Lòcs

Il n’y a pas de frontière plus étonnante en France que le seuil de Naurouze.

Toulouse était annoncée bloquée, au retour d’un séjour en Italie. Il convient de bifurquer au Sud de la ville, pour rallier le Béarn, et reprendre l’A64.

Jusqu’aux limites de la Haute-Garonne, dans l’Aude, une immense pampa, des villages rocailleux sur des pitons ponctuent ce paysage encadré par de lourdes montagnes, au Nord comme au Sud. La Montagne Noire et les Corbières. Le mirage artificiel de la Carcassonne de Viollet-le-Duc.

Et puis, l’entrée en Haute-Garonne, dans l’ancien évêché de Toulouse, la civitas de Tolosa. Les montagnes s’effacent. Sortie à Gardouch, quelques kilomètres après le seuil du Lauragais. Tout change alors. Je suis sur le versant atlantique.

La D622 "contourne" Toulouse au Sud par les coteaux, de vallée en vallée, qui moutonnent avec l’Ariège au milieu. L’on passe subtilement de pays de langue languedocienne toulousaine à des pays de langue gasconne ... également toulousaine.

Bref, après les paysages pelés de Provence et du Languedoc méditerranéen, qui ont leur beauté, l’entrée soudaine et abrupte dans ces paysages gras toulousains, qui annoncent la Gascogne, fait l’effet d’un paradis. C’est la sensation que j’ai eue quand j’ai pris cette photo, sur les hauteurs de la vallée de la Lèze (qui est gasconne).

prepausat per Vincent P.

La Garonne était ici frontière, entre la Lomagne, rive gauche, et l’Agenais, rive droite. Néanmoins, la langue de la vallée était mêlée, avec, il semblerait, des influences gasconnes nettes dans le parler des communes agenaises autour de Valence.

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Je renvoie sur ce point à la discussion, désormais un peu ancienne, sous le lòc "Auvillar [commune]" : dès que je retrouve dans ma bibliothèque l’ouvrage "La langue occitane du Tarn-et-Garonne au début du XIXème siècle", je mettrai en ligne les paraboles de l’enfant prodigue pour cette zone frontalière.

La centrale de Golfech est rive droite. C’est un ensemble monumental très impressionnant, notamment par autoroute. Elle se situe sur les anciens lieux-dits Guinot, Caplong et Sabaros.

La perte par Agen de sa ville de Valence n’a pas grand sens, Agen étant au centre de son pays de Moyenne Garonne, ce qu’elle n’est plus, a fortiori quand la division administrative entre Aquitaine et Midi-Pyrénées est confirmée par la réforme territoriale.

prepausat per Vincent P.

Il s’agit d’un toponyme gascon des Pyrénées tellement marqué, qu’il y a tout lieu de penser que dans le cas de cette maison du village de Merville, à un kilomètre des rives de la Garonne, le toponyme est tiré d’une famille Cazassus qui aura émigré là, probablement en provenance du Comminges où le patronyme est très fréquent.

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Nom Casassús (en graphie alibertine)

Maison du dessus (ou peut-être du Sud, dans les Pyrénées).

casa / maison

Mais dans la plus grande partie de la Gascogne, "maison" ou "ostau" ont remplacé "casa", sauf peut-être dans l’expression "a casa" (à la maison).

Malgré sa proximité avec Toulouse, il ne semble pas que le village de Seilh ait jamais relevé administrativement du Languedoc, ni même de Toulouse : il ne faisait pas partie des paroisses de la rive gauche englobée dans la Toulouse médiévale puis moderne, autour de Blagnac. Il était en Rivière-Verdun, drôle de pays gascon étalé en diverses enclaves et exclaves entre Comminges et Lomagne.

En revanche, du point de vue religieux, cette rive gauche de la Garonne jusqu’à Grenade était dans l’évêché de Toulouse, probablement héritier des limites de la cité antique de Tolosa, de l’Isle-Jourdain à l’Ouest à Revel à l’Est, de Fronton au Nord au seuil de Naurouze au Sud, autrement dit une unité géographique indéniable autour de la confluence de la Garonne et de l’Ariège d’une part, de la vallée de l’Hers d’autre part, la fin de l’isthme gaulois qui pénétrait en Aquitaine.

Il est stupéfiant de constater qu’encore aujourd’hui, ce découpage religieux est la réalité de Toulouse, pour la simple et bonne raison qu’il correspond à une unité de vie (qui certes, était traversée d’influences contradictoires, dont le fait gascon à l’Ouest).

Aussi, Seilh est "toulousaine", sans que la paroisse n’ait jamais été languedocienne. C’est probablement dans le cadre de cette appartenance toulousaine que le propriétaire de cette maison, sur la départementale 2, qui longe la Garonne, rive gauche, a senti le besoin de faire mettre une croix de Toulouse au pignon de son pavillon des années 70.

Ce phénomène est différent d’un autre, qui lui est parallèle, à savoir l’extension de la croix de Toulouse, devenue occitane, bien au-delà du Toulousain.

C’est là un phénomène majeur de l’iconographie régionale récente, qui va de pair avec l’acculturation du Sud-Ouest français, ce via deux mouvements : l’allégeance à l’occitanisme des milieux régionaux après 1945 (qui étaient plus divers qu’ils ne le sont aujourd’hui) et la constitution de la région Midi-Pyrénées (la fameuse midi-pyrénéisation, identifiée sur ce site depuis de nombreuses années, qui touche avec force le Gers et les Hautes-Pyrénées).

prepausat per Vincent P.

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