Langue orale/langue parlée et histoire du gascon lafitte.yan [Forum Yahoo GVasconha-doman 2007-12-22 n° 8527]

- Jean Lafitte

Chers amis,
Je réagis "vistë hèyt" aux deux messages de ce jour :
Michel-Henri Poey s'inquiète de la « valorisation de la langue parlée par
rapport à la langue dite "écrite" ». Je n'ai pas conscience de cette
valorisation ; mais je suis peut-être dans une bulle... Certes, l'école, la
"Star Ac", les médias, tendent facilement le micro pour que les gens
« s'expriment », peu importe la façon dont ils le font « Ben, euh..., en
fait, au niveau de etc », et même la densité ou le creux de ce qu'ils
expriment : l'essentiel est de remplir le temps d'antenne, d'occuper les
élèves etc.
Mais à part cela, tout ce qui se fait de dense, de réfléchi, de constructif,
dans une société complexe, passe par l'écrit, et exige donc la compétence
pour écrire. Et plus que jamais se vérifie « verba volant, scripta manent ».
Si hier j'ai pu vous parler (par écrit !) de Claude de Turin évoquant le
peuple des vascones latinophones vers 815, c'est parce que lui ou son
secrétaire l'ont écrit. Et dans des siècles, les paroles d'aujourd'hui, même
à supposer qu'on les ait enregistrées sur des supports encore lisibles (qui
a encore de quoi lire les bobines de fil magnétique des premiers
magnétophones ?), ne seront accessibles au tout venant que par
l'intermédiaire de supports écrits.
Que la langue écrite diffère de l'orale, cela aussi existe depuis que
l'homme a inventé l'écriture. Et même si l'oral parait plus "vrai" parce que
plus "spontané", l'écrit né d'une recherche et d'un choix dans les mots et
dans l'organisation de la phrase reste le plus sûr témoin d'une pensée bien
pesée (notez au passage que "peser" et penser" viennent du même latin
"pensare" : on pèse ses mots !).
Quant à M. Merger, il prend position de façon fort pertinente sur la
question de l'origine du gascon. Des deux explications avancées, seule la
seconde peut s'appuyer sur des faits historiques et des constatations
linguistiques, comme l'ébauche M. Merger.
Je suis seulement étonné que se référant à l'Histoire, il évoque « la
conquête de l'Occitanie par les rois de France », puisque l'« Occitanie »
n'a jamais existé que dans la tête des "occitanistes" du XXe s. Il est plus
avisé quand il écrit « la ruine de "l'Occitanie" des troubadours », avec le
mot entre guillemets, mais sans doute a-t-il simplement oublié ceux-ci
quelques lignes plus loin.
Enfin, j'ai personnellement les doutes les plus grands sur l'influence de la
langue des Troubadours sur la parler des Gascons, même de l'élite, car la
seule cour qui en ait reçu en Gascogne est celle de Muret à 30 km de
Toulouse. Il faudrait être très savant dans les traits caractéristiques de
cette "langue" pour savoir si l'écrit gascon de l'époque ou d'après en
comporte, qui tranchent sur la langue gasconne d'avant.
D'autant que l'écrit gascon n'apparait de façon significative qu'après la
belle époque des Troubadours.
Tout le reste n'est que songerie de gens qui refont le monde du café du
commerce.
Bounes hèstes a touts.
J.L.


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