
“Qu’ei beròi coma un harri...” Il est joli comme un crapaud.
“Cargat de monedas coma un harri de plumas”. Il a de l’argent comme le crapaud des plumes.
“Cada harri que vòu son saut”. Chaque crapaud veut son saut. Ce proverbe se moque d’une pauvre personne qui veut prendre une position qui est trop haute pour elle..!
Le crapaud est un animal connu par les gascons de façon assez négative. Il n’a pas très bonne réputation. La religion chrétienne depuis le Moyen-âge en fait un animal rejeté, associé au Diable. C’est l’animal crampon comme la souillure indélébile du péché qu’on ne peut détacher. C’est un compagnon de la sorcière, le symbole de la magie maléfique. Il sert à faire des poisons. Il pouvait être à l’origine d’une chance anormale et magique (“qu’a un harri a la pòcha !”).
La superstition la plus répandue chez nous assure que le crapaud pisse dans les yeux et rend aveugle “Que’t fot un esguit de pish diguens los uelhs, e tot viste, qu’ès avugle !”. Quelle origine de cette histoire ? Peut-être qu’un de nos ancêtres a un jour touché la peau d’un crapaud et s’est frotté les yeux ensuite ! Les tubérosités de son dos contiennent en effet un venin. Dans ‘La nabère pastourale bearnese” 1763, il est écrit “qauqu’un m’a dit a jo que sus un punh de sau ERES (las broishas) lo hèn pishar per har poson mortau...” On m’a dit que sur une poignée de sel les sorcières le font pisser pour faire du poison mortel....

Heureusement, ces superstitions disparaissent, mais la pollution et les produits chimiques ont pris le relai contre le petit animal.
Une première recherche donne une douzaine de familles de noms gascons pour le crapaud commun et huit pour le petit crapaud sonneur. C’est considérable. Cette abondance indique l’attention particulière que le peuple de chez nous lui porte…
Le nom du crapaud commun en gascon.
• "harri "(lo/eth). Bigorre, Rustan, Astarac, Est Béarn, Gers.
Etymologie. Ce mot appartient à la longue liste de mots spécifiquement aquitains difficiles à expliquer.
La phonétique basque faisant passer le son “K” en “H aspiré”, G. Rohlf pense que “harri” est un ancien *”carri”, appartenant à la famille des noms onomatopéiques gascons de la racine CARR comme “carrac” = cri des batraciens, “carraca, carran, carrec” = rainette, petit crapaud, “carrincar” = grincer, pousser un long cri, “carranhar” = grogner.
W. v. Wartburg pense à une origine basque, le crapaud aurait été comparé à une pierre qui se dit “harri” en basque. On notera que le mot basque “harri” provient du vieux terme préindoeuropéen *kar / *gar = pierre (avec même changement phonétique K>H) très présent en toponymie aquitaine.
Pour rêver un peu et faire de l’étymologie populaire, on a dit aussi que le gascon a substantivé l’interjection “harri” (cri “en avant” pour exciter les bêtes de somme) pour signifier qu’il faut s’éloigner rapidement quand on aperçoit l’animal maléfique !!!
• chòlo (lo/eth). Astarac, Magnoac, Nestés / Tchòlo (eth). Barousse, Comminges.
Etymologie. Noms issus de la racine CHOT/CHOP/CHÒP/CHAUP. Il s’agit de noms onomatopéiques imitant le bruit qu’on fait en marchant dans l’eau : gascon “chop” = trempé, “chop-chop” = flic-flac, “chòt” = flaque d’eau... à rapprocher de la racine onomatopéique TSOR qui imite le jaillissement de l’eau : gascon “chorlada” “chorrada”= jaillissement d’eau. Joan Coromines fait la liaison avec le germanique *suppa qui est le bouillon trempé de pain (ça donnera le mot français “soupe”). Cette famille donne aussi des noms au petit crapaud accoucheur.
• sapo / chapo (eth). Sud Bigorre, Sud Béarn, Val d’Aran (avec aussi “grapaut”).
Etymologie. Latin vulgaire *”sappus” = crapaud. G. Rohlf et Joan Coromines pensent que le latin vulgaire a emprunté une formation onomatopéique préromane (voir plus haut).
Ce terme est commun à l’occitan languedocien ( lo “sapo”), au castillan (el “sapo”), au portugais (o “sapo”) au basque (“zapo, apo, apho”) et au gascon. Mais on le trouve aussi dans l’occitan du Gard (“lo sapau/sabau”), en Savoie et Dauphiné (“savà, sabà, dzapió”). Une rascasse (poisson à tête de crapaud) est appelée “la sabourolle” en Provence. Le mot s’emploie jusque dans les dialectes du nord de l’Italie (“sabà, sabòta”. Vérone)..
• chirp / chirpo (lo). Landes. chirp = crapaud
Etymologie. Cette racine “chirp” a donné aussi en gascon “ua chirpa” = une callosité, une couche de crasse... et “chirpós”= crasseux. En français populaire, on a “crapauteux”. Le mot “chirp” fait partie de cette liste de mots typiquement gascons dont on ne trouve aucune trace dans les autres parlers de France, ni dans les idiomes ibéroromans (G. Rohlfs Le gascon p. 101). L’étymologie est à ma connaissance inconnue. C’est un mot typiquement landais. A noter que la couleuvre s’appelle dans les Landes (Biscarrosse) “la chirpèira” car elle avalerait les crapauds (dire rapporté par Philippe Lartigue dans un article de ce site).
• sipo (lo). Biarritz.
Etymologie. L’enquêté de Biarritz de l’Atlas Linguistique de Gascogne a donné deux mots pour le crapaud : “lo crapaut” et “lo sipo”. Ce dernier mot est peut-être un mélange entre “lo chirpo” et “la sipa” qui est la seiche en gascon de Biarritz !
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• Crapaut / Crepaut (lo/eth). Béarn, Chalosse, Landes, Montagnes Béarn et Bigorre. crapaut = crapaud
• Grapaut / Garapaut (lo/eth). Grapauta (la/era) = femelle. Gironde, Médoc, vallée de Garonne, Comminges, Ariège, Val d’Aran (concurrencé par “sapo”).
Etymologie. La racine germanique *krappa = crampon, crochet a donné toute cette famille de mots dans l’espace gallo-roman : ancien français “crapoud”, ancien occitan “grapal, grapau”, normand “le crapiàs” et sa femelle “la crape”. L’animal doit cette dénomination à ces pattes crochues.
• Fariòt/fariòu (lo). Béarn.
Etymologie. Difficile. Ces mots sont faits d’un radical “fari” + les suffixes -òu / òt. La présence d’un F est étrange pour un mot gascon. On attendrait “hariòt”...
• Pocho [‘poutchou] (lo).
Etymologie. Le mot francique “*pokka” = bourse, petit sac. Ce mot a donné le français “une poche”, “un pochard” = un sac à vin..., un oeil “poché” = gonflé. En gascon, on a ua “pòcha”, un “pochac”, un “pocho” = une grosse personne, los “pochons” = les gros seins. C’est donc l’image du gros crapaud inquiet qui se gonfle qui est mise en avant dans ce mot.
• Grahús (lo). Armagnac.
“Lo grahús” c’est aussi la crasse en Armagnac et “grahús” veut dire “crasseux”.
Etymologie. Il s’agit d’une composition populaire mélangeant plusieurs racines :
- la“crassa” pour la saleté.
- “gras” pour l’aspect gros.
- “gahus” pour l’aspect maléfique comme le hibou.
- “us” qui est un suffixe très péjoratif.
• Chate/chato (lo). Landes, Tartas.
Etymologie. C’est un mot d’origine onomatopéique. La grive, pour son chant, est appelée en gascon “eth cha-cha” (Lavedan), “lo chaco-chaco”, et ailleur “tsatsa” en suisse romande, “tchatcha” dans la Marche..etc..
• Cuc-cauet (eth). (montagne de Bigorre).
Etymologie. CUC (voir plus bas) + cavet = qu’on trouve dans les trous, les creux (cava). Ce nom rappelle que pour les romains (Virgile) le crapaud vit dans un trou sous la terre. Et il est dit qu’il fait le lien entre notre monde et celui de dessous.
• Grasac (lo) ; Gironde. Grasaquejar = coasser. grasac = grenouille, crapaud, rainette
Etymologie :
En occitan du Moyen-âge “lo graisan” = le crapaud.
En occitan languedocien “lo grasant” = le crapaud.
Pour Lois Alibert ces mots ont pour origine le latin populaire “crassantus” et le gaulois “craxantos” voulant dire crapaud. On a encore en gallois “crachen” qui veut dire maladie de peau....
“Lo grasac” pourrait avoir une même origine mais avec le suffixe préroman péjoratif gascon et ibérique -ac/-aca (comme dans “briac”, “flaunhac”, “monaca”, “podac”, “patac”...)
Nom du petit crapaud sonneur en gascon. C’est le petit crapaud qui chante la nuit.
1. Radical CUC/CLUC (Est de la Gascogne).
cluc (lo), cluca (la), clup (lo), cluqueta (la), cuc (lo), cuca (la), cucarron (eth) à Bagnères.
Etymologie.
Création onomatopéique rappelant à la fois la pluie (clòc-clòc...), le cri du crapaud (cuc-cuc) avec en plus une attraction des termes “cuc/cuca” qui sont utilisés en gascon, catalan, aragonais... pour nommer toutes sortes de petites bêtes (mots d’origine expressive selon Joan Coromines).
2. Radical CHOT (Gers, nord Béarn, Comminges) chòt = petit crapaud sonneur
Chòt [chot / Tyot] (lo), chòc (lo), Tchòt (lo), Tchòp (lo), Tchop (lo), Tchoc (lo), chòlo (lo)
Etymologie. (voir chòlo)
3. Radical LU- (Rustan)
"lhutòu" (lo), "lutau" (lo), "lulhòu" (lo).
Etymologie. Une racine LU- est attestée par W.v.Wartburg :
• “lupo, lupeau, lupot / luteau, louteau” dans les dialectes du Centre = crapaud sonneur.
• “lulu” / “lutheux” dans des dialectes français = alouette.
On a donc deux animaux, l’alouette et le crapaud sonneur, qui attirent l’attention des hommes avec leurs sons flûtés et qui sont désignés dans certaines régions par une imitation sonore qui a pour base la suite de sons LU. On a donc semble-t-il une étymologie onomatopéique.
4. Radical CARR (Val d’Aran, nord du Gers et L.& G landais) carrec = rainette
Carrèc (lo), tcharrèc (lo). C’est le nom de la rainette dans les Landes).
Etymologie. C’est une base onomatopéique liée au bruit : “carrascla / carrèc” = crécelle, “carrasquet” = cri, “carrecar” = coasser.
Appelations isolées.
5. "Era (ar)ranleta d’aiga. "
C’est le point 780 de l’Atlas Linguistique de Gascogne. Sur ce point, “era (ar)ranleta” est le nom de l’hirondelle. Il y a eu dans ce coin de Gascogne une antique confusion entre “(ar)ran/(ar)raneta” qui veut dire la rainette et “l’arranleta” qui veut dire l’hirondelle.
6. Era tuta (montagnes du Béarn).
Onomatopée tut-tut.
7. La qüara (Magnoac).
Onomatopée de la grenouille.
8. Tòi/tchòi (Landes)
Etymologie. Il n’est pas évident que ce mot ait la même origine que “eth tòi” des montagnes bigourdanes.
Pour les montagnards de Bigorre, “eth tòi/chòi”, “era tòia/chòia” désigne le petit garçon et la petite fille. C’est un terme affectueux
Plus spécifiquement en vallée de Luz, le terme est revendiqué comme désignant les habitants de la vallée et être “tòi” est une fierté.
Pour les gascons de la plaine, “lo tòi “ est employé pour désigner le montagnard. Ce terme peut être employé de façon péjorative (qu’ei un tòi..!) mais pas toujours.
A l’origine, c’est peut-être une abréviation de “petitòi” “pitchòi” composé de “petit” “pitchon” et du suffixe -òi, d’origine mal connue et spécifique au gascon et au catalan. Ce suffixe ajoute une idée de petit, tendre : “momòi”, “lilòi”, “polòi”....
Est-ce que pour ce mot gascon des landes on a la même origine ? Difficile de se prononcer. Le landais aurait alors gardé la signification de “petit” pour la crapaud sonneur.
La liste est ouverte pour ajouter les dénominations de votre secteur... harri = crapaud, bête de somme







