En français, je m’appelle Vincent, c’est ce que l’on peut lire sur ma carte d’identité.
En gascon, c’est Vicenç.
La forme française des prénoms que tout l’Occident partage, prévalait à l’Etat civil, mais la version gasconne était naturellement employée en passant au gascon.
Bref, je regrette la disparition de ces réflexes et je pense qu’avoir un prénom dans sa forme gascon de manière officielle à l’Etat civil, n’apporte pas grand chose en fait, car le plus intéressant reste ce passage d’une langue à l’autre ... qui n’a plus lieu pour cause.
Pour illustrer, quand je demande à ma grand-mère le prénom de son père, elle dit Vincent. La même question en gascon, elle dira "Vincenç" (ma grand-mère dit Vincenç et non Vicenç, assez curieusement).
Autre exemple : le philologue Luis Michelena est connu sous ce nom en espagnol. En basque il est immuablement Koldo Mitxelena. Je trouve que ces doubles traditions sont une richesse, mais il est impossible de nos jours de les ressusciter.
En tout état de cause, je trouve que l’on donne à l’Etat civil trop d’influence dans la vie de tout un chacun : la manière dont nous sommes enregistrés auprès de l’Etat n’implique pas que l’on puisse toute une vie avoir des noms au sens large distincts. Surnoms, diminutifs, ... qui font aussi corps que l’officiel administratif.
Les Gascons d’autrefois n’attendaient pas que l’Etat vienne dire comment ils s’appelaient.
Aussi, des parents soucieux d’ancrage régional peuvent donner la version française bien socialisée d’un prénom à l’Etat civil mais appeler toute sa vie ledit enfant de la variante gasconne (le tout en gascon serait le mieux mais c’est trop tard).