Voici ma réponse à la « Question sus eras ortografias » de Loïc
D'abord, je me présente : Jean Lafitte, né en 1930, commissaire colonel de
l'armée de l'air en retraite depuis 1988, membre de l'I.E.O.-Paris de 1982 à
sa mise en sommeil en 2002, chargé du cours de gascon à l'I.E.O.-Paris de
1989 à 2002, à la demande de son Président ; poursuivant cet enseignement
depuis, au titre de l'Institut béarnais et gascon dont le siège est à Pau.
Désireux de mettre un dictionnaire moderne à la disposition de ceux qui
veulent apprendre la langue, j¹ai lancé le projet « DiGaM » en 1989 ; du sein
de l¹I.E.O. où j¹avais retrouvé et appris la langue de mes pères, je n¹ai
d¹abord envisagé d¹autre graphie que l¹occitane qui me paraissait bonne.
Mais après en avoir trouvé difficilement les textes officiels de 1950 et
1952, jamais réédités par l¹I.E.O., je me suis aperçu que sur bien des
points ils ne permettaient pas de rendre la langue orale fidèlement et donc
un enseignement fiable à des gens coupés des locuteurs naturels.
J¹ai donc entrepris des études pour améliorer tout cela et lancé en avril
1993 des cahiers semestriels de linguistique et lexicographie gasconnes,
Ligam-DiGaM ; je suis sur la préparation du n° 27 qui aurait dû sortir en
avril, mais j¹espère rattraper le retard avec le 28 qui sortira en octobre.
Ces travaux ont intéressé bien des gens, mais l¹I.E.O. les a ignorés et je
suis vite passé pour un dangereux hérétique. Mais il en faut plus pour
décourager un Gascon.
Du moins ces travaux ont ils été le point de départ d¹une thèse de doctorat
que j¹ai soutenue à Rennes 2 le 17 octobre 2005 : Situation
sociolinguistique et écriture du gascon aujourd¹hui.
L¹approfondissement de l¹histoire de la graphie du gascon et corrélativement de sa phonétique depuis le XIIe s. (jamais écrite avant) et l’observation de la façon dont les graphies en présence (Fébusienne et Occitane) sont reçues par la masse des locuteurs m’ont conduit, à la fin de ma 1ère année de thèse, à abandonner la graphie occitane avec et sur laquelle je travaillais depuis 1992, pour la graphie fébusienne, bien plus évidente à écrire et à lire pour les gens qui n’ont pas un bon bagage de latin et de linguistique.
Ma thèse porte donc sur les deux graphies, l’occitane rendue plus fidèle au gascon, et la fébusienne, retouchée sur quelques points de détail, avec intégration de certains acquis de la graphie occitane, comme la différence entre v et b, -th pour l’aboutissement généralisé de -ll latin et distinction entre ch et x (traditionnel et toujours présent en toponymie, plutôt que sh, très rare dans l’écrit ancien et inconnu en toponymie).
Dans mon enseignement, je donne aujourd’hui la préférence à la graphie fébusienne, adoptée avec soulagement par mes "élèves", mais je laisse chacun libre de ses choix, et ne cesse de mentionner la classique, que tous savent lire aussi, même s’ils trébuchent beaucoup plus, y compris ceux qui l’ont apprise au lycée.
Qu’èi ua question sus eras ortografias deth gascon : Qui utiliza era grafia occitana tath gascon, era grafia "Gastoû Fébus" e eras autas (si i en a) ?
Les enseignants et leurs élèves utilisent la graphie occitane, mais sans rigueur, les règles originales n’ayant jamais été rééditées, et chacun s’en faisant un peu à son idée.
Quelques personnes demeurées en dehors des cercles enseignants écrivent en graphie fébusienne. Un regain se fait depuis la création de l’Institut
béarnais et gascon, dont les statuts admettent cependant la graphie occitane
telle que je l’ai améliorée. Des jeunes s’y mettent.
Quaus son eras ideologias e eras ideas politicas que son darrèr cadua d’eras ?
Même si tous les usagers de la graphie occitane sont loin d’épouser les idées occitanistes, la graphie occitane est voulue par le mouvement occitaniste comme un premier pas vers l’unification linguistique sur la base de l’occitan "standard", un languedocien revisité par des professeurs (article très net du Pr. Patrick Sauzet, La grafia es mai que la grafia dans la revue Amiras, n° 21, juillet 1990, pp. 35-46). Et peut-être plus loin, une autonomie plus ou moins poussée de l’Occitanie.
Sur ses vieux jours, Roger Lapassade, fondateur de l’association occitaniste de Béarn Per noste, s’était aperçu de la manœuvre, lui qui s’était engagé pour le béarnais et le gascon. Il l’a écrit sans ambages dans le premier poème Drapèus arlats de son dernier recueil La Cadena :
Qu’èi mesclat tres drapèus tà sonqu’ua patria
Qu’èi hantat tres partits shens trobar bona via
e blandit estendards
au cap d’astas guerrèras
pabalhons sang e aur
o de las tres colors
e qui tots m’enganavan.
Sol lo quarrat biarnés
dens un castèth penut
dab duas vacas rojas
dens l’aur deu blat madur
m’an regaudit lo còr
au crit : « Visca la vaca ! »
(poème daté du 24 Juin 1994)
«  J’ai mêlé trois drapeaux pour une seule patrie. J’ai [Š] brandi des étendards [Š] pavillons sang et or [l’occitan, frappé de la croix de Toulouse] ou des trois couleurs et qui tous me trompaient. Seul le carré béarnais [Š] aux deux vaches rouges dans l’or du blé mûr m’a réjoui le cœur. »
L’Institut béarnais et gascon est né de l’exaspération de beaucoup de Béarnais devant l’importance prise par l’occitanisme aux yeux des pouvoirs publics, et notamment de la création à Pau en 1995 d’un Institut occitan alors que c’était un Institut culturel béarnais et gascon qui avait été promis par les politiques.
Il réunit des gens de toutes tendances politiques, liés par le seul souci de faire reconnaitre et vivre la langue et la culture du Béarn et de la Gascogne.
Eras vòstas arresponsas que m’ajudaràn a causir era (=celle ?) que vau utilizar. E quaus son eths problemes pausats pera grafia occitana tà escrívir eth gascon ? E ei inadaptada ? Era grafia occitana me sembla bona tath gascon, mès dilhèu que n’ei pas ! ne’n coneishi arren !
Je vous ai répondu plus haut : si la graphie occitane m’avait permis d’enseigner la langue sans pièges, je n’aurais pas passé autant de temps sur son amélioration.
Un exemple : Jan que minja plan : dans le le 1er -an , le n se prononce, pas dans le second ; comment le savoir ?
Dans vaquèr, le -r est muet, dans esquèr (= gauche, difficile), il s’entend ;
comment le savoir ?
Et le féminin de vaquèr est vaquèra (un seul r), celui d’esquèr, esquèrra (2 r).
Voilà une réponse déjà copieuse à vos questions.
Boûn couradyë !
J.L.







