Quelques principes :
En France, la loi sur l’Économie sociale et solidaire, à son article 16, régit les MLC (Monnaies Locales Complémentaires) :
– constitution d’un compte de réserve à hauteur des montants de MLC mis en circulation (pour le cas où il y aurait une demande massive de reconversion en euros !) ; ce compte ou fonds de réserve, déposé dans une banque vertueuse, est censé permettre des investissements vertueux (éthiques etc.)... mais n’est-ce pas chimérique d’avoir à la fois le beurre (acheté par les escuts) [1] et l’argent du beurre (leur contrepartie exacte en euros, obligation légale) ?
– interdiction de la reconversion en euros pour les particuliers qui ont changé leurs euros en escuts,
– pas de rendu de monnaie en euros... pour éviter que l’interdiction précédente soit contournée...
– les professionnels (commerçants, producteurs, assos...) qui ont reçus ces escuts ou autres en paiement, peuvent, eux, les reconvertir en euros, moyennant une décote : par exemple, frais de commission de 5 % pour une conversion d’eusko en euro ; ailleurs, ça peut être 2%... :
Bref, tout est fait pour qu’un euro changé en escut reste à jamais un escut !
– parité avec l’euro : 1€ = 1 unité de MLC.
Sachant ces restrictions, est-il encore approprié de parler de monnaies ?
Wikipédia :
« Du point de vue de la loi française, [la MLC] est vue comme un bon d’achat, au même titre que les tickets restaurants ou chèques vacances » [2]
« La monnaie locale permet d’encourager l’économie locale en favorisant le commerce et la production de proximité. Il n’est ainsi pas possible d’utiliser une monnaie locale dans un supermarché ou un hypermarché, par exemple. »
www.economie.gouv.fr : Savez-vous ce qu’est une monnaie locale ?
Des supermarchés bio reçoivent cependant des escuts... il doit y avoir une subtilité...
Tour d’horizon dans le triangle gascon :

– La TINDA - Une monnaie pour les acteurs de la transition écologique et sociale en Béarn.
Semble ne plus tinter en 2025 !
– La Gemme Monnaie Locale Girondine
Euh... pourquoi coller à la division départementale qui scinde nos Landes de Gascogne ? Mais cette question renvoie à un autre sujet...
– Le Sol-Violette, la monnaie locale complémentaire et citoyenne Toulousaine

Il existe aussi un billet de 65 Sòus (65 comme le département... quina creativitat !-))
– la sonnante / lo sòu d’aci, monnaie locale des Hautes Pyrénées :
départementale comme la gemme, mais n’insistons pas !
– l’eusko : « la première monnaie locale d’Europe ! » Encore une fois, les basques frappent plus fort que tous les autres ! c’est agaçant pour les gascons... surtout que cette monnaie basque rayonne sur les terres gasconnes en cours de basquisation de Bayonne et du Bas Adour...
– le "soleil", en Albret, ne semble pas avoir été réellement lancé ; eh oui, ils n’avaient pas choisi un nom en gascon, c’est peut-être ça...
Une des motivations exprimées lors des débats autour de la création de ce Soleil était de contrer la croissance des paiements par carte. Or les paiements électroniques, y compris avec le smartphone, sont maintenant incontournables, et même nos monnaies locales s’y mettent !
Monnaie locale et langue locale
– Il est remarquable que dans les 7 bonnes-raisons pour utiliser l’eusko, "sauvegarder la langue basque" figure en 2e position (en 1er, c’est la transition écologique) !
– L’exemple basque a dû influencer la Tinda béarnaise, qui donne au béarnais une place honorifique sur ses billets et dans sa com, et aussi un peu la Sonnante (sous-titrée "lo sòu d’aci") du département 65.
En allant vers Bordeaux et Toulouse, ce motif disparait...
Dans l’article suivant, qui tentera de discuter le bilan et les perspectives de nos essais de monnaie locale, je reviendrai sur ce possible parallélisme entre monnaie locale et langue locale ; dans les deux cas, il s’agit de reconstruire des espaces d’échanges locaux !





