Survie des chemins ruraux

- Tederic Merger

[Ce sujet n’est pas spécifique à la Gascogne : les chemins ruraux disparaissent partout, en France, en Belgique et ailleurs...
Mais comme il est question de mémoire locale, de toponymie, de paysage, d’habitat, d’économie communale, d’art de vivre, nous devons balayer ces questions de notre regard prospectif !]

Différence chemin rural / chemin communal

 Un chemin communal a été classé comme tel et la commune a l’obligation de l’entretenir.
 Un chemin rural non classé comme communal appartient au domaine privé de la commune qui peut ne pas l’entretenir ; elle peut même le vendre, ou laisser un propriétaire riverain en devenir propriétaire par son usage pendant 30 ans.

Les usages ont changé

Les chemins ruraux servaient à la desserte de parcelles agricoles, forestières, peut-être aussi de parcelles habitées...
Les parcelles agricoles sont devenues plus grandes, les engins utilisés aussi, donc le gabarit des chemins ruraux les a parfois rendu obsolètes ; la motorisation permet de faire des détours pour emprunter des routes plus faciles...
Les communes renâclent à entretenir des chemins peu utilisés ; les nouveaux habitants ont tendance à clôturer leur propriété, et y engloberont volontiers des chemins qui au départ ne leur appartenaient pas, mais deviendront leurs au bout de 30 ans...

Les randonneurs à pied et à vélo deviennent parfois les derniers usagers de ces chemins.
Et c’est sur Bike Café qu’on trouve cet article Nos chemins ruraux sont menacés avec un fil de discussion intéressant, qui contient par exemple ceci :

D’un côté on éjecte les cyclistes des routes principales à cause du trafic non maîtrisé et d’une culture qui ne prête pas attention aux vélos. Et d’un autre on condamne les chemins ruraux.
A terme, c’est donc la liberté même de se déplacer avec un autre moyen qu’une automobile qui est menacée.

mais aussi cette mise en garde :

"Ne pas jouer les citadins qui viennent emmerder les ruraux sans connaitre leur monde et leurs contraintes, en utilisant des arguments écran (perte d’habitats) alors qu’en fait ils ne défendent que leur terrain de jeu pour lequel, soi dit en passant, ils ne veulent rien payer car ils habitent souvent hors de la commune en question."

La "perte d’habitats" mentionnée ci-dessus concerne la faune : un argument pour sauver les chemins communaux, c’est qu’ils sont des couloirs de biodiversité.

Sur Gasconha.com on peut aussi penser à la perte d’habitat humain : n’y aurait-il pas des maisons autrefois reliées par ces chemins ruraux, et qui seraient condamnées, ou leur occupation découragée, par leur mauvais entretien ?
Une maison isolée peut par exemple avoir, en plus de son accès principal, des raccourcis vers le bourg par ces chemins communaux ; ces raccourcis ne seront pas jugés "essentiels" par des esprits à courte vue, mais...
c’est une manière de vivre et d’habiter, c’est la répartition de l’habitat dans nos campagnes, et la sauvegarde de nos vieilles bastisses, qui sont aussi en jeu...

Si la Gascogne voulait prendre avant les autres un tournant écologique, avec des modes de déplacement plus sobres, les chemins disparus feraient également défaut...

Le souci d’ouverture et de partage de l’espace campagnard entre les différents usagers, déjà évoqué sur ce site à propos des panneaux d’interdiction, des barrières et des clôtures qui prolifèrent, est logiquement en relation avec la sauvegarde des chemins ruraux. Cela peut faire partie d’un nouvel art de vivre dont la Gascogne devrait donner l’exemple...
Ouverture et partage de l’espace rural

Le souci de découverte et de connaissance de l’espace campagnard ou forestier est lui aussi en jeu. Par exemple, Gasconha.com est gêné dans son exploration des lòcs...
Et les enfants de nos villages : quelles belles aventures s’offrent à eux quand les chemins sont ouverts !

En Gascogne :

L’association Chemins Ruraux 32 a pour objet la sauvegarde du patrimoine que constituent les chemins ruraux. Elle intervient dans les enquêtes publiques d’aliénation ou de modification de tracé, afin de préserver la première des libertés : le droit d’aller et venir. Nous voulons être un comité de vigilance et souhaitons faire progressivement libérer l’immense majorité des chemins qui ont été accaparés, en commençant par faire prendre conscience aux futurs utilisateurs de leur existence. Notre démarche est liée à la protection de l’environnement et au bien-être au même titre qu’elle répond à un souci d’équité, voulant éviter la confiscation des chemins au citoyen.

Comment reconnaitre un chemin rural sur le cadastre (par Géoportail par exemple) :

« Les chemins qui n’ont pas de numéro de parcelle sont obligatoirement communaux. »
http://mauges-nature.blogspot.com/2012/03/chemin-communal-ou-non.html
D’après mon observation, ces chemins qui n’ont pas de numéro de parcelle ne sont même pas du tout dessinés comme des parcelles : ils ne sont pas délimités par un trait séparateur vis-à-vis des routes qu’ils voisinent, dont le caractère public est évident, et qui n’ont pas non plus de numéro de parcelle.

Un outil collaboratif (pour les technophiles) :

« C’est là où un projet comme OpenStreetMap (cartographie collaborative) prend tous son sens. Car il donne la possibilité à tout un chacun de cartographier les chemins existants et ouverts à un moment donné. »

Le statut protecteur des chemins classés pour la randonnée :

« Il faut vérifier que le chemin est inscrit au Plan Départemental des Itinéraires de Promenade et de Randonnée (PDIPR). C’est un réseau de chemins ouverts, même aux VTT. Ces chemins ne changent pas de statut : si c’est un chemin rural il restera un chemin rural. La commune confirmera sa destination de chemin de randonnée ». Cette inscription confère à ce chemin un statut particulier car en cas d’affectation différente (création à sa place d’une route, d’un lotissement, …) la commune devra trouver un itinéraire de substitution à valeur équivalente.
https://bike-cafe.fr/2020/05/nos-chemins-ruraux-sont-menaces/

Un gran de sau ?

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