Delbousquet, òmi de letras de Sòs, "gran país deu sable"

- Tederic Merger

Notice Wikipédia (qui ditz l’essenciau en ua frasa !) :

Emmanuel Delbousquet, né le 17 avril 1874 à Sos en Lot-et-Garonne où il est mort le 19 mai 1909, est un poète et romancier français. Il consacra sa courte existence à la lande qu’il aimait parcourir à cheval et dont il fit le thème récurrent de ses œuvres, en langue française et en gascon.

Que’s morivan joens, en aqueth temps, e mema los borgés !
Borgés, Emmanuel Delbousquet que n’èra ; mei que "borgés", caleré díser, a la mòda gascona, un mèste, o un mossur. Un joen mossur, qui caçava a chivau coma los mossurs !
Eth que s’arreconeishèva d’origina mesclada :

De la part deu men pair tiri de nòbla raça, -
Lo de la mia mair n’estoc qu’un mèste haur
Qui sabèva hargar lo dalh e la destrau -
Mès tots dus, dens mon còr, tenguen parièra plaça.

Un mossur de la campanha qui vivèva, en òmi de letras, deu revengut de las soas bòrdas, e passava ua part deu temps a la soa proprietat d’Espagne, comuna d’Escalans, a un detzenat de km de la soa maison de vila de Sòs...

« J’ai un article à faire - et d’autres lettres - et une prairie à faire faucher » [1]

Delbousquet (vasut e mort a Sòs, 1874 - 1909) que hè pensar a un aute intelectuau passionat deu monde landés : Arnaudin (vasut e mort a La Boèira/Labouheyre - un centenat de km a l’oest de Sòs, mès totjorn dens las lanas, 1844 - 1921) ; medish temps, medisha pausicion sociau privilegiada de proprietari qui pòt consacrar librament la soa vita a ua produccion intelectuau (literari dens lo cas de Delbousquet), medish enrasigament dens las lanas, medish amor deu monde de las lanas : sable, pòble, lenga ...

Víver ad aise deu surplus d’ua economia paisana

Aqueras lanas de Labrit e Gavardan, adara consideradas com un desert iper-rurau qui ne produsís pas gran causa e ne balha pas guaire d’emplec, neurishèva lavetz ua populacion trabalhadora nombrosa, on tots trabalhavan, deus mainatges qui guardavan las vacas a las vielhas qui hilèvan, e tanben quauques "improductius" (au sens baishament materiau !), coma lo Delbousquet, qui vivèvan agradivament deu surplus d’aquera economia en grana part autarcica.
Totun, l’autarcia n’èra pas completa, sustot damb l’invasion deu pinhadar (mès Delbousquet parla mei de piadèras)...
Qu’i calerà tornar, dens un aute article, mei centrat sus l’economia...

País deu sable, pòble, lenga

Atau, la lana qu’ei glorificada dens la poesia d’Emmanuel Delbousquet, las personas qui i viven tanben, los tribalhadors presents pertot, que sian los de la tèrra - boèrs, lauraires -, los de la lana - aulhèrs e aulhèras - e los de la vita vitanta - lavadèras - [2]

Delbousquet a écrit des romans en français dont les acteurs, laboureurs, bergers, lavandières... étaient de langue gasconne. Dans quelle langue les faire parler tout en restant vrai ?
Le cas se présente souvent en littérature, et une solution peut être de citer les paroles en langue originale avec des traductions en bas de page dans la langue de l’auteur. Delbousquet l’a fait, parfois.
Il a aussi fait l’inverse : écrire une phrase de dialogue en français avec une traduction en gascon en bas de page. [3] Comme s’il avait eu peur de manquer de respect pour la réalité, ou de trahir son monde landais...

Mais cette difficulté du choix de la langue pour les dialogues attribués aux lanusquets s’est doublée d’un débat intérieur sur le choix de la langue de l’oeuvre entière, même hors dialogues et citations : Delbousquet a senti la nécessité d’écrire en langue d’oc (en gascon) pour être encore plus fidèle à son pays.
L’exemple de Frédéric Mistral devait aussi l’influencer.
Il est mort juste après sa première oeuvre en gascon : Capbat la lana
Sinon il nous aurait peut-être donné un - ou des - roman(s) entièrement en gascon !

País deu sable, país gascons, país d’òc

País deu sable :

Que boy dens la lenga mayrana
Canta pous aoulhès e pous boès de la lana,
Lou gran païs dou sable en boun parla rouman.

Gasconha :

Amic, qu’ès devarat de las toas montanhas
De cap aus frairs gascons, dens l’antica ciutat [4]
Ende cantar l’amor de tas bèras campanhas
An son los gaves blus, Miquèu de Camelat [5]

Delbousquet est gascon, Toulouse est son centre intellectuel ; sa patrie, c’est le pays qui va de la Garonne à l’Océan et aux Pyrénées. Ramiers et jardins de l’Agenais, dunes de l’Océan, neiges du Béarn, voilà ses frontières . [6]

País d’òc :

Biffons d’abord le mot patois, tout à fait impropre (en ce qui concerne nos dialectes du Midi à peine altérés ; Gascon, Languedocien, Catalan, Provençal)

« Delbosquet felibre, Delbosquet trobaire occitan » [7]

Lui n’est pas "monté à Paris", mès tornat a Sòs !

(Extrait du fil "Gavarra e anhesta - ajonc et genêt")
Gavarra e anhesta - ajonc et genêt

Nous avons évoqué, par exemple avec Jean Rameau (Laurent Labaigt) et Isidore Salles, des écrivains gascons qui montaient à Paris, pour revenir (ou pas, ou bien plus tard) au gascon.

Delbousquet, dont Gérard donne ci-dessus un échantillon des oeuvres de poésie en gascon, n’est pas "monté à Paris" ; il a embrassé les lettres à Toulouse, mais très vite, il a choisi la vie de gentilhomme de lettres (gentilòme caçaire, vau díser !) à Sos et à Espagne, son domaine sur la commune d’Escalans, dans ses gavarras e anhèstas bien aimées.
Il commençait, avec son recueil Capbat la lana, à écrire en gascon quand il a été fauché par la maladie, à 35 ans.

Choisir le gascon vers 1900, quand le peuple landais le parlait encore, mais en avait honte ("Vergonha deu parlar d’a son" dans "Ende har aunor au parlar gascon"), et quand une carrière littéraire en français paraissait possible, ... Delbousquet devait avoir un sentiment puissant du lien entre le pays bien aimé et la langue qui y était parlée.
Il aimait le gascon comme il aimait l’anhèsta et le pinhadar ; comme il aimait le paysan landais, et la paysanne (las lavadèras...).
Au delà de cet amour, il développait comme un programme de récupération :

Il faut apprendre aux enfants à ne pas rougir d’elle [notre langue d’Oc], - et dès qu’ils auront ouvert un seul livre dont le texte sera en gascon et la traduction française, dès qu’ils auront écrit une seule ligne composée de mots de cette langue qu’ils n’osent plus à cette heure que parler tout bas, loin du Maître d’Ecole, le grand pas sera fait, le seul qui importe, le seul qui coûte. Le champ de l’intelligence du peuple Méridional sera élargi considérablement...

ça ne s’est pas passé comme ça*, il nous appartient de comprendre pourquoi, et d’apprécier ce qui reste possible maintenant.

Et bravo à ceux qui maintiennent la mémoire de Delbousquet, les Editions d’Albret, qui ont réédité Capbat la lana avec la présentation et les notes d’André Bianchi, une préface de Maurice Romieu, et une étude de Philippe Gardy, les ATP de Marmande qui ont organisé une veillée sur lui... !

*quand même, plus d’un siècle après la mort de Delbousquet, dans les années 2012-2016, j’ai entendu parler gascon par des vieux de Sos et alentours ; qui sait si l’exemple d’un jeune mèste qui honorait le gascon n’a pas eu quelque effet local ?

Notes

[1p.36 "Capvath la lana", Éditions d’Albret

[2Prefaci de Maurici Romieu a l’edicion de Capbat la lana per las Éditions d’Albret.

[3Philippe Gardy relève ce détail, et l’analyse, en p. 149 de l’ouvrage des Éditions d’Albret.

[4Eusa / Éauze

[5Sovenir de las hèstas d’Eusa - Endeu Miquèu de Camelat

[6Marc Laffargue "Un Barbey d’Aurevilly landais" (Les Marges) - cité dans Capvath la Lana des Éditions d’Albret.

[7Antonin Perbòsc - Espampèl de Capbat la lana

Grans de sau

  • Tederic, tous ceux qui, comme moi, apprécient beaucoup Delbousquet, comme écrivain francophone et gasconophone (hélas, pas suffisamment, ce dernier, comme son chant du cygne) te sont reconnaissants pour ce rappel synthétique où rien n’est oublié de cette vie, très, trop brève. Ce qui nous a privés, comme tu l’as écrit, d’oeuvres qui eussent été de magnifiques illustrations de la langue gasconne.
    A cet égard, je signale la très bonne traduction faite par Miquèu Baris des dix-huit Contes de la lande gasconne ("Condes de la lana gascona"), parue il y a quelques années.
    Resteraient à traduire ses romans...

    • D’après ce que tu m’en as montré, Gérard, la version gasconne de Miquèu Baris est d’une langue très riche.

      Je viens de relire ces Contes de la lande gasconne en français.
      Quelques remarques :
       la plupart des contes se terminent cruellement, voire atrocement pour certains ; dans quelques cas, les victimes sont des animaux : vieille chienne qu’on étrangle parce qu’elle n’est plus bonne à rien, cheval tué par son maître qui fuit la lande sans retour... mais dans la plupart des cas, ce sont les hommes qui sont cruels sur d’autres hommes, jusqu’à la mort et par des procédés imaginatifs, par jalousie, par vengeance...
       ces histoires se déroulent dans des lòcs dont le nom est réel ; par exemple, Janouët, qui fait étrangler sa vieille chienne ("la Fine") - par ses enfants - est le métayer de Came-de-Hérot, commune d’Escalans ; un lòc de Gasconha.com...
      Le Moulin neuf, entre Réaup et Arx, est également aux premières loges d’une bluhe (incendie de forêt) volontaire, et j’ai appris récemment qu’un des meuniers du Moulin neuf avait été accusé de ce même forfait, environ 50 ans après que Delbousquet en ait écrit le conte (L’incendiaire).


Un gran de sau ?

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