Gascogne plutôt que Sud-Ouest !


 

Agenais guyennais

Eymet (commune)
Eymet

Eymet / Eimet

Commune hors-Gascogne, en Périgord, à la limite de l’Agenais, dont la commune a pu relever à d’autres époques, en Guyenne en tout cas.

Je propose le lieu pour la photo de la place centrale avec notamment cette maison avec colombages qui me fait diablement penser aux maisons béarnaises type Couloumère, et constitue probablement un type autrefois répandu dans les campagnes dont les maisons classiques bordelaises ou périgourdines (qui se font concurrence) ont probablement pris la suite.

prepausat per Vincent.P


Grans de sau

  • Je dis qu’Eymet a probablement relevé de l’Agenais car le Dropt est agenais dans tout son parcours, sauf à cet endroit.

    Enfin bon, tout cela a peu d’intérêt, la vérité c’est qu’il n’y a pas de frontière entre Agenais et Périgord, ce sont les mêmes paysages, les mêmes parlers, les mêmes gens.

    J’avais vu un reportage sur le marché d’Eymet il y a quelques années, les habitants regrettaient que l’on ne parle plus "gascon". Preuve de l’usage assez étrange de ce terme en Guyenne, probablement par l’entremise du français qui voulait que Jasmin parle gascon.

    Eymet n’est pas très loin des terres gasconnes de Duras.
    La toponymie est cependant bien guyennaise : chute du n final (Bretou, Baillou, Carreyrou), suffixe -ière/a (Galinière), maintien du l final (Berbol, Titel, Cluzel, Montauzel, ...).

    Des toponymes plus mystérieux : "Les Bourbennes" semble montrer que l en contact avec b s’est rhotacisé (ce devrait être "boulbenne").

    "La Pourcaud", qui doit être "La Porcau", semble montrer une possible vocalisation de l final comme en gascon (en limousin, ce serait Pourchau, en guyennais, plutôt Pourcal). Idem Sauban (on attendrait Salban).

    On trouve un lieu-dit Lanusse, purement gascon, dont je pense qu’il atteste du repeuplement de la zone par des migrants (on sait qu’une partie de l’Agenais a été repeuplé au Moyen-Âge par des migrants gavaches mais aussi gascons, notamment béarnais, c’est le cas de la ville d’Agen).

  • A la transhumance estivale que nous faisions, avec mes parents, jadis, entre Champagne et Gascogne, nous passions par Eymet, au début (après, on a pris l’itinéraire bis qui nous faisait passer par Sainte Foy la Grande).
    Ma mère prononçait "Eÿmét" en faisant entendre le "t" final, et j’étais persuadé comme elle que c’était la prononciation autochtone.
    Je pense d’ailleurs que ma mère, dans son affirmation gasconne (qui a quand même pour conséquence lointaine que je fais Gasconha.com), aurait été intraitable à ce sujet...
    Mais Eymet n’est pas en Gascogne, et "Eymet" ne se prononce pas "Eÿmét", mais peut-être même "Èmé" (à confirmer), et sans qu’une francisation récente en soit la cause (à discuter aussi).
    Longtemps après avoir découvert l’Occitanie, puis la Gascogne, j’ai découvert la Guyenne ! Mais où sont les guyennistes ?

  • La Guyenne a subi de plein fouet les modernisations du 19ème siècle (l’exemple de Fumel), puis les migrations du 20ème, Dardy le dit bien dans son introduction, la francisation a joué très fort, plus que sur le plateau landais dont relève l’Albret.

    Bien vu sinon Tederic, les sonorités limousines du guyennais n’ont pas de secret pour toi :

    http://communes-oc.cg24.fr/cantons/eymet/EYMET.htm

  • Sinon, je ne vois pas pour quelle raison les occitanistes écrivent "Aimet" pour ce qui est prononcé
    [ɛj’me].
    On sait qu’en limousin et en guyennais, l’opposition entre e fermé et e ouvert n’est pas efficiente (ce qui rend le limousin difficile à graphier ... et les leçons de morale occitanistes sur la distinction é/è inapplicables).

  • Mais où sont les guyennistes ?

    Je le serais volontiers !

    J’ai des ancêtres du Pays Foyen et de la région de Vélines. Sans compter, bien sûr, que je viens moi-même de la Guyenne gasconne comme vous savez.

  • Le problème en Guyenne, c’est l’absence totale de substrat identitaire un peu vivace.
    Il n’y a même plus d’accent à Bergerac par exemple.
    C’est l’atonie profonde, que ce soit à Villeneuve-sur-Lot ou à Sarlat. Pire, la Guyenne est l’image de la France rurale éternelle de nos jours.

    La Gascogne a la chance d’un certain exotisme encore un peu présent.

  • La parabole de l’enfant prodigue du village de Douzains (47) ne doit pas être loin du parler d’Eymet :

    http://fedora.tge-adonis.fr:8090/fedora/get/CRDO-Paris:144845/DEPOT_47-DOUZAINS_22km.wav

    On constate que les consonnes finales (s,t, ...) sont systématiquement éludées. Par contre, il y a des palatisations sh comme en gascon. La forme "vòste" aussi. j est prononcé z à la limousine.

    A mon sens, le guyennais est un vrai espace de transition entre gascon, limousin et languedocien, une grande zone d’interférence.

  • Vincent a écrit :

    "A mon sens, le guyennais est un vrai espace de transition entre gascon, limousin et languedocien, une grande zone d’interférence."

    Une meilleure définition serait difficile à formuler. Bravo, Vincent.
    Cela dit, j’en suis à me demander ce qui, au sein de l’espace linguistique roman dans son intégralité, ne constitue pas une zone interférentielle plus ou moins étendue.

  • Vincent a écrit : "Sinon, je ne vois pas pour quelle raison les occitanistes écrivent "Aimet" pour ce qui est prononcé
    [ɛj’me].
    On sait qu’en limousin et en guyennais, l’opposition entre e fermé et e ouvert n’est pas efficiente (ce qui rend le limousin difficile à graphier ... et les leçons de morale occitanistes sur la distinction é/è inapplicables."

    Je peux comprendre que les occitanistes écrivent "Aimet" au lieu d’"Eimet" à cause de l’alternance phonétique [aj-/ɛj-] qui affecte la diphtongue "ai", selon que la syllabe qui la porte est tonique ou atone.
    Cette caractéristique se retrouve plus ou moins sporadiquement dans tous les parlers d’oc.
    Elle est même d’un emploi très courant en provençal et en nord-occitan, et également courant quoique peut-être moins systématique et plus ou moins lexicalisé en guyennais et en nord-gascon garonnais.
    C’est un phénomène analogue à l’alternance [aw/ow] de la diphtongue "au".
    Quant à l’opposition [e/ɛ], elle n’est pas non plus très efficiente en nord-gascon garonnais où des mots comme "eu" (oeuf), "beu" (boeuf) ont un e plutôt fermé, tandis que "nèu" (nouveau) a un e plutôt ouvert alors que la diphtongue de ces trois mots provient du même &#335 ; latin.
    Un vrai casse-tête (un de plus) pour une transcription "crédible" en graphie classique...

  • Bonjour,
    Je demeure au Québec, Canada et je fait des recherches sur mes ancêtres. Le premier arrivé en Nouvelle-France en 1665 se nommait comme moi, Pierre Champoux et était natif de Eymet, France. J’aimerais savoir la langue ou le patoie qu’il devait parler lorsqu’il s’est embarqué à La Rochelle le 19 avril 1665 à titre de soldat du régiment de Carignan Salières. Dans l’armé, les communications devaient être en Français du Roi. Mes recherches me laissent croire qu’il parlait soit le Gascon ou le Langadocian. Toute aide sera appréciée.
    Merci

  • Bonjour Pierre,

    Votre ancêtre était donc périgourdin, du diocèse de Sarlat, partie méridionale du Périgord, qui comptait aussi le diocèse de Périgueux, Périgord septentrional.
    Le Périgord était dans la province de Guyenne et entièrement de langue d’oc. Pour schématiser, il y a trois langues d’oc en Périgord (l’actuel département de la Dordogne) : au nord d’une ligne Villefranche-de-Lonchat, Vergt, Montignac c’est le Limousin. Au sud d’une ligne comprenant Vélines et Sarlat c’est ce qu’on appelle le languedocien septentrionnal ou guyennais. Enfin trois paroisses étaient de langue gasconne en Périgord : Saint-Michel-de-montaigne, Saint-Seurin-de-Prats et Montcaret. Donc, c’est le languedocien septentrional/guyennais, variante d’oc, qui était en usage quasi exclusif, à Eymet, à l’époque de votre aïeul puisque le français n’a véritablement été imposé aux provinces non francophones qu’à partir de la fin du XIXème siècle avec les lois scolaires de Jules Ferry. Il s’exprimait vraisemblablement en langue d’oc mais devait avoir une connaissance superficielle du français pour les besoins du service.
    La situation d’Eymet est intéressante. Le village est immédiatement à la frontière de l’ancien duché de Gascogne et pas très loin non-plus de la limite linguistique entre languedocien-guyennais et gascon. Ceci peut laisser penser qu’il y a des influences gasconnes dans le parler d’Eymet.
    Mais vous devez savoir que la France mène une guerre sans merci aux langues vernaculaires de France, dites langues régionales, depuis la Révolution, pour imposer le seul français et éradiquer toute diversité linguistique afin de faire disparaître les nationalités du sol de la République. Ainsi, la majeure partie est aujourd’hui en voie de disparition, exceptées quelques unes comme le basque, le corse ou l’alsacien qui résistent tant bien que mal. Le parler d’Eymet est donc moribond.

    Bonne journée à vous au Québec.

  • Bonjour Monsieur Champoux,
    Puisque votre ancêtre était originaire d’Eymet, la langue qu’il devait parler alors, outre le français, était cette variété occitano-romane, ou occitane au sens large, que certains nomment le languedocien septentrional, ou nord-languedocien, mais qu’il conviendrait d’appeler plutôt "le guyennais". C’était un idiome de transition entre le nord-occitan limousin, le languedocien occidental de l’Agenais, et le nord-gascon garonnais.
    Voici un lien internet qui vous donnera accès à un site qui pourra vous donner une petite idée de cet occitan de transition. Le parler de Bergerac était en effet très proche de celui d’Eymet : http://www.pays-de-bergerac.com/pages/occitan/Vita-de-cada-jorn/index.asp
    Bonne lecture.

  • ’’il n’y a pas de frontière entre Agenais et Périgord, ce sont les mêmes paysages, les mêmes parlers, les mêmes gens.’’

    .... oui, à part les maisons qui ne sont pas les mêmes :
    - maisons allongées, toits à forte pente couverts de tuiles plates, en Périgord
    - maisons massives (dans les bourgs), toits à très faible pente couverts de tuiles canal, en Agenais

  • L’empreinte limousine sur les parlers guyennais et en particulier sur le parler d’Eymet, que parlait très probablement Pierre Champoux, est expliquée ici et là par des mouvements de population, peut-être des repeuplements de campagnes vidées par les guerres et les épidémies.

    Le nom même, Champoux, est donné comme strictement limousin par Géopatronyme fin 19e siècle. D’ailleurs le "Ch" initial est limousin.
    Donc, le Pierre Champoux d’Eymet avait très probablement au moins un ancêtre limousin qui avait quitté sa terre natale. Un déplacement modeste : 100-200 km...

  • Lo ligam que mencionas, Danièl, es en lengadocian estandard : joves, al, dels, damb, vòstre, èsser... En brageiragués (au mens foienc) se ditz : jòines, au, daus, ’vèque, vòste, estar/èstre... Achí am encara la pròva que los occitanistas de basa practican una desmarsha descendenta, en impausant una lenga qu’a res a véser demb lo lòc.

  • En effet, ce patronyme est bel et bien limousin. Pourtant, il existe aussi le petit village de Champoux, dans le Doubs. Les habitants sont les Champoursiens. Pourquoi "Champoursiens" ? Certainement parce qu’en 1129 le nom de ce patelin était écrit sous la forme "Champors". L’étymologie pourrait remonter au latin campu(m) ursi , "le champ de l’ours"... En effet, il existe dans ce patelin le Comité des Fêtes du Champ des Ours". Simple coïncidence ?

    http://blog.photographies-naturelles.fr/wiki-Champoux.html

    Toujours est-il qu’en 1255 c’était la graphie "Champou" qui était notée.

    Reste à savoir si l’étymologie du patronyme limousin est la même que celle du toponyme francoprovençal, bien que les deux idiomes aient des rapports "médio-romans" évidents.

  • Gabí, as rason, lo ligam que balhèri es en occitan estandard. Au temps per jo !
    Donc, per aqueth monde los parlars nòrd-lengadocians/guienés sonn de patoàs que merítann pas d’èster escrivuts. Aurí divut me mesfisar quòra vesoi aqueras fòrmas "occitanizadas" per los missionaris de l’Occitan (referencial)... Enquèra un còp, au temps per jo. Pensi qu’estoi borrat per un mòt coma "vita" qu’es "vida" en "referenciau". Aurí divut pensar qu’una irondèla hèi pas lo primtemps.
    Belèu que i auré una petita escasença de tombar sus de vrai guienés en s’adreçant a l’associacion "Mémoire et Traditions en Périgord". Pensi que i augi grand causa sau "web" ont pósquim lugir de guienés d’Aimet o de Brageirac.

    http://salverio.pagesperso-orange.fr/


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