Fermeture des écoles de Cahuzac-Tasque-Termes Un cas d’école !

- Tederic Merger

Cahuzac (230 hab.), Termes (189 hab.) et Tasque (256 hab.) sont trois communes, du côté de l’Arribère Basse, qui s’étaient regroupées dans un RPI (Regroupement Pédagogique Intercommunal).
Un RPI permet de maintenir plusieurs sites scolaires, tout en regroupant les élèves par niveau. Une école aura par exemple les cours moyens, l’autre les cours élémentaires. Cela suppose déjà un système de transports, puisque les élèves n’ont pas tous une classe de leur niveau disponible dans leur commune.

Dans l’ancien RPI, Cahuzac avait le CE1 et le CE2, Termes la maternelle et le CP, et Tasque le CM1 et le CM2.

Avec la fin du RPI, les élèves sont envoyés dans des écoles de regroupement, selon l’intercommunalité d’appartenance : la Communauté de communes "Bastides et vallons du Gers" pour Tasque, "Armagnac Adour" pour les deux autres.

On remarque tout de suite que l’une des trois communes avait rejoint une communauté de communes différente... Le ver était-il dans le fruit ?

Le Président de la Communauté de communes Armagnac Adour "assume la fermeture". Ses arguments :
 les élèves ne sont pas transportés beaucoup plus loin qu’avant ;
 « les parents veulent que les enfants aient des cours d’anglais, fassent des sorties, puissent utiliser des tablettes [...] Ce sont des choses que vous n’aurez pas dans des communes de 200 habitants. »

Le Directeur académique du Gers (donc "l’Etat") a un argument plus complexe : il vaut mieux des écoles plus grandes, certes un peu plus loin, mais qui ne risquent pas de disparaitre. L’idée serait-elle de garantir un maillage scolaire stable (l’expression est de moi, mais je la trouve très "techno" !) aux familles susceptibles de s’installer dans ces villages ?

Ce n’est pas dit dans l’article du Monde, mais on peut aussi comprendre que l’Etat veut lisser les effectifs des classes : plus les élèves sont concentrés, et plus on évite l’anomalie de classes en sous-effectifs.
La question des frais fixes pour maintenir une école à une seule classe peut aussi se poser... c’est l’idée des économies d’échelle. Le Ministère de l’Education, à Paris, doit bien avoir ce genre de soucis...
Enfin, sur le plan pédagogique, éviter toute coexistence de niveaux différents dans une classe peut se défendre, mais les écoles à classe unique pour tous les niveaux s’en sortaient plutôt bien autrefois...

Bien sûr, une école fermée, c’est un coup de plus porté à la vie communale.
Robert Castagnon, de la revue "Gascogne - la Talanquère" réclamait déjà, « pour recréer une véritable ruralité, [...] des villages avec des écoles et des enfants turbulents ».

Mais l’article du Monde, plus pondéré que le titre de la série qui l’encadre ("Quand l’État s’en va"*), pose la question de la causalité :
« Qui de la poule de la désertification des campagnes ou de l’œuf de la disparition des services publics est arrivé le premier ? »

En d’autres termes : est-il cohérent de vouloir maintenir des écoles alors que toutes les autres activités (sauf l’administration municipale ou ce qu’il en reste) débordent du cadre de ces petites communes ? les gens travaillent ailleurs, achètent ailleurs, et bougent sans arrêt sur un bassin de vie qui est plutôt à l’échelle des intercoms.

J’ai repensé à une idée d’Yves d’Amécourt, élu de l’Entre-deux-Mers, que nous avions évoqué sur Gasconha.com (Des maires gascons).
« Je suis favorable au regroupement des communes autour de l’Ecole. Une école = une commune. Là ou plusieurs communes se sont organisées pour garder leur école, je propose de faire une commune. »

Peut-être que si Cahuzac, Tasque et Termes s’étaient regroupés dans ce qu’on appelle maintenant une "commune nouvelle", ils auraient pu garder leur école. Mais "ric et rac", et pour combien de temps ? leur total de population n’atteint guère que 700 habitants... mais peut-être pouvaient-ils se regrouper avec d’autres petites communes : je vois Izotges au milieu de ces trois communes (mais avec seulement 94 habitants)...
Il y a aussi la tentation de faire venir de nouveaux habitants en créant des lotissements, mais alors on entre dans la logique des villages-dortoirs et du dumping fiscal. Pas très désirable non plus... De toute façon, Riscle, Plaisance ou Marciac n’ont pas grand potentiel de population à rejeter...

Et nous, Gasconha, que préconisons-nous ?-)

* En fait, dans ce cas d’école, l’Etat ne s’en va pas. Il concentre géographiquement les salles de classes, en accord avec les Communautés de communes ; dans quelle mesure celles-ci sont-elles décisionnaires ?

P.-S.

Merci à Mickaël, qui veille de loin (enfin, depuis le domaine franco-provençal ou arpitan) sur Gasconha.com et la Gascogne, et m’a signalé cet article du "Monde".

Grans de sau

  • Pourquoi cet article d’il y a deux ans et demi* refait-il surface en 2021 ? par une manip qui n’avait pas précisément ce but... mais liée à un nouvel article qui va sortir ici (suspense !) sur la "fracture territoriale", en couplage avec une cronica d’Atòs, Portòs e ReGasPròs sur Ràdio Pais.
    Un avant-goût de mon discours :
    Comme pour d’autres services à la population, la concentration scolaire ne signifie pas une dévitalisation du territoire concerné, sauf si on considère que ce territoire n’est fait que des trois communes où les écoles ferment.
    Si la concentration des élèves à Riscle (par exemple) permet de faire des économies (à service rendu égal ou supérieur - et ça, c’est difficile à évaluer !), c’est peut-être bon, y compris pour les habitants de Termes et Cahuzac, qui font partie de la même intercom, mais où les écoles ferment ?
    C’est un arbitrage - qu’on peut discuter - qui est fait à l’intérieur d’un territoire rural : Riscle est aussi à la campagne, c’est un bourg de campagne...
    La "fracture territoriale"

    *D’après ma recherche, il semble que la fermeture des écoles de ces trois villages n’ait pas été annulée depuis, et donc que les protestations n’aient pas abouti.


Un gran de sau ?

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