Guarderam l’auguicha ! (goarderam l’auguitche) Les lieux humides de Belin contre Alibaba

- Gerard Saint-Gaudens

Un article du correspondant local de Sud Ouest dans la Lande (girondine comme landaise), notre ami J.J.Fenié, se fait l’écho des défenseurs des zones humides de Belin.
Alibaba, le géant chinois de la vente en ligne (plus gros qu’Amazon) veut y implanter un grand centre de logistique et stockage pour la France ; comme toujours, les élus locaux mettent dans la balance de leurs nécessaires autorisations les emplois à créer (à moins qu’ils ne soient des délocalisations d’autres emplois, ailleurs, comme c’est parfois le cas).
Quoi qu’il en soit, il n’est pas désagréable de voir brandir une pancarte "Gardarem l’auguitche !" bien que le verbe au futur retranscrit du slogan occitan bien connu "Gardarem lo Larzac", serait plutôt en gascon "Guardaram l’auguicha !".

Auguicha (auguitche) : nom gascon de la molinie, plante typique des milieux humides dans la Lande.

Voir en ligne : Sud Ouest du 14 octobre 2020

Grans de sau

  • Premier réflexe de ma part : rechercher les lòcs engloutis par le "Parc Eco-Industriel Sylva 21" où viendrait se nicher Alibaba !
    Eh bien c’est entre Gnaudic et les landes de Gnaudic.
    Il y avait beaucoup de parcs par là autre fois, mais des parcs "éco-pastoraux" bien sûr !
    Et aussi une lagune.
    Donc, en effet un lòc d’auguitche*... je comprends qu’il en reste encore un peu, qui serait dévorée par Alibaba ?
    *Curieusement, cette auguitche (la molinie, comme écrit dans l’articlòt) ne donne guère de toponymes, sauf le néo-gascon chemin de l’Aouguitche à Cestas ; mais le populaire toponyme Lauga (L’Auga(r)) est en étroite relation avec elle...

    Ensuite, que veut dire cette arrivée menaçante d’Alibaba, le concurrent chinois d’Amazon ?
     Nous sommes près de l’autoroute, sur l’axe Bordeaux-Espagne, pas très loin de Bordeaux, pour nous le côté est du triangle gascon, un axe convoité par les logisticiens. Voir Cestas, qui est dans une situation semblable, et aussi Atlantisud.
    Atlantisud

     Notre faiblesse économique propre conduit nos élus à accueillir ce genre d’installation à bras ouverts : « pour occuper nos jeunes »...
     Le commerce en ligne a le vent en poupe, c’est peu dire... Maintenant, à nous d’imaginer comment il pourrait servir des circuits économiques plus locaux !

  • J’oubliais : ce "Parc Eco-Industriel Sylva 21" est dans le périmètre d’un autre Parc (que de parcs !), le Parc naturel régional des Landes de Gascogne dont les opposants à Alibaba ont raison de rappeler les "Priorités Politiques" :
    Parc naturel régional des Landes de Gascogne

    3/ Les espaces naturels : une intégrité patrimoniale à préserver et à renforcer
    4/ Pour un urbanisme et un habitat dans le respect des paysages et de l’identité
    5/ Accompagner l’activité humaine pour un développement équilibré
    6/ Développer et partager une conscience de territoire »

    Déjà, quand on a donné au "Parc Eco-Industriel" le nom de "Sylva 21", le ver était dans le fruit : il fallait l’appeler le Parc de Gnaudic !
    Et ensuite, mettre un contenu, une réalité, sous le nom "Parc Eco-Industriel"...

  • Engoan la prauba Eliette Dupouy qui’s mori l’an passat que’ns auré podut condar l’istòria d’Alibabà en gascon ... Mes, tén,qui son los quarante volurs d’aquera istòria belinesa ?

  • Principal argument des promoteurs de ce projet : la création de 300 emplois directs associés à l’exploitation de cette plateforme, et ce sur un bassin de seulement 2.000 emplois. « Nous avons une typologie particulière avec beaucoup de couples qui s’installent chez nous pour être à l’aise, avoir de plus grands terrains et très souvent, la femme se voit contrainte de quitter son travail pour suivre son conjoint. Nous avons donc un taux de chômage important chez les femmes, mais aussi chez les jeunes qui rencontrent également une problématique de formation », a ainsi expliqué récemment Marie-Christine Lemonnier, maire de Belin-Béliet (5.500 habitants), à nos confrères de France Bleu.

    https://presselib.com/alibaba-belin-beliet/

    Nous avons déjà parlé des nouveaux habitants de Belin-Beliet.
    Le vote FN en grande périphérie bordelaise

    Je refusais de les qualifier d’exclus.
    A en croire la maire de Belin-Beliet, ils ont bien fait un choix : « ils s’installent chez nous pour être à l’aise, avoir de plus grands terrains ».
    Ce choix est fâcheux si l’épouse y perd son emploi et si les enfants n’arrivent pas à s’insérer professionnellement sur place. On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre...

    Mais n’avons-nous pas des élus locaux, départementaux, régionaux, aidés par des agences d’urbanisme, qui mettent au point des PLU (Plans Locaux d’Urbanisme), et vont jusqu’à créer des Parcs régionaux pour un développement harmonieux ?
    Tout cela devrait protéger nos territoires de ces vagues d’urbanisation spontanée aux effets si pervers...

  • Que font nos élus ? demandais-je dans mon gran de sau précédent.
    Généralement, ils approuvent et impulsent ces implantations d’activité supposées apporter de l’emploi local.
    J’ai cherché sur le web les positions des élus locaux sur ce "projet Alibaba" ; les élections municipales de 2020 leur ont donné l’occasion de s’exprimer... en fait, les professions de foi évitent les points qui peuvent fâcher... et font parfois référence à la nature dans leur titre même :
    "Salles naturellement", "Dynamisons Belin-Beliet naturellement" ; en principe, ce serait bon pour l’aouguitche...

    Je ferai peut-être un article sur tout ça : risquer un regard gascon sur la politique locale...
    Déjà quelques brigalhes :
     Un candidat à Salles, non élu, clot par Adishatz son msg FB de félicitations à la liste gagnante ; j’apprends par ailleurs que "sa famille est installée sur la commune depuis le XVIIe siècle" ; en effet, son nom est typiquement bougès. J’aurais aimé l’entendre pour jauger son accent local - les autres candidats dans les communes de Val de l’Eyre ne l’avaient guère*...
    Je vois par ailleurs qu’il est "Gérant de l’entreprise LA PIGNADA (société civile immobilière)". Hum... (pour "LA" pignada)
    Le pignada !

     Un autre chef de liste, à Belin-Beliet cette fois, prononce bien (enfin, mal, de notre point de vue !) "Val de l’Er".
    "R" pour Eyre

     Au Barp, je me souviens de l’ancienne maire, qui n’a pas été reconduite cette fois ci : lors d’une animation occitane, je l’avais entendue s’engager à mettre aux entrées de la commune des panneaux "Comuna de Gasconha"... que’m demandi s’estot hèit finalament...
     Pas vu de référence directe à la Gascogne... ne rêvons pas ! on est pourtant dans le Parc naturel des Landes de Gascogne... parfois une vague invocation des "traditions"...
     Belin-Beliet rappelle volontiers son lien avec Alienor d’Aquitaine, qu’on dit y être née ; le site communal écrit sur son logo "Ville de Belin-Beliet - Au pays d’Aliénor". Une référence historique sympathique, mais de peu de conséquence...
     Ou alors, Belin-Beliet est une "cité girondine" : "favoriser l’installation de spécialités médicales pour l’heure absentes dans la cité girondine qui ne cesse de gagner des habitant.e.s" [extrait d’un programme électoral]

    La vie politique semble agitée dans ces communes du Val de l’Eyre, Belin-Beliet, Salles, Le Barp, dont la population a explosé, et qui dépassent maintenant les 5000 habitants (7000 à Salles). Une alternance politique a eu lieu dans les trois communes aux dernières élections.

    *Bien sûr, ce n’est pas nécessaire d’avoir l’accent local pour être un bon élu, mais statistiquement, observé sur une dizaine d’acteurs politiques locaux, ça donne une première idée de leur provenance, et donc du renouvellement de la population.

  • En ces temps de mue accélérée du pays bougès (de Buch) et territoires voisins, il serait bon de faire pression sur les communes afin de réaffirmer leur caractère gascon, par exemple en effet, par l’apposition de la mention "comuna de Gasconha" sur les panneaux à l’entrée des bourgs et des villages. Une initiaitve pour ReGasPros ?

  • Le maire de Salles, président de la CDC Val de l’Eyre a déclaré aujourd’hui à Sud Ouest qu"’il démentait formellement la venue d’Alibaba à Belin". Peut-être en lien avec la disgrâce du Président fondateur de ce groupe auprès des dirigeants chinois, révélée ces derniers temps par la presse.
    Cela dit il confirmait l’intention du groupe PRD de construire ("construction possible") sur 7 has de huit modules "qui seront commercialisés" (bureaux, production peut-être voire distribution style Décathlon), pour au minimum 300 emplois. Etape actuelle : recherche d’une validation du permis par l’Etat puis garanties à obtenir ensuite des promoteurs dont celle d’une "compensation" de l’impact environnemental. Mais que veut dire "compensation" ? Etape ultime : référendum "sur le territoire"..
    Constatation de l’élu enfin du fait que les vastes communes de la CDC "manquent de foncier constructible, sur lequel on ne trouve pas par exemple une zone humide ", formulation peut-être ambigue . En tous cas l’opposition à cette zone venait en particulier de ce qu’elle concernait une zone humide... Pas super clair, peut-être ...
    Et la conclusion du maire qui résume assez bien la problématique tout en la tordant un peu quand même : "ce n’est pas parce qu’on est sur le territoire d’un parc naturel que l’on doit devenir une réserve indienne. Le Val de l’Eyre a aussi besoin de créer de l’activité et de l’emploi". Certes.

    •  Que veut dire "compensation" ?
      A propos d’autres opérations qui artificialisent le sol, j’ai cru comprendre que la compensation consistait par exemple à planter des arbres à des dizaines de km du lieu impacté, et sur des parcelles forestières de toute façon...

       à propos de Parc naturel :
      L’appartenance sur le temps long d’une commune à un de ces parcs devrait se constater à l’oeil nu quand on y entre, tout bonnement par sa qualité paysagère, et pas seulement par la pancarte qui indique cette appartenance !

  • Oui,je connaissais aussi des compensations de ce genre, d’où ma perplexité.Disons que c’est un peu mieux que rien mais pas franchement convaincant ni suffisant .Peut-être peut-il y avoir des compensations "proches" mais rien ne vaut le respect immédiat des états écologiques locaux.

  • La question posée est peut-être assez simple :
    Est-ce que le Val de l’Eyre doit rentrer dans l’aire urbaine de Bordeaux ?
    Certes, selon les critères de l’INSEE (aire urbaine de Bordeaux qui comptait 1 247 977 hab. en 2017 et englobe déjà Belhade, Mano et Saugnacq et Muret !), il y est déjà.
    Il semble que ce ne soit pas encore assez pour les élus locaux.
    Si on les laisse faire, c’est toute la Gascogne qui devient une vaste zone péri-urbaine* lardée de rocades, de grandes surfaces avec parkings géants, où tout ruisseau, toute lagune, devient un empêchement, à moins qu’on l’insère ponctuellement dans quelque éco-parc muséal, où l’auguitche sera étiquetée "molinie" dans un but pédagogique, avec peut-être une "traduction" auguicha par souci de bio-diversité linguistique (apparente)...

    Cela dit, les élus, nous les choisissons, et s’il proposent ce type de développement, c’est qu’ils le pensent soutenu, au nom de l’emploi, par la majorité de la population locale, sauf quelques rêveurs. Et si le président du Val de l’Eyre agite l’idée d’un référendum, c’est qu’il pense qu’il le gagnera, puisque la question sera en gros : souhaitez vous que des emplois soient créés ou non ?
    Rappel : les emplois créés éventuellement dans un Décathlon en Val de l’Eyre seront détruits ailleurs, là où les consommateurs achetaient avant la création de ce Décathlon...
    C’est un jeu à somme nulle pour l’emploi, et négatif pour notre environnement.

    *le mot "péri-urbain" n’est même plus adapté : la différence urbain/rural est abolie, les fonctions urbaines (commerce, services) étant disséminées sur tout le territoire, et dissociées de l’habitat, lui même disséminé.

    • C’est un allié de poids !-)
      Mais si la préfète compte comme son prédécesseur sur les SCOT pour endiguer l’urbanisation-trop-consommatrice-d’espace, je suis inquiet. Voir le SCOT des Landes d’Armagnac dont les commissaires enquêteurs craignaient le faible pouvoir d’encadrement des PLU...
      Rapport d’enquête publique sur le SCoT des Landes d’Armagnac (2019)

      Un nouveau SCOT est en cours d’élaboration par le SYBARVAL, qui regroupe les intercommunalités du Nord-Bassin d’Arcachon, du Sud-Bassin d’Arcachon et du Val de l’Eyre :
      https://www.sybarval.fr/le-scot/etapes-scot/
      Je n’en ai encore consulté aucun document.

      A la lumière des projets du Val de l’Eyre (après Alibaba, Décathlon ?), et sachant que toute la zone de ce SCOT fait partie de l’aire urbaine de Bordeaux, je me dis que le périmètre est trop petit : il faudrait qu’il colle à cette aire urbaine.
      C’est à cette échelle qu’on pourrait modérer la concurrence entre élus locaux pour attirer les habitants et les activités, sous réserve de dispositifs réellement encadrants, et d’une direction politique qui soit plus qu’un syndicat d’élus.

  • A propos de cette hantise des zones humides exprimée par le Président du Val de l’Eyre :
    Je me rappelais un passage du précieux rapport d’étude Landitude, qui traitait du rapport aux cours d’eau, sources, ruisseaux, crastes... dans l’environnement landais.
    C’est entre les pages 33 et 41, pour la théorie :

    Aujourd’hui (...) les rivières ou ruisseaux ne sont plus considérés que comme des espaces naturels à protéger ou des vecteurs d’inondation à réguler et à maîtriser (...)
    On présuppose que du fait de son mode de vie, l’homme ne serait plus en mesure d’habiter au contact des zones humides (...)
    certains cours d’eau traversent les bourg, mais sans interaction réelle avec les espaces habités (...)
    devant la difficulté de penser la proximité avec les milieux fragiles, oubliant des exemples du passé vernaculaire comme l’airial ou le moulin, les logiques d’aménagement ont préféré investir des terrains défrichés sur lesquels pouvait s’exercer une maîtrise totale par la technique des réseaux

    et ça affleure dans quelques uns des projets d’étudiants qui suivent, pas seulement par le choix de bâtir près d’un ruisseau sur lequel on ouvre de grandes baies vitrées, mais aussi en utilisant des ruisseaux pour produire de l’électricité, pour transporter les bambous depuis une bambouseraie jusqu’à l’entrepôt...
    p. 213, dans le cadre du projet "Services mobiles" :

    Des barges flottantes transportent le cube* et réinvestissent les voies fluviales du Pays d’Albret

    *Il s’agit d’un module cubique "calculé pour passer sur les routes ainsi que pour flotter", et supposé héberger des services ou commerces mobiles ou itinérants.
    Bon, il s’agit peut-être plus, ici, de cours d’eau que d’augars (zones à auguitche)...

    HTML - 6.9 ko
    Landitude 2015
    Travail sur l’habitat contemporain dans l’espace landais.
    Centre-bourgs à revitaliser, lotissements à civiliser, nature à retrouver (les cours d’eau par exemple)...
    Des pistes à concrétiser !
    Communauté de communes du Pays d’Albret, Parc naturel régional des Landes de Gascogne et l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture et de Paysage de Bordeaux

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