Grande Gascogne ou petit Sud-Ouest. Histoire, géographie, langue, chant, architecture...

Couches migratoires du peuplement de l’Europe occidentale
par Vincent P. le 29 octobre 2012

Article que j’ai écrit en anglais avec commentaire en français :

http://anthroeurope.blogspot.fr/2012/10/dienekes-globe10-calculator-my-results.html

Mon génome est grosso-modo constitué de 3 couches migratoires, qui illustrent assez bien l’histoire du peuplement de l’Europe occidentale :



- 76% "Atlantic-Baltic" : c’est ce qui reste de la variabilité génétique des chasseurs-cueilleurs du Paléolithique supérieur pour lesquels cette composante constituait près de 100% de leur variation génétique, comme par exemple le montrent les restes du Mésolithique trouvés dans la grotte de La Braña dans la province de León.

Les populations baltes sont les populations européennes qui sont restées les plus isolées des migrations ultérieures : c’est donc chez elles que cette composante est la plus importante (jusqu’à 85%).



- 21% "Southern" : cette composante était absente des chasseurs-cueilleurs, elle se trouve présente par la suite parmi leurs descendants du Néolithique débutant (par exemple, les restes de Gok4, l’agricultrice du Néolithique en Suède méridionale) et elle est aujourd’hui concentrée en Afrique du Nord et au Moyen-Orient.

C’est donc là la trace des migrations des premiers agriculteurs en provenance du Moyen-Orient, qui ont donc touché jusqu’aux populations du Pays Basque actuel qui montrent à cet égard un "métissage" de l’ordre de 21-24%.

Les populations les moins touchées par ces migrations sont donc les populations du Nord de l’Europe (cf le tableau type Excel dans l’article).



- 1% "West Asian" : cette composante, d’origine irano-caucasienne très probablement, est ce qui distingue les Basques (ainsi que les populations sur substrat basque dont je suis une illustration) et les Sardes des autres populations européennes ; elle est probablement liée à la diffusion des langues indo-européennes lors de l’Âge de Bronze.

Les Basques montrent 0% de métissage "West Asian" alors que les Français presque 9%, les Espagnols en moyenne 6% (c’est assez variable : presque 10% dans les Baléares mais seulement 4% en Cantabrie). Les habitants de Sardaigne ont été peu affectés par cette dernière vague migratoire (2%) ce qui confirme leur caractère "vieil-européen" commun avec les Basques (déjà corroboré par la toponymie pré-indo-européenne sarde).


Il semble dès lors raisonnable de dater l’ethnogenèse "vasconne" des migrations indo-européennes qui n’ont donc pas touché les populations basques. Avant cette date, les populations basques étaient comme le gros des Européens, un métissage de chasseurs-cueilleurs du Paléolithique supérieur et d’agriculteurs du Néolithique.




  • par PJM le 4 novembre 2012

    J’ai fait une réponse trop longue et j’ai perdu ma contribution.
    En voici un petit bout :

    Je signalais le tendance de beaucoup de chercheurs généticiens à plaquer des étiquettes anachroniques sur les faits.
    Par exemple, il n’y a pas de Celtes, ou de Germains ni de Slaves au -IIIe millénaire, il n’y a encore que des Indo-Européens du N-O.

    Les origines IE ne sont pas à rechercher du côté du Caucase ni de l’Iran (qui n’a été ‘indo-européanisé’ linguistiquement et culturellement que vers le -IIe M., comme l’Inde). Les thèses d’Ivanov-Gamkrelidze et de Colin Renfrew ont été rejetées de toute part
    De plus, les mouvements de peuples ne mettent parfois en branle que des groupes restreints (modèle ‘elite dominance’), ce qui devrait moduler l’enquête génétique.

    Ces ‘Indo-Européens’ sont un peuple pré- et proto- historique identifié par la linguistique comparative et reconstructive étendue à tous les domaines de la culture.
    Passant de l’étude des formes (grammaire, lexique, versification, proto-lexique) à celle du contenu et des réalités correspondantes (tradition orale conservée par le formulaire, schèmes narratifs qui fondent les littératures anciennes des peuples historiques, notions, droit, médecine, institutions), la recherche a mis en évidence les principales caractéristiques de la culture indo-européenne (É. Benvéniste).
    On est amené à considérer les locuteurs (IE, PIE pour proto-), comme un groupe culturel autonome, ce qui nécessite une périodisation des éléments reconstruits. Il faut relier les indices de la reconstruction à l’histoire archéologique, modéliser.

    Les archéologues (en dernier lieu Mallory) admettent généralement le caractère indo-européen de trois grandes aires culturelles chalcolithiques dont l’extension s’accorde bien avec celle des cultures IE historiques.
    Ce sont la Céramique cordée (Corded Ware) étendue de l’Ukraine occidentale à la Lorraine, de la Pologne à la Suisse (-3200-2300) ; l’aire historico-culturelle de Yamna (-3600-2200) du Danube inférieur jusqu’au sud de l’Oural ; la civilisation de Baden (-3400-2800) dans le bassin des Karpates.
    Le berceau fluvial de la Baltique à la mer Noire, augmenté des régions danubiennes, constituerait le dernier habitat commun au Cuprolithique.
    Pour les périodes plus anciennes et la formation de l’ethnie les avis divergent mais ne s’éloignent pas pour l’essentiel de ce vaste territoire. Au centre de la discussion : la TrBK ou civilisation des Gobelets en entonnoir (à peu près l’aire de l’hydronymie exclusivement PIE) ; l’horizon culturel nord-pontique (Sredni-Stog) ; le complexe balkano-danubien.
    De nombreux chercheurs placent la première culture indo-européenne dans la TrBK. Cette culture du centre et du nord de l’Europe résulte de la rencontre de deux groupes humains en mouvement : a) des groupes issus de la culture nordique de chasseurs et pêcheurs d’Ertebölle (5400-4300, évolution du mésolithique de Maglemose). Implantés en large réseau suivant le cours des fleuves (Elbe, Oder, Vistule), ils auraient diffusé la langue indo-européenne avec la tradition afférente ; b) les agriculteurs du Rubané linéaire (5700-4300) dans ses formes récentes (Rössen, Céramique poinçonnée, Lengyel), responsables de la néolithisation de l’Europe centrale. La prédation exercée initialement par les premiers sur les surplus agricoles des seconds aurait amené l’intégration commune dans une société stable reposant sur le couple pré-féodal du protecteur et du tributaire.
    Ce modèle vaut aussi pour les régions nord-pontiques où il impliquerait des éléments mésolithiques septentrionaux, eux aussi d’origine maglemosienne, et les porteurs du néolithique ukrainien. Là se développeront par la suite des sociétés pastorales différentes du milieu TrB, qui s’étendront rapidement vers l’est.
    Ce modèle s’accorde à l’évolution linguistique du PIE vers les différents groupes dialectaux : 1) langues du Nord (germanique, baltique, slave), 2) langues périphériques de l’Ouest (celtique, italique), 3) langues IE des Balkans, partagées entre N-O et S-E, 4) groupe du Sud-Est (grec, arménien, indo-iranien, dans l’idée de E. Hamp).
    Aux sociétés d’agriculteurs qui devaient faire face à une crise des ressources et de la production (surtout sur la façade atlantique) les nouveaux-venus apportaient des solutions efficaces (le cheval, la métallurgie, facteurs de mobilité et de puissance) et des conceptions sociales nouvelles.
    Voir aussi E. Anati, ’L’odyssée des premiers hommes en Europe’, Paris, 2009.


    Réponse de Gasconha.com :
    Désolé, PJM, pour cette mésaventure. Je sais comme c'est rageant de perdre une contribution.
    Il faut dire aussi qu'un gran de sau n'est pas, par définition, une liura de sau (une livre de sel)...
    Dans certains cas, il est possible, en faisant "retour à la page précédente", une fois reçu le message fatidique, de retrouver le texte proposé, et de le sauver par un "copier".
    Mais pour une contribution longue, il vaut mieux préparer son texte dans un fichier séparé. Les auteurs du site peuvent aussi proposer des articles, auxquels le succès des grans de sau a fait de l'ombre jusqu'à présent sur Gasconha.com.
    Lo webmèste.
  • par PJM le 4 novembre 2012

    Sur les vagues de peuplement : Une vision diffusionniste faisait avancer de pair le nouveau modèle économique néolithique, tenu pour homogène (ce qui est faux) et « la civilisation ».
    Or le Néolithique européen montre dès ses premières phases des expressions culturelles différenciées. L’émergence de systèmes culturels distincts dans des contexes écologiques diversifiés ne suppose pas les amples migrations en provenance du Sud-Est, d’Anatolie et au-delà, souvent postulées (Ivanov-Gamkrelidze, C. Renfrew).
    L’apport de techniques externes, telles l’élevage, l’agriculture, la terre cuite, par des groupes restreints suffisent à provoquer la modification des populations qui les empruntent, en particulier quand elles sont nombreuses et disposent de ressources abondantes comme c’était le cas en Méditerranée et en Europe du Nord.

    À partir des années 1960, à la suite des nouvelles datations, en particulier par le Carbone 14 recalibré par la dendrochronologie et la thermoluminescence, le Néolithique européen apparaît comme le résultat d’une évolution propre.
    Ainsi se trouvent affirmées « la précocité, la vigueur et l’originalité de certains traits culturels européens » (J. Guilaine), y compris ceux des cultures mégalithiques atlantiques ou méditerranéennes. Il devint impossible de mettre en concordance les premiers niveaux du site de « Troie » et le Bronze ancien de l’Egée avec les complexes cuprolithiques des Balkans.

    On a largement usé, et C. Renfrew le premier, de l’interprétation d’un gradient génétique européen en provenance d’Anatolie, repéré par L. Cavalli-Sforza et A. Ammerman, pour appuyer l’idée d’une intrusion massive d’agriculteurs anatoliens ou proche-orientaux en Europe. Ces conclusions ont été infirmées par les travaux de Bryan Sykes sur l’ADN mithochondrial.
    Transmis par la mère, invariable mais conservant les traces de mutations qui permettent d’évaluer la distance temporelle entre les groupes porteurs, cet ADN a permis entre autres d’élucider les origines des Polynésiens et des indigènes de la zone Sahul et les apparentements de l’ « homme des glaces ». Comparant l’ADN des restes fossiles et celui des populations modernes, Sykes et son équipe ont montré la stabilité génétique globale des Européens de part et d’autre du Néolithique. Sur les sept groupes majeurs identifiés par Sykes, six étaient déjà en place au Paléolithique supérieur ; le septième (17 % de l’ensemble) correspond à l’arrivée néolithique de groupes venus du nord du Proche-Orient, dont la distribution en deux branches correspond, pour le lieu et la date, évaluée en fonction du nombre des mutations observées, au trajet des porteurs de l’agriculture dans les Balkans (Rubané linéaire) et aux navigateurs de Méditerranée (Cardial), a été apporté par l’article collectif, dont l’un des auteurs est L. Cavalli-Sforza, « Le portrait génétique de l’Homo Sapiens paléolithique chez les Européens modernes », paru dans la revue Science en novembre 2000 : les conclusions de B. Sykes à partir de l’ADN mithochondrial sont corroborées par l’étude du chromosome masculin, Y, des populations européennes.

  • par PJM le 4 novembre 2012

    La suite :
    Ces découvertes infirment l’hypothèse du « front d’avancée » ou de la « vague de peuplement massive » agricole venue en Europe inaugurer le néolithique.
    Ce qui signifie entre autres que l’indo-européanisation de l’Europe ne s’explique pas ainsi mais qu’il faut chercher les premiers locuteurs de l’indo-européen dits Proto-Indo-Europeans (PIE) dans le fond paléolithique et mésolithique européen. L’économie néolithique aurait joué un rôle stimulateur.

    La thèse de Renfrew n’avait convaincu personne, mais a connu un grande publicité. Dans la postface à l’édition française de son livre sur les Indo-Européens (qui vaut surtout pour l’archéologie), J. P. Mallory fait encore largement état du gradient de Cavalli-Sforza et Ammerman, tout en constatant que les données linguistiques, et archéologiques, ne cadrent pas avec l’hypothèse de Renfrew. Depuis, on est revenu aux trois hypothèses de fond :
    1) Des PIE néolithiques nord-pontiques ;
    2) Des PIE néolithiques au centre et au nord de l’Europe ;
    3) des PIE paléolithiques entre mers du Nord, Baltique et mer Noire.
    Comme l’écrit finement Mallory : « Dans une certaine mesure les modalités de confection des opinions universitaires comptent plus, en la matière, que les données linguistiques ou archéologiques proprement dites » (loc.cit., p. 307).

    Synthèse d’après B. Sykes incluant : type, localisation initiale (suivant les fossiles directeurs, leur ADN mithochondrial, et en considération du climat), % actuel, distribution actuelle :

    Type U : - 45 000, Europe du Sud-Est. 11 %. Partout, spécialement G.-B.et Scandinavie.
    Type X : - 25 000, Europe du Nord. 6 %. Trois branches : Europe de l’Est et Sibérie (1% dans le Nord américain), Europe occidentale, Grande-Bretagne
    Type H : - 20 000, Europe sub-alpine. 47 %. Partout.
    Type V : - 17 000, péninsule Hispanique. 5 %. Partout, mais surtout à l’Ouest ; Laponie.
    Type T : - 17 000, Italie centrale littorale. 9 %. Méditerranée, Europe occidentale, Irlande.
    Type K : - 15 000, Plaine du Pô. 6 %. Italie du Nord et bien au-delà.
    Type S : - 10 000, Région du Taurus. 17 %. Deux branches : - Côtes méditerranéennes (Espagne, Portugal), littoral atlantique, - Voie danubienne.

    Il nous faudrait vraiment un atlas historique de la Gascogne dans son contexte vasconien, et européen, pas démesuré mais précis et bien cartographié, incluant anthropologie, onomastique, histoire, linguistique, ethnographie, sociologie, etc. des origines à nos jours.

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