Toponymie des zones humides dans la ribère entre Toulouse et Bordeaux

- Gaby

En gascon, ribèra, arribèra ou ribèira peut désigner le fleuve, mais aussi la plaine alluviale elle-même, dont les habitants seront nommés ribeirins « Un franc gascon de nòsta ribèra », écrivait Florimond qui était lui-même de Caudrot.

C’est ainsi que l’on trouve de nombreux toponymes français comme la Rivière (Saint-Maixant, Saint-Nicolas-de-la-Grave, Mas-Grenier, Grisolles) ou Larivière (Saint-Nicolas-de-la-Balerme), ou gascons comme Ribère (Aiguillon), Larribère (Feugarolles) ou le diminutif Ribérot (Nicole). Mais pour désigner la plaine, il existe aussi tout simplement la Plaine (Saint-Pierre-d’Aurillac), las Planes (Saint-Romain-le-Noble), Lasplanes (Colayrac-Saint-Cirq), Lapla (Couthures-sur-Garonne ; avec la disparition du -n- intervocalique), la Plagne (Isle-Saint-Georges, Ayguemorte-les-Graves).

Le nom du fleuve se trouve dans les toponymes Garonne (Aiguillon), Carrère de Garonne (Colayrac-Saint-Cirq ; carrèra « chemin charretier, route »), et les dérivés la Garonnelle (Verdelais) où existe un port et la Garonnère (Layrac). Au niveau du fleuve lui-même, Passevieille (Verdun-sur-Garonne) semble désigner un ancien passage navigable.

Dans la vallée se trouvent des îles ou d’anciennes îles formées par des bras secondaires aujourd’hui comblés ou réduits à un fossé (par exemple à Rions), d’où divers toponymes de type l’Ile ou Ile de... Citons les diminutifs l’Ilot, les Ilots, Lilot, mais aussi l’Ilet (La Réole), Lilou (Verdun-sur-Garonne), et peut-être l’Illeton (Castets-en-Dorthe). On peut s’interroger sur la signification de l’Ile Burgade, à cheval sur Cérons et Barsac : est-ce porgada dans le sens de « désherbée, défrichée » ?

Le terme de gaula, avec ses variantes gaura et jaula, désigne dans le pays de la moyenne Garonne un « bras latéral à la Garonne que le fleuve a creusé ou qu’il emprunte lors d’une inondation », souvent en tant qu’hydronyme : la Gaule (Saint-Pardon-de-Conques, Floudès, Monheurt, Saint-Laurent, Sérignac-sur-Garonne), ruisseau de la Gaule (Montesquieu, Sérignac-sur-Garonne), la Gaure (Saint-Porquier), Gaule de Girod (Cordes-Tolosannes), Gaule de Montiflart (Escatalens). Ce mot a peut-être un rapport avec le limousin et le périgourdin gaula « boue très liquide », cf. aussi le dauphinois gaule/gaure « bourbier, mare » ; mais il ne faut pas négliger le mot gaula « branche, perche » (de l’ancien francique *walu) et la racine celtique *wabero- (qui a donné vaure, vabre...).

La plaine alluviale étant humide, il n’est pas rare d’y trouver des noms de lieux désignant des cours d’eau de toute taille : les noms génériques rouille de... dans la palus de l’Isle-Saint-Georges ; le Grand Estey (hydronyme à Langoiran, estèir « ruisseau soumis à la marée ») ; ruisseau de Lacanal entre Monbéqui et Verdun-sur-Garonne ; les Coulets (hydronyme à Feugaronnes, de s’escolar « s’écouler ») ; Lagoutte (Villeton) ; Lasaygues (Damazan) et les Aygues (Pommevic, aiga « eau »), variante française ruisseau de l’Eaubonne ; Touron (Caudecoste, toron « source ») ; la Pimpine (ruisseau se jetant dans la Garonne à Latresne, racine pimp-) ; Pissou et Pichoré (Verdun-sur-Garonne), ruisseau de Pichagouille (Le Mas-d’Agenais) venant de pissar/pixar « pisser, couler » (et ce dernier signifiant « pisse brebis ») ; Lagau (Tonneins, agau « canal, conduit »). Citons le cas particulier de varadassa « rigole d’assèchement des zones marécageuses pour évacuer les eaux stagnantes laissées par le fleuve » qui a donné les hydronymes Baradasse (Sérignac-sur-Garonne) et ruisseau de la Baradasse (Saint-Hilaire-de-Lusignan). Bien sûr, riu/arriu « ruisseau, rivière » n’est pas absent, avec Rieusabathe (Couthures-sur-Garonne, probablement Rieusabathé) ou Rieubet (Aiguillon, semble être « beau/grand ruisseau »). En dérivent les toponymes Larriveau (Le Mas-d’Agenais) et Laribal (Monheurt) (cf. aussi Larrivat à Sainte-Croix-du-Mont, hors vallée), un arrivau étant un lieu où se produit un écoulement. La Filhole (Marmande) est un toponyme intéressant ; bien que cela signifie « filleule », cela signifie aussi « rigole d’irrigation, canal de dérivation », ce qui est bien le cas sur le terrain puisque le Trec forme une île dans un méandre de la Garonne.

Comme plans d’eau, nous citerons les Clots (Grisolles) et son diminutif le Clotait (Bourdelles), de clòt « mare, trou d’eau » ; le Pesqué (Layrac) et les Pesquiès (Castelsarrasin), de pesqu(i)èr « étang » ; Laque (Pompignan), la Laque (Grisolles) et Lalaque (Saint-Sixte), de laca « mare », ainsi que la Lague (Arbanats) d’après sa variante laga. Au bord du fleuve, la Gourgue (Lestiac-sur-Garonnne) comme les Gourgues (Fenouillet) peuvent désigner un trou d’eau, mais il peut aussi s’agir d’un canal de dérivation.

Les terrains marécageux abondent : le terme palud « marécage » est ainsi très présent dans le Bordelais, mais il disparaît curieusement en amont de Cadillac : la Palus (Beautiran, Baurech, Le Tourne, Lestiac-sur-Garonne, Virelade), la Grande Palus (Saint-Médard-d’Eyrans), la Palus du Gardera (Langoiran), Palue de Seguin (Portets), Palus de la Garère (Langoiran)... Le quartier de Paludate à Bordeaux, en bords de Garonne, est bien sûr de même étymologie. Le terme qui remplace palud en amont est nausa (cf. nauda dans la basse vallée de la Dordogne) : la Nauze (Verdelais, Valence), les Nauzes (Grisolles), la Nauzelle (Saint-Porquier). On peut se demander si le ruisseau de Nauze Geaune (Saint-Jory) est une nausa jauna (d’après la couleur du sol) ou une nausa joena (« jeune » donc « récente »). Les toponymes Marescot (Lamothe-Landerron) et peut-être Marès (Saint-Pardoux-du-Breuil) viennent de maresc « marais ». On trouve aussi sanha « marécage » avec le dérivé Sagnas (Castelsarrasin), le vieux mot brac « boue » avec Brax (Monheurt), et sans doute solh « bourbier » avec la Souys (Floirac). Les Lises (Merles) désignent le limon de Garonne. Angaut (Baurech) est peut-être le mot *hangau (< hanga « boue » + suffixe locatif), sachant que le h- ne se prononçait pas dans l’Entre-deux-Mers. Nagadis (Pommevic) peut être une déformation de negadís « inondable », qui a donné ailleurs des toponymes non déformés. Le toponyme Béoulaygue (Layrac), littéralement « boit l’eau », peut désigner un sol qui absorbe bien l’eau (sableux)... ou peut-être aussi un lieu humide.

Les toponymes issus de grava correspondent en général à des terrains caillouteux ou sableux, mais ceux situés dans la vallée peuvent aussi désigner des lieux marécageux, boueux (en béarnais, gravar/gravèr « bourbier »). Nous citerons les Graves (Grisolles, Rions), le Gravier (Agen, Verdun-sur-Garonne), le Grava (Caudrot), la Gravette (Finhan) ; le Gravil (Castelsarrasin) est à mettre en relation avec le mot toulousain gravilha « grain de sable », et Gravissat (Sérignac-sur-Garonne) avec le mot agenais gravís « gravier ». Graoux (Verdelais, Lagruère) et Graoujouène (Barsac, « jeune ») sont des grava prononcés avec [-w-] dont le schwa final a été absorbé. Le nom de l’Ile de Gruère (Preignac), comme celui de la commune de Lagruère, peut s’en rapprocher.

Nous mentionnerons au passage des toponymes désignant des lieux caillouteux ou sableux : Grésillès (Meilhan-sur-Garonne), et sans doute le Grand et le Petit Brésil (Isle-Saint-Georges) ainsi que le Brésillan (Villeton) avec le passage régulier g/b en gascon.

On trouve parfois le mot platanh « banc de sable ou de galets sur un rivage » avec les toponymes le Plataing (Quinsac) et le Platan (Saint-Nicolas-de-la-Grave).

La végétation hygrophile est représentée par aubar « saule blanc » (« aubier » en français régional) et ses dérivés : Lauba (Feugarolles), l’Aubarède (Saint-Pierre-de-Mons), peut-être Lauberot (Couthures-sur-Garonne) et Larbalède (Fourques ; ce suffixe est normalement utilisé avec des noms de végétaux). Cela dit, un glissement de sens s’est produit, et une aubarède a fini par désigner une plantations de peupliers sur les terrains alluvionnaires où poussaient autrefois les aubiers. Le mot getin s’en rapproche : il désignait à l’origine un taillis de saules (gitar « produire des rejets ») puis a fini par désigner plus largement les terrains alluvionnaires des bords de Garonne, entre Langon et Tonneins : les Jetins (Toulenne, Saint-Pierre-d’Aurillac), les Jettins (Tonneins), au Jettin (La Réole). Au niveau des arbres, on citera aussi vèrn « aulne » et ses nombreux dérivés : l’Ile du Grand Berne (Rions), Bernatère (Sénestis ; cf. Bernata/Bernada ailleurs avec changement de suffixe), la Bernède (Saint-Nicolas-de-la-Grave) et son masculin le Vernet (Montech), Grand et Petit Bernisca (Damazan) ainsi que le Bernissat (Layrac).

Une barta, mot très commun, désigne un fourré et/ou une zone humide alluviale (les barthes de la vallée de l’Adour ou de la vallée du Drot sont bien connues) : les Barthes (Bassanne, Mongauzy, Montpouillan, Marmande, Pompignan), la Barthe (Gaujac, Finhan, Grisolles), le diminutif les Bartotes (Montpouillan) et le dérivé péjoratif la Bartouille (Merles).

Enfin, quelques plantes herbacées hygrophiles sont représentées : canavèra/canavèla « roseau » avec Caneberots (Aiguillon) et le chemin des Canevelles (Saint-Macaire) ; junc « jonc » avec la Junca (Villenave-d’Ornon ; mot féminisé à tort), Jonquières (Boé) et Junquet (Sauveterre-Saint-Denis) ; sesca « massette, maîche, iris » avec le Sesca (Grenade).

Les animaux des milieux humides sont peu représentés, mais on trouve quand même Pré des Grenouilles (Béguey), Héronnière (Taillebourg) et la Héronniere (Saint-Hilaire-de-Lusignan). Il n’est pas sûr, par contre, que Port Leyron (Baurech) ait un rapport avec hairon « héron » ; cela semble plutôt se rapprocher de l’étymologie de l’Eyre.

Il existe aussi quelques constructions humaines liées aux milieux humides : sans parler des nombreux Port de..., les passerelles ou petits ponts sont souvent indiquées : la Palanque (Port-Sainte-Marie, Saint-Porquier), rouille de la Palanque (Isle-Saint-Georges) et la Palanquette (Quinsac) avec la racine palanca « planche pour passer un ruisseau » ; le Pontet (Bourret), le Pountet (Saint-Hilaire-de-Lusignan), les Pontets (Arbanats), Pountoune (Pommevic) et château de la Pontrique (Cadaujac) avec la racine pont. Le long de la Garonne se trouvent les mattes, autrement dit les digues, mais aussi dans certains lieux les terrains asséchés, gagnés sur l’eau pour être mis en culture, voire des fourrés ou des taillis : la Mathe (Blagnac), les Mates (Isle-Saint-Georges), Matta (Monheurt). La Pacheyre (Bassanne) correspond à une petite digue, une écluse ou un batardeau. Un pas désigne, outre un gué ou un passage quelconque, plus spécifiquement un « passage de chemin au-dessus des digues avec montée et portes à glissière » : c’est le cas pour le Pasdaugey (Saint-Maixant, avec le patronyme Augey).

Pour terminer, notons quelques toponymes liés à la pêche, tous situés dans l’aire bordelaise : le Treisson (Isle-Saint-Georges, tresson « type de filet de pêche »), Platissey (Portets, peut-êre de *platissa « poisson plat »), rouille de Lancrey (Isle-Saint-Georges, peut-être d’ancra « ancre »).

Grans de sau

  • Il y avait une source appelée « Béoulaygue » près de Monclar-d’Agenais réputée pour la qualité de son eau.

  • Pour les toponymes recensés,
    Quelle répartition entre rive gauche et rive droite de la Garonne ?
    Quelles différences/similarités entre Val (arribere) d’Adour et arribere de la Garonne ?

    Voir en ligne : http://aquitanie-pyrenees.eu

  • Les toponymes ont été recensés sur les deux rives. Pas de différences importantes entre les rives.

    Pour l’Adour, je viens de regarder, un petit échantillon en remontant jusqu’à hauteur de Mées :
     Le premier toponyme que je vois est un Port Layron !!! Donc pareil que le Port Leyron déjà relevé.
     Port de la Cale : le mot "cale" est donc connu comme sur la Garonne.
     Port de l’Aiguette : aigueta "petit (cours d’)eau" ; Cam de Laygue "champ de l’eau".
     Les Barthes, la Barthe, le Barthé, Barthote "zones humides" ; Barthe dous Berns (aulnes).
     Curieusement, dans le Seignanx, on trouve des cours d’eau appelés "esteys" !!! On trouve un ruisseau l’Esté à Saubusse.
     Arribère, l’Arribère, Larribère, Larribeyre
     Les Arribes
     Pont de la Palle : pala "vanne" ?
     Toponymes de type Moura (marécages).
     Arrieutort "ruisseau tordu / rivière tordue" : parce que c’est dans une courbe du gave ? Ou plutôt un petit affluent ?
     Igaas de Bas ??
     Le Bimia "oseraie".


Un gran de sau ?

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