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Arnuero
Le gascon est en accord avec le castillan (pas toujours) et l'aragonais pour ce qui est du traitement d'un o latin fermé devant palatale.
Ainsi, le suffixe latin -orium qui est -oir en oc médian, est -er en gascon selon les étapes suivantes :

oriu > oiro > ouir puis or (prononcé ou)

Le gascon connait une autre évolution via une diphtongue.

ouir > oueir > ouer > er (r non prononcé à une certaine époque)

Exemple  : un lavoir (du latin lavatoriu) va se dire lavador en oc, lavader en gascon, lavadero en castillan. Dans certains cas, le castillan n'a pas réduit la diphtongue : c'est le cas pour Arnuero.

Arnuero est Arnorio dans les textes latins du Xème siècle : c'est très probablement un dérivé du latin arenoriu(m) sur arena, grosso-modo un endroit sableux. Arnero serait l'étape finale.

Peut-on expliquer le village du Magnoac "Arné" de la même manière ? Grosclaude relève une prononciation avec une finale ouverte ce qui ne permet pas de penser que cela soit possible.
Les attestations anciennes sont très récentes et sentent les relatinisations (Arnerio au XVème siècle). Le site est-il sableux  ? En tout cas, Grosclaude préfère y voir le prénom germanique Arnerius.

Pour l'Arnuero cantabre, disons que c'est plus évident : c'est en bord de mer, entre Santander et Santoña.
[Vincent.P]
 
Au premier plan, les petites maisons collées sont dans le style "néo-cantabre" : c'est évidemment du vascon.
C'est pas laid ce qu'ont fait les Espagnols en matière de revival du style vernaculaire.
Plus inventif assez souvent, moins élitiste.
Et surtout ça perdure encore aujourd'hui. Il semble qu'en Cantabrie, on aurait pas idée de construire autrement.
Auteur : Vincent.P
05/09/11
On trouve la "Sierra de Arnero" à Valdáliga, également en Cantabrie.
Auteur : Vincent.P
05/09/11
Je suppose qu'un toponyme comme "Les Areneys" à Arès est formé sur ce même suffixe avec maintien nord-gascon du yod à moins qu'il ne s'agisse du suffixe -arium qui donne -èir avec e ouvert en phonétique claire.

Difficile de choisir sans savoir la prononciation locale : on trouve de nombreux "Les Areniers" en pays d'oïl et d'oc, ce qui laisse penser que -arium est plus probable.
Cela donnerait quand même Arnero en castillan, Arneiro en portugais (là aussi maintien du yod).
Auteur : Vincent.P
05/09/11
A propos d'Arès, il faudrait vérifier les attestations anciennes, mais je me demande si au fond ce ne serait pas le doublet de "Les Areneys", avec chute du n intervocalique, comme autrefois dans le domaine nord-gascon.

arenoriu(m) peut donner "arer" plutôt que "arener/arner" mais il est vrai que l'on attendrait plutôt "areir".
Sinon, il faut juste convenir qu'il s'agit du suffixe -és. Ou tout autre chose.
Auteur : Vincent.P
05/09/11

Votre avis sur le lòc "Arnuero" ?
Gascogne médiane

Riscla

en graphie "franco-phonétique" :
Risclo
[Vincent.P]

Révélation très intéressante (appuyée par des attestations médiévales) dans la revue "Vasconia" 2009 : "Riscle" serait à l'origine "Era iscla" (L'île), ce qui montrerait que l'article gascon "eth/era", maintenant considéré comme pyrénéen, descendait jadis beaucoup plus bas.
L'auteur de l'article présente "lo/la" comme une forme tardive en Gascogne.
On aurait donc ici un exemple de plus de cette Gascogne qui s'est peu à peu dégasconnisée par sa façade garonnaise...
[Tederic]
 
Vraiment très intéressant car l'article pyrénéen est l'article gascon par excellence parce qu'il relie le gascon aux choix opérés en espagnol (accentuation de illum sur la syllabe initiale contrairement au français et à l'oc médian, ce qui donne el en espagnol, et ero/era en ancien aragonais maintenu à Bielsa : ro barrango=la rivière, ra fuande=la fontaine).

Il est possible de penser que son usage a été généralisé au moins en Sud-Gascogne mais toujours tu à l'écrit comme aujourd'hui encore les Gascons pyrénéens s'appellent Labarthe, Lassalle ou Laborde.
D'où la difficulté de dater sa disparition.

Je me demande parfois si l'article landais féminin prononcé "leuh" alors même qu'aucun indice ne laisse entendre qu'en gascon noir un "a" non tonique ne se prononce pas autrement que "a" ne serait pas un résidu d'un "era" croisé avec "la" (ce n'est pas tout à fait le même timbre).
Qu'en pense Philippe ?

La Gascogne a aussi connu les héritiers du latin ipse (es/sa) que l'on retrouve dans des patronymes (Sacaze, Sarroque, ...) et dans des toponymes (Espoey, Sabaig, ...), qui est la seule forme connue des cartulaires bigourdans (Zabarta, Zartiga, Zalobera, ...). Forme qui rattache l'ancien gascon au catalan et au sarde.
Auteur : Vincent.P
18/10/09
Une recherche très fouillée sur les noms de lieux de l'IGN, par Géoportail, permettrait peut-être de retrouver d'autre cas d'article eth/era cachés.

Dans les noms de commune du Gers, je n'en ai pas trouvé d'autre, mais je n'ai cherché que sur les noms commençant par "r".
Les microtoponymes, eux, sont peut-être le plus souvent postérieurs à ce passage hypothétique au lo/la.
Voir les noms de rivière ou ruisseau commençant par "r", par "er", "et", "t"... ?
Auteur : Tederic
18/10/09
C'est assez douteux, quand on voit que le Labastide des Hautes-Pyrénées, dit Era Bastida localement, n'est jamais attesté ainsi. Il faut chercher tout de même.

Maintenant, élément de doute : Riscle est attesté Arriscla. Tardivement cependant.
La signification d'île sous-entend également que la ville a été fondée sur une île, ou proche d'une île, de l'Adour. Comblée probablement. Les petits ruisseaux qui parsèment la ville en sont-ils une trace ?
Auteur : Vincent.P
18/10/09

Réponse de Gasconha.com :
Je reproduirai bientôt ici le passage de l'article concernant cette question.
[Tederic]
NB : En fait non, ça ne peut pas expliquer l'article landais car era est toujours prononcé avec a (position proclitique).
Auteur : Vincent.P
18/10/09
Je m'étais trop avancé en parlant d'attestations médiévales.
Il s'agit plutôt d'une affirmation de Louis Helbé, l'auteur de l'article sur "Era lenga de nosta", page 19 de la revue "Vasconia", n°9 :
"l'étymologie de la ville de Riscle se déchiffre facilement quand on connait le gascon  : Era Iscla, c'est-à-dire l'Ile, en référence au système antique de défense de la cité entourée d'eau".

Donc, prudence !
On aimerait avoir des preuves et indices supplémentaires, même si l'explication de Louis Helbé parait vraisemblable.
Auteur : Tederic
18/10/09
Bonjour,

Pour l'article landais, je ne pense pas qu'il s'agisse d'un croisement. Par contre, le A non tonique se prononce bien souvent E.
Que cantarà/cantera, lavadeir/lawedeuy, barrascar/barresca, amassar/amessar etc...
Auteur : P.Lartigue
22/10/09
Un reste possible d'une prononciation distincte du a non-tonique comme en catalan occidental ?
Auteur : Vincent.P
27/10/09
Sur www.saintblancard.com/landkaart1/riscle.htm, je trouve ceci :
"Riscle dont l’étymologie « risclo » signifie rangée de pierres disposées dans le fleuve pour attirer le poisson dans une nasse"
Auteur : Tederic M.
19/07/10
Riscle est un mot gascon, dialecte du Gers, qui signifie « caisse de moulin à meule».
Un peu plus d'explications sur mon blog : vousvoyezletopo.blog.lemonde.fr
à l'article Des moulins (quatrième partie)
Mes sources : Ernest Nègre, Toponymie générale de la France, tome II (1991) et Dictionnaire gascon-français : dialecte du Gers, de Justin Cénac-Moncaut (1863)
Auteur : leveto
28/08/11
Bien qu'il y ait doute sur l'étymon, il me semble que l'on peut "ressusciter" la forme Arriscla comme nom gascon de la ville, dans la mesure où les textes anciens sont clairs sur la présence du ar- prosthétique (Arriscla/Arriscle).
Auteur : Vincent.P
07/09/11

Votre avis sur le lòc "Riscle [commune]" ?
Galizano
Pyrénées
Les toponymes latins en -anum sont présents dans toute la Romanie linguistique, et même en terres de langue basque (sauf qu'ils sont masqués par l'évolution phonétique basque : -ano devient -ao voire -io).
Ici, l'étymon est transparent : c'est le domaine de Gallicius, tout probablement comme pour notre Gaussan du Magnoac, les deux étymons suivant des évolutions distinctes (maintien de la voyelle finale latine en castillan, contraction vocalique en gascon, ...).

Galizano se trouve entre la baie de Santander et la baie de Santoña.
J'ai été surpris par la ressemblance, en fait l'identité, entre la Cantabrie et le Pays Basque, voire avec certains paysages béarnais.
Très grande familiarité pour qui a passé son enfance dans les champs de maïs du Béarn !
[Vincent.P]
 
La cohabitation dans les terres basques entre des toponymes en -ano qui deviennent donc -ao/io en basque (Galdácano est dit Galdakao, Ciriano est Ziriao), parfois -iño (Abadiano est dit Abadiño), et des toponymes en -ain (probablement du latin -ani) laisse penser qu'il s'agit soit de deux couches décalées dans le temps (avec -ain, il semble que les radicaux anthroponymiques soient souvent basques et moins souvent latins, et si l'on se fie à ma théorie pour les toponymes équivalents en Couserans, c'est carrément germanique, donc le Moyen-Âge), soit de deux types de formation parallèle bien curieux, si l'on ajoute en plus les nombreux toponymes en -ana.

Par jeu, on peut s'amuser à donner la forme qu'aurait reçue Galizano si le village avait maintenu une langue de type basque (même si l'on sait que comme une partie de la Biscaye, cette région a aussi connu des infiltrations celtes).
ll intervocalique se simplifie à l simple, le groupe ci doit donner ki comme dans Luquiano (sur Lucius), le suffixe -ano perd le n intervocalique.
Soit quelque chose comme Galikiao voire Garikao avec alternance des latérales et indécision sur ki.
Et en cherchant sur l'IGN espagnol, il s'avère que Garicano est un patronyme navarrais !
Ainsi qu'un lieu-dit près de Tolosa dans une région dense en toponyme en -ain.
Auteur : Vincent.P
28/08/11
Notons que l'étymon aurait donné en gascon Garissan. Il n'est en effet pas certain que Gaussan soit vraiment tiré de gallicianu. Mais c'est possible, en supposant un amuïssement de la voyelle pré-tonique.

Pas de trace d'un lieu-dit Garissan en Gascogne. Une recherche sur Google Books laisse entrevoir l'existence d'un seigneur de Garissan près de Saint-Gaudens. Cacographie ? L'ancien nom de Gaussan ?
Auteur : Vincent.P
29/08/11
A ce propos, c'est là qu'on voit peut-être l'importance rappelée par Philippe Lartigue de noter "ç" le son [s] tiré du latin -ci-. En même temps "ss" fait tout aussi bien l'affaire. Débat difficile.

Prenons Lussan ou Lussac. C'est évidemment le latin *lucianu/luciacu sur Lucius. Alors Luçan ou Lussan ?
Sachant que c'est un s apical (un peu chuinté) dans les deux cas, le gascon ne possède plus, tout comme le catalan, le son castillano-aragonais z (sauf en Bethmale ce qui laisse entrevoir une extension autrefois plus grande de ce phénomène).
Auteur : Vincent.P
29/08/11

Votre avis sur le lòc "Galizano" ?
Saint-Sébastien
Pyrénées
C'est assez marrant ce que l'on fait côté espagnol avec le style néo-basque : on croirait une maison sortie d'un manga japonais.
[Vincent.P]
 
J'ai remarqué en Espagne (je fournirai d'autres photos) que les maisons d'inspiration "vasconne" (il n'est pas certain qu'il y ait une telle conscience en Espagne non plus que ce style architectural s'étend bien au delà de la côte cantabrique et des Pyrénées) une tendance intéressante qui consiste à ne pas relier les deux pentes du toît au niveau de l'arête du haut, avec notamment des jeux d'asymétrie très réussis (par exemple, une pente décalée verticalement par rapport à sa jumelle).

Sur l'exemple de la maison "manga", on a plutôt choisi de réinverser la pente du toit au niveau du corps principal. Après, j'espère que ça ne prend pas l'eau !
Auteur : Vincent.P
07/09/11

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