« la langue gasconne et béarnoise » en 1563 Jean Lafitte [Forum Yahoo GVasconha-doman 2012-03-17 n° 10676]

- Jean Lafitte

Bonsoir à tous,

Je viens de mettre au point une fiche sur ce sujet, fiche
qui développe quelques lignes du livre écrit avec Guilhem
Pépin, La "Langue d'oc" ou leS langueS d'oc ? (p. 88). Je
la mets à la suite de ce message (tant pis pour la perte du
formatage, mais je l'enverrai en .doc à qui la voudra).

En effet, l'expression « langue gasconne et
béarnaise
 » me plait beaucoup car, à la fois, elle affirme
l'unité de langue et place en tête son qualificatif le plus
ancien et qui est le seul sur la plus grande étendue du
domaine linguistique, schématiquement entre Garonne, Océan
et Pyrénées. Et elle a la caution de Jeanne d'Albret, comme
le suggère ma fiche, ce qui est très important pour tenter
de ramener à la raison les béarnistes "embarrats" dans leur
microcosme et ce début de XXIe s.

Car si l'Institut « béarnais et gascon » veut un jour être
vraiment gascon et ne pas rebuter des Gascons de valeur
capables de travailler ensemble pour la langue, il faut
qu'il se nomme « gascon et béarnais », comme sa langue sous
la reine Jeanne !

On peut toujours rêver !

Amistats a touts,

J.L.

« la
langue gasconne et béarnoise »
en 1563

Nicolas de Bordenave (vers 1530-1601) fut le pasteur
protestant de
Nay ; en 1577, Henri II de Navarre (bientôt Henri IV de France)
le nomma
historiographe officiel du Béarn et de la Navarre ; il nous en a
laissé le
manuscrit d’une histoire commandée par la reine Jeanne d’Albret
qui lui
communiqua quelques-uns de ses souvenirs personnels.

Cette histoire a été publiée pour la première fois,
sur le manuscrit
original, par l’archiviste des Basses-Pyrénées bien connu, Paul
Raymond :

Nicolas de Bordenave, Histoire de Béarn et de Navarre (de 1517 à 1572), Paul Raymond éd., Paris : Vve Jules Renouard, 1873. In-8°, XVIII-375 pages.

En p. vij de la Préface, P. Raymond retrace l’histoire
du manuscrit :

« Après avoir servi à Olhagaray [Pierre,
auteur
d’une Histoire de Foix, Béarn et Navarre
, 1609], il
tomba entre les mains d’un catholique ardent qui prit soin de le
façonner et de
l’adapter à sa croyance, en raturant de nombreux passages qu’il
remplaça par
d’autres.

« Les
mots rayés sont placés dans cette édition entre [] et les
additions mises en
note comme variantes. On a ainsi les deux textes. »

Compte tenu de ces conventions, le
passage de la p. 116
reproduit ici restitue le texte original. Il concerne l’action
religieuse de la
reine Jeanne et cela se passe en 1563
 :

« Touchant la réformation de l’église
elle
fit venir Remon Merlin 5, ministre de l’église de
Genève, et
plusieurs autres savans personnages, la plus part de la langue gasconne et béarnoise,
pour
prescher au peuple en son langage, lesquels ayans esté
canoniquement esleuz,
furent envoyez aux lieux où il y avoit plus de gens faisans
profession de la
religion réformée. »

————————————

« 5 Jean-Raymond
Merlin, né à Romans en Dauphiné, mort en 1578 à Genève (voy. La
France protestante
) . »

Sous la plume
du Béarnais Nicolas de Bordenave, l’expression « la langue
gasconne et
béarnoise » contraste avec le nom de « Bernes » dont use son
compatriote Arnaud de Salette, traducteur des Psalmes
(Au Rey, v. 53-54 ; éd. R.
Darrigrand, 2010, p. 101), en
l’opposant modestement au « soupte Gascoô » (ib
. v. 55 ; p. 103) que le
Lomagnol Pey de
Garros avait employé dans sa propre traduction quelque dix-huit
ans plus tôt.
Il est donc très vraisemblable que l’expression « la langue
gasconne et
béarnoise » est de la reine Jeanne elle-même car, lorsqu’elle
n’était pas
à la cour de France, elle tenait la sienne à Nérac bien plus
qu’à Pau, et
devait être parfaitement consciente de l’unité de langue entre
Nérac gascon et
Pau béarnais.

Il convient de
rappeler en outre
que peu avant,
le
22 mai 1562
,
dans une affaire de succession intéressant la Maison de Foix, un
arrêt du
Parlement de Paris mentionnait des « pièces vieilles et
antiennes estans
en langaige byernois et gascon » qui ont été traduites en
« langaige
vulgaire françois ». Plus loin, par deux fois, les mêmes
documents sont
dits en « langaige gascon et biernois » (Archives Nationales
. Parlement
de Paris X1a
1602, f° 285 v°, copie de M. Henri Courteault publiée par les Reclams
de
Biarn e Gascougne
,
1er juin 1910, pp. 118-119).

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