Grafies : Sou messadyë de Guilhém lafitte.yan [Forum Yahoo GVasconha-doman 2007-02-01 n° 7949]

- Jean Lafitte

Adixat moundë,
Prou coentat, mes qu'en soy toustém, nou m'a pas vagat yé d'esprima toutes
las mies reaccioûns aus messadyës de l'« Envoi groupé n° 1396 ».
Que las vouleri esprima aci après lecture dous messadyës de Guilhém e de V.
Poudampa « souplesse impossible ?? »
1 - Sou de GUILHÉM
Purmè, qu’ou sèy grat de las soûes reflecsioûns, qui s’aduen a las mies. En
particuliè sus l’envit a léyë lous estùdis qui publiquèy, nou pas en
revistes militantes oun cau crédë, més en Ligam-DiGaM qui deu counvéncë
leyedous de boune culture.
Ensuite, j’approuve totalement sa réflexion sur la graphie hyper-archaïque
 » Pèir  » pour » Pèy », mais j’y reviendrai à propos de ce qu’ne écrit V.
Poudampa.
En revanche, je suis perplexe sur sa conclusion qui, pour louable qu’en soit
l’ouverture d’esprit, ne me parait pas réalisable :
 » L\utilisation des deux graphies destinées à des publics différents est
très possible, mais les idéologies et les dogmes empêchent de part et
d\autre de s\entendre pour ce type d\utilisation souple. »
En effet, imagine-t-on qu’on écrive le français comme Villon ou Rabelais
pour un public, et comme il est écrit aujourd’hui [pour archaïque qu’il soit
souvent] pour un autre public ? Ou l’espagnol comme du temps d’Alphonse X
(XIIIe s.) pour un public, et comme il est écrit aujourd’hui pour un autre
public ? Comment le maigre public de lecteurs potentiel du gascon
pourrait-il être ainsi divisé ? comment l’édition pourrait-elle vivre, alors
qu’en dehors de Princi Negue, elle ne survit qu’avec des subventions
publiques ?

2 - Sou de V. POUDAMPA
Globalement, comme disait le défunt G. Marchais, je vois dans son message un
exposé particulièrement lucide et argumenté. En détail, voici mes
réactions :

 » 1. La graphie classique est-elle une aberration historique ?
 » Peut-être. Il est plus que probable que certains choix graphiques sont
douteux, et reflètent les connaissances à un moment donné. Oui, sans doute,
si nous avions eu la preuve plus tôt que le phonème "ou" était graphié "ou"
dès le moment qu\il fut prononcé ainsi, jamais la graphie occitane ne
l\aurait adopté.  »
Oui. Mais je doute que la graphie occitane serait jamais née, car on aurait
perçu la CONTINUITÉ de la graphie d’oc depuis le Moyen-âge, comme on ’en est
aperçu depuis, et Mistral avait déjà fait le nettoyage des graphies
aberrantes des écrivains les moins éclairés.
 » Est-ce que par contre cela pose un problème que ce qui fut écrit Pey soit
écrit Pèir ? Non. Pas plus que nous écrivons nénuphar qui est une réfection
faussement savante et abusive. Les graphies se doivent de faire des
compromis. Se couper de certaines traditions était le sacrifice à fournir
pour la cohérence interne. Peut-être que le "x" en est un autre.  »
Là, je ne suis pas d’accord ! non pas pour les trois dernières phrases, qui
se situent au niveau des principes, mais pour les cas concrets cités dans
les premières :
- dans tous les textes anciens que j’ai pu rassembler dans mon corpus
informatique, je n’ai trouvé qu’une attestation de "Peir", dans une charte
du Comminges des environs de 1200, n° 348 du recueil de Clovis Brunel,
contre 21 attestations de "Pey", notamment dans les textes bordelais. Et
notre grand poète » Pey de Garros  » n’a jamais écrit son nom autrement.
Et l’on ne peut parler ici de » cohérence » que si l’on décide de réécrire
toutes les consonnes finales muettes, ce qui est une régression évidente par
rapport à l’évolution NORMALE de l’ancienne graphie, sans qu’on puisse y
voir une décadence quelconque ; pensons à l’espagnol qui s’écrit comme il se
prononce, avec un code d’une extrême simplicité.
- "nénuphar", mot savant et rare, ne peut être mis en parallèle avec un
prénom aussi courant que Pèy ou Pè, qui existe aussi sous ces formes comme
nom de famille et de lieu : on ne remonte pas les siècles, surtout avec une
langue aussi essoufflée ! Par ailleurs, l’Académie française préconise à
nouveau » nénufar » depuis 1990.

 » 2. La graphie classique est-elle efficace ?
 » Quel public ? Les locuteurs naturels ? Autant le dire, c\est
contre-productif à mort. Trop d\exemples sont développés.
 » Maintenant, pédagogiquement parlant, est-elle handicapante ? Soyons francs
 : pour les nuls en langue, toute graphie le sera. Mais dans une société
idéale où l\on apprendrait le gascon dès le plus jeune âge, je ne vois pas
en quoi cette pauvre graphie pourrait être traumatisante.  »
D’accord, mais nous ne sommes pas » dans une société idéale » : l’important
est de transmettre la langue, ray ! pour la graphie. Or en fait, passer un
temps considérable à enseigner une graphie si différente de la française,
qui est de toutes façons enseignée, c’est autant de perdu pour
l’enseignement de la langue proprement dite. Et cela coupe des écrits des
Félibres ; à moins de les réécrire, mais au prix d’erreurs patentes dues à la
mauvaise connaissance de la langue par les transcripteurs, fussent-ils
"gradés" de l’Éducation nationale. Je renvoie, pour les exemples, à ma
brochure » Grafia classica » ou » Grafie moudèrn렻 ?, Hors-série n° 10 de
Ligam-DiGaM, 2004, 48 p. - 5 €.

 » 3. La graphie classique est-elle signe de fierté ?
 » Oui ! Pourquoi une graphie si dissemblable du français ? Pour mieux se
démarquer tout simplement. La graphie obéit à des impératifs idéologiques,
que l\on ne peut comprendre que dans un contexte dit d\aliénation. Je me
moque de savoir si ces concepts sont pertinents.
 » Tout ce que l\on peut dire, c\est qu\elle a réussi son coup. Certes, dans
un milieu restreint. Mais elle est arborée avec plutôt de la fierté.
 » Ce que je veux dire, c\est qu\une graphie comporte son lot d\arbitraire,
de compromis à avaler, et de choix stratégiques.
 » Arbitraire, elle l\est parce qu\en fin de compte, pas si scientifique
qu\elle ne veut bien le dire, et encore moins historique. Les compromis à
faire, ils sont nombreux : cela peut être l\impossibilité de graphier
certains mots, ... Enfin, les choix stratégiques : parier sur la graphie
occitane, si possible gasconnisée, c\est parier sur une langue gasconne
autonome, et en fin de compte croire en l\avenir. De toute évidence, sont
évincés de ce schéma les locuteurs naturels.
Maintenant ce pari est risqué. Pas à cause du blocage de ces mêmes
locuteurs. Les pauvres n\ont pas que ça à penser. Le blocage, il vient de
l\achèvement de la francisation. Il vient aussi de considérations plus
pragmatiques : quel temps consacrer à l\apprentissage d\une langue ?  »
OUI, et sur la question finale, j’y ai répondu plus haut.
 » Au final, la graphie ne devrait pas être ce sujet de discorde abstrait. Ce
qui est franchement ridicule, c\est quand ses militants parlent d\elle comme
d\un évangile des sables retrouvé, égaré pendant des siècles depuis le
Moyen-Age et qui mènera le glorieux peuple occitan vers le Salut. La graphie
occitane n\est pas la vraie graphie.
 » Elle n\est qu\un code qu\il faut juger sur son efficacité, efficacité
éminemment subjective puisque définie selon des critères politiques.  »
OUI. Je rappelle l’enchainement très clairement exprimé par le Pr. Patrick
Sauzet, tel que je le rapporte dans le chapitre » La langue gasconne » du
livre collectif » Gascogne, un pays, une identité » récemment paru chez
Princi Negue, p. 80 et dans un hors-série de Ligam-DiGaM qui va paraitre,
 » La langue gasconne », p. 30 :
 » Pourquoi donc persister dans cette graphie aberrante ? La raison en est
donnée par un article peu connu mais d\une évidente clarté (et sincérité)
d\un occitaniste en vue, le Pr. Patrick Sauzet : » â€¦la graphie n\est pas,
contrairement à ce que pensent certains, indépendante de l\entreprise totale
de normalisation linguistique.  » (Amiras n° 21, juillet 1990, p. 39)
 » Or cette normalisation linguistique, ce n\est rien moins que de substituer
le languedocien aux autres langues d\oc pour en faire la langue de
l\Occitanie, car » C\est parce qu\il n\y a jamais eu d\Occitanie qu\il est
intéressant de la faire. » (même auteur, éditorial du Bulletin de l\Institut
occitan de Pau, octobre 1998).
 » Mettant en péril ce projet à tiroirs, toute » réforme » orthographique est
donc exclue, ne pouvant être que l\Å“uvre d\un des » inévitables et
impénitents bricoleurs de l\orthographe » (même auteur, Réflexions sur la
normalisation linguistique de l\occitan, in Actes du Colloque Codification
des langues de France, 31 mai 2000, p. 53).  »
Et pour terminer, je donne mon plein accord à la conclusion de V. Poudampa :
 » Il est vain de tenter de masquer ces différences, car au fond, elles
matérialisent toutes les oppositions sur le terrain linguistique.  »

A ballèu.

J.L.


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