De Reynerie à Toulouse au Grand Parc à Bordeaux

- Tederic MERGER

La Gascogne a la chance d’avoir deux métropoles. Elle peut aussi faire le lien entre les deux, et permettre à chacune d’apprendre de l’autre !

Reynerie et le Grand Parc : de grands ensembles des années 1960-70


Le Mirail #3 Reynerie et Bellefontaine, restes de rêve

 Reynerie (à Toulouse) était vu comme un quartier de la ville nouvelle du Mirail, qui n’a jamais été achevée.
 Le Grand Parc (à Bordeaux) était aussi le projet d’une petite ville.

Finalement, en quantité de logements et d’habitants, les deux se valent :
 Le Grand Parc compte présentement 11 000 habitants dans plus de 4 000 logements selon Bordeaux Métropole
 Reynerie comptait en 2023 8 000 habitants dans 2 700 logements selon la Dépêche en 2023 ; si on ajoute à Reynerie les 3 000 habitants de Bellefontaine, on tombe pile sur les 11 000 du Grand Parc !

Leur histoire se ressemble : par exemple, ils ont tous deux accueilli des rapatriés d’Algérie ; puis connu le destin banal des grands ensembles en France : paupérisation, stigmatisation... mais en pire à Reynerie, semble-t-il...

Et leur dessin urbain et architectural ?
 Reynerie et Bellefontaine ont été conçues par l’équipe du visionnaire Candilis, élève du Corbusier ; un projet de haute tenue intellectuelle qui n’a pas bien tenu face à la réalité humaine...
 Le Grand Parc, influencé par la Charte d’Athènes, donc également par Le Corbusier, est sur un plan plus simplement orthogonal ; des barres et des tours posées autour du parc, accompagnées d’équipements sociaux-culturels, éducatifs, sportifs, commerciaux, de qualité, pour faire ville...

« les logements sont tous agencés de manière rigoureuse : distribution des appartements dans des cellules-type, aucune circulation superflue, appartements la plupart du temps traversants (traduisant une volonté post-hygiéniste d’air et de lumière), salles de bain en second jour. Il n’y a pas de recherche innovante dans les espaces ou les volumes. »
(Bordeaux)
Le Fournieu (Grand Parc)

Revue Archéologique de Bordeaux - La cité du Grand Parc à Bordeaux Par Laure Perrot

33 GIRONDE BORDEAUX 1964 La cité grand parc une réalisation de la SCIC https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9769435j/f71.item.r=habitations%20sociales1964HLM%201964%20HLM

[image or embed]

— Mémoire2Cité Mémoire2ville (@memoire2cite.mastodon.social.ap.brid.gy) 16 février 2025 à 15:51

Divergence récente : dans l’un, on démolit des barres, dans l’autre, on les métamorphose !

 à Reynerie, plusieurs des tripodes de Candilis ont été démolis ou sont en voie de l’être, pour construire des logements « plus attractifs (maisons individuelles, habitat intermédiaire et petits collectifs) ». Remplacement de population à la clé...
 Au Grand Parc, Lacaton et Vassal (architectes formés à l’école d’architecture de Bordeaux) ont fait autrement, dans une opération qui a été saluée et primée [1] :

« trois des immeubles de la cité du Grand Parc (...) ont été réhabilités, métamorphosés par l’adjonction, en surépaisseur de façade, de jardins d’hiver (3 m de profondeur), qui se poursuivent par des balcons (80 cm de profondeur) ».
Jardins d’hiver et balcons en extension, la réhabilitation de Grand Parc en détail

« Ces structures extérieures ont permis d’agrandir l’espace d’usage d’environ 20 m² pour chaque logement, tout en offrant ainsi aux habitants la possibilité, comme dans une maison, de vivre à l’extérieur tout en étant chez soi. »
Cette enveloppe extérieure de "jardins d’hiver", en plus de son agrément, aurait une vertu énergétique. [2]

« le Grand-Parc est exemplaire : il est la preuve qu’une transformation pertinente et économe peut produire, à partir d’existants jugés a priori sans qualité et perçus négativement, des logements généreux, confortables et énergétiquement performants.

Il confirme en même temps qu’il est possible de modifier et d’améliorer la typologie d’un logement, ses conditions de confort et le plaisir de l’habiter, pour un prix non négligeable (64.500 euros par logement), mais pour « deux fois moins cher qu’un T4 neuf sans jardin d’hiver ni réglage bioclimatique ». »
L’exemplarité architecturale des barres du Grand Parc

Bordeaux / Bordèu - Grand Parc - Immeuble transformé par les architectes Vassal et Lacaton - photo de 2025
Bordeaux / Bordèu - Grand Parc - Immeuble transformé par les architectes Vassal et Lacaton - photo de 2025
Vue frontale sur l’enveloppe rajoutée de "jardins d’hiver" munis de "doubles vitrages, rideaux thermiques intérieurs et rideaux d’ombrage".
Les balcons proprement dits sont étroits (80 cm), assez pour y placer parfois des vélos...

J’ai pris la photo ci-dessus en ce début d’été 2025. Les "jardins d’hiver" étaient donc des jardins d’été, des estantades plus que des casalets, mi-closes derrière rideaux et vitrages... estantada = auvent

Notes

[1Le classement par l’UNESCO du patrimoine bordelais a aussi fait obstacle aux démolitions qui avaient été envisagées.

[2« Selon Aquitanis, la requalification devrait effectivement permettre à la consommation des logements de passer de 185 kilowattheures/m²/an à moins de 50, et même s’approcher de zéro si les habitants utilisent bien le potentiel de ces appartements orientés plein Sud, traversants (ce qui permet la circulation de l’air), dotés de double vitrage, de rideaux thermiques intérieurs et de rideaux d’ombrage. » (Gilles Vidotto - lien ci-dessus)

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