Annonces toulousaines en « occitan » (suite tardive) Jean Lafitte [Forum Yahoo GVasconha-doman 2010-10-08 n° 10134]

- Jean Lafitte

Bonjour à tous,

Je réagis tardivement aux messages d’hier du « lanusquet, gascon e militant occitanista » qui se cache derrière le prénom de Laurenç et l’adresse de courriel « oc.laurenc ».

Et d’abord, à sa propre réaction à un message antérieur sur la fin en perspective des annonces en « occitan » dans le métro de Toulouse :

– phrase contestée : « Même certains occitanistes (à la maîtrise de la langue misérable, qui n'ont jamais entendu parler oc dans leur enfance) ».

– réaction de M. « oc.laurenc » : « non, non e non ; que sembla un comentari a gratis ».

Mon avis : il suffit de lire l’écrit (on ignore la voix) de M. « oc.laurenc » pour voir les fautes de langue et/ou de graphie occitane qu’il laisse passer ; en voici une collection :

– Langue :

– 1 - quauquas paraulas
(quauques, le mot étant épicène sur la majeure partie du domaine, notamment dans les Landes ; Alibert lui-même écrit “qualques” se rapportant à un nom féminin ; par ex. « La familha provençala presenta ja qualques diferéncias », Gramatica, 2de éd. p. XIV) ;

– 2 - miei occitanista (“miei” semble réservé au milieu physique ; « au bèth miéy deu bousquét » dans la chanson ossaloise par ex. ; Le Dic. de Narioo et autres, le meilleur français-gascon disponible, même s’il encourt quelques critiques comme tout autre, donne dans ce cas “ambient” ou “demiei”, en accord avec Palay ; d’autre part, la finale “-ista” convient pour le provençal qui prononce [-isto], pas pour le gascon, ni même sans doute le Toulousain si j’en crois un universitaire toulousain ami qui s’est esclafé quand je lui ai dit que la graphie occitane est en “-ista” ; voir plus loin un extrait d’une étude sur -iste / -ista en gascon ancien) ;

– 3 - que's sabeva sus despart (il manque l’article : sus lo despart ou suu despart) ;

 4 - la duberturà (les formes en d- sont languedociennes, et ne se rencontrent en gascon que sur les marges du languedocien - ALG. III, 687) ;

 5 - l'hestenau (lo hestenau avec h “bouhat” qui exclut l’élision de l’article ; consequéncias negatius (ici, c’est le contraire de “quauques” : “negatiu” fait “negativa” au féminin ;

 6 - occitània tota (barbarisme
militant combattu par J. Taupiac lui même ; tota Occitània / Occitania ; « predique lo pople per tota Judea » est dans les Récits béarnais d’historie sainte dont ’original est daté des environs de 1325) ;

 7 - lo combat se va ganhar (tour languedocien ; que’s va ganhar en bon gascon) ; que hèi un an que (que hè un an ou un an a) ;

8 - l'annada (languedocien pénétrant en Gascogne sur les marges ; la vraie forme gasconne est anada / anade selon la graphie - ALG I, 100) ; etc.

Extrait d’une étude sur -iste / -ista en
gascon ancien :

« Mais ce qui n’est là qu’un très faible indice de prononciation possible en ['iste] fait place à une quasi certitude avec les Récits d’Histoire sainte en béarnais publiés par V. Lespy et P. Raymond en 1876-77. Le manuscrit a été daté par Lespy de 1425 au plus tard. Alors qu’on y rencontre beaucoup de a étymologiques largement concurrencés par des e, il n’y a aucun mot en -ista mais 35 en -iste(s), soit 31 euvangeliste(s) et 4 Babtiste
(détail en Annexe II). Tandis que, par exemple, 21 Maria cohabitent avec 2 Marie ; et 4 encoera
avec 16 encoere
.

[…]

« Enfin, un passage d’un contrat de 1536 publié par P. Raymond (Bulletin de la Société des lettres, sciences et arts de Pau, 1873-1874, p. 166) :
« …en la tuba [niche selon Lespy] boeyta ung ymadge de sanct Johan-Baptiste de la loncor de quoate pamns… ». Là, les finales féminines sont celles le la graphie occitane, (tuba et boeyta opposés à ymadge et quoate) et Baptiste a bien la même finale en -e que ces derniers. »

– Graphie occitane : devèr (déver) ; aci-devath (ací-devath) ; n'esto (n’estó) ; transports (transpòrts) ; que's sabeva (que’s sabèva) ; la duberturà (dubertura) ; anoncias (anóncias) : diferénças (diferéncias ou diferenças) ; aquo (aquò) ; sostienher (sostiénher) ; esforç (esfòrç) ; militans (militants) ; susprèsa (suspresa) ;

Je crois en outre que tous les anciens combattants qui espèrent remettre une langue régionale quelconque en usage courant se bercent gentiment d’illusions, que les politiques encouragent par des aumônes (qui ne sortent pas de leur poche personnelle) en se donnant bonne conscience.

Une langue est un outil. Il y a un « Festival des vieilles charrues » à Carhaix, on pourra faire des Festivals des vielles langues, cela ne les fera pas davantage utiliser que les vieilles charrues.

Cela, les élites l’ont compris depuis longtemps, et c’est parce qu'elles sont faites de gens plus informés et plus perspicaces que le commun. Fébus, si attaché à l’indépendance politique du Béarn, a écrit en français son Livre de la chasse, sur la fin du XIVe s.

Reste l’amour du passé, et donc l’histoire, qui a été écrite dans nos vieilles langues.

J’ai donc particulièrement prisé le court message
de Louis Dollo :

« Par ailleurs, pour les noms, il faut toujours revenir à l'histoire, au passé. Le poids de l'histoire est plus puissant que n'importe quelle opération de lobbying. »

Mais finalement, les réactions de V. Poudampa, toujours très sensées, ont devancé ce message, que j’avais commencé dès hier.

Hèt beroy,

J.L.


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