Le peintre Alex Lizal à Bordeaux

- Gerard Saint-Gaudens

Alex Lizal (Dax 1878 - Dax 1915).

Comme chaque année, le commissaire-priseur Briscadieu* organise une vente de « Peintures bordelaises », souvent de grande qualité (et de prix très variés). Cette année la vente aura lieu le 22 janvier prochain.

En première page de son superbe catalogue une photo grand format du tableau du peintre landais Alex Lizal, qui fait l’objet en pp 100/104 d’un remarquable commentaire de l’ancien professeur d’histoire de l’Art et conservateur de musées Jean-Roger Soubiran**.
Ce tableau, c’est « l’Assemblade au Pays landais » ; il représente une soirée en plein air, un grand banquet et un bal populaire clôturant un jour de fête patronale, une « assemblade », « épisode fédérateur de la vie landaise » , écrit M.Soubiran.
Tableau superbe, très coloré malgré l’arrière-plan sombre de la nuit, extrêmement vivant.
Soubiran note que « cette image des Landais débordant d’énergie et de santé est un démenti aux récits de voyages imprégnées des thèses médicales qui véhiculent tout au long du XIXe siècle le cliché d’un peuple chétif, contaminé par la pelagre ».
Et il continue : « Témoignage de sociabilité, l’Assemblade est rupture avec le quotidien de travail dont elle forme la récompense. Ce désir de rassembler entre communautés villageoises pour festoyer, communier dans la gastronomie landaise, chanter et danser, assure un rôle socio-culturel : le groupe resserre ses liens, exprime son unité, réaffirme son identité ».
Bref, Soubiran reconnait non seulement la grande qualité de l’œuvre de Lizal qu’il estime supérieure à celle de son aîné et rival, l’autre gascon qu’est alors Etienne Mondineu (auteur de « la Fête landaise » en 1899) mais il note avec force le « souffle de fierté landaise » de ce tableau de Lizal « ambassadeur du Pays landais dont il renouvèle la vision ».

On peut certes se demander si un Lizal champenois ou berrichon peignant une fête patronale de sa région autour de 1900 (l’œuvre est de 1904) aurait produit quelque chose de très différent. La sociabilité paysanne n’est sûrement pas l’apanage exclusif des Landais ni des Gascons en général. N’est-ce pas tout simplement une peinture de la ruralité festive ?
Au reste marquée par l’ambiance hyperpatriotique, voire revancharde de toute la France d’avant 1914 ? Un jeune homme, sans doute conscrit de l’année, ne brandit-il pas au premier plan un drapeau français , en « porte-étendard qui vient inciter les buveurs assis, vautrés dans les plaisirs, à se ressaisir, à se relever », écrit Soubiran en ajoutant une citation en ce sens du « félibre gascon Jol Rasco » dont l’existence m’était inconnue.
Par ailleurs, sauf mention de ce félibre dans le commentaire du catalogue et le nom même d’ « assemblade », la langue gasconne n’est pas présente ni évoquée là-dedans, dans la bien faible mesure où une langue pourrait l’être dans une représentation picturale.
Reste que le tableau respire ce que Soubiran appelle une « exactitude ethnographique » pas niable.
Et le conscrit au drapeau rappelle à Soubiran la posture d’un acteur de fêtes tauromachiques avec son « bras tendu et son expression de visage, bouche grande ouverte », tout comme il est « en position de porte drapeau en tête du paseo qui inaugure la course landaise,… levant les bras comme l’écarteur qui fait le geste de l’appel pour attirer l’attention de la vache ». « Métaphore de l’artiste affrontant le public et le jury comme l’écarteur se confronte à l’animal sauvage dans un rapport où se joue son destin ? » s’interroge Soubiran.

Oui finalement, M.Soubiran ne se trompe pas quand il affirme que l’œuvre et son titre même, insistent « sur la particularité des moeurs landaises auprès du public parisien » (l’œuvre était exposée au salon des artistes français à Paris) et en fait une « oeuvre identitaire ».
Bien que le plus important soit sans doute la qualité picturale elle-même.
Labégorre : le peintre gascon du tournant du millénaire ?

* Antoine Briscadieu, le commissaire priseur, est par ailleurs auteur, avec sa sœur Aude, d’une remarquable étude sur « Bordeaux, capitale tauromachique » (Editions des bibliophiles taurins de France).

** M.Soubiran est l’auteur d’une biographie « Alex Lizal, peintre singulier du Pays landais » , édité chez l’éditeur dacquois Passiflore .

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