Monsieur Bec n’avait pas été particulièrement bienveillant et s’était montré très agacé en fait. Je dois aussi vous avouer que, taquin, je n’avais pas une seule fois employé le mot "occitan" dans ma présentation du gascon "noir".

    Depuis, je n’ai plus jamais été sollicité pour présenter mes travaux sur le gascon "noir" et je suis un peu tricard dans un certain milieu.

    De toute manière, si les Gascons n’ont pas ou plus envie d’être "occitans" il faudra bien que les occitanistes s’y résignent, nolen volens comme dirait l’autre.

    Voilà mes amis, je suis un peu sorti de ma réserve à l’occasion de ce sujet sur l’euskarisation tardive parce que le sujet m’intéresse.

    Bonne continuation et bravo pour votre travail.

  • Tout ce débat me rappelle que j’ai lu, je ne sais plus où malheureusement, que des historiens espagnols affirment que le valencien était parti d’un substrat latin et avait évolué vers un proto-castillan qui se serait maintenu tout le long de la présence musulmane. Et que ce ne serait que très tardivement que l’influence du catalan se serait imposée.

    Étonnant non ?

  • Pourtant, s’agissant du valencien, c’est la réalité : l’ancienne langue mozarabe, romane, a été remplacée par le catalan occidental, en provenance des Pyrénées. Il reste des traces en toponymie de l’influence mozarabe, et possiblement dans quelques mots du valencien.

    Par ailleurs, dans le même mouvement, l’aragonais s’était étendu bien au sud, avant d’être substitué par le castillan, marginalement plus proche.

    https://es.wikipedia.org/wiki/Idioma_moz%C3%A1rabe

  • Merci encore une fois pour toutes ces interventions !
    C’est passionnant, et pour un inculte en ce domaine comme moi, c’est un réagl




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