Los crespèths. Le nom des beignets en Gascogne.

- VERDIER Gilles

Los crespèths de carnaval.
Los crespèths de carnaval.

« Los crespèths, a nosta, que cau que sian plan bèths, coma bòlas de petanca… ».
Chez nous, il faut que les beignets soient bien gros, comme des boules de pétanque.

Le beignet est appelé « crespèth » dans le Rustan où on les aime bien gros…
Pour ça, il faut travailler la pâte longtemps pour bien l’aérer, d’où le proverbe : « Tot gormantèr que còsta.. ! »

Ce gros beignet porte plusieurs noms en Gascogne selon les endroits.

Lo/ eths crespèths (Bigorre, Béarn, Rivière-Basse).
eths cresperons (Montagne Bigorre).
los cruspèths (Landes, ouest Béarn).
De la même famille :
Gascon :
crespar : friser.
cresp-a. : sec, friable, qui craque sous la dent (Landes).
La crèspa : la crêpe (Bordelais, Médoc, Landes)
La crespèra : la crèpe (Béarn, Bigorre).
Catalan :
cresp-a : crépu, moutonné.
Un crespell : beignet.
Français  :
crépu, crépon, crêpe, crépine, crépir….
Ancien occitan :
cresp-a : frisé
crespar : friser
crespelet : crêpe, beignet.
Occitan languedocien  :
crespar : friser, se recroqueviller.
Lo cresp : crêpe.
Lo crespèl : crêpe,n gâteau.

Etymologie : latin « crispus » = crépu, frisé, ondulé. Cet adjectif s’est substantivé au moyen-âge en prenant le sens de pâtisserie, la crêpe étant caractérisée par les ondulations que fait la pâte en cuisant. On a donc « cresp » + suffixe -èth.

Los cauceths (Chalosse).
De la même famille :
Gascon :
Las cauçèras / cocèras : les crêpes (Gers, Landes)
cauçar : chausser
cauça : bas, guêtre.
cauçaire cauçèr : chausseur.
Français :
« chausse, chaussette » et aussi « chausson (aux pommes !) ».

Etymologie : latin « calceus » = chaussure. Il y a eu glissement de sens en français pour désigner cette sorte de pâtisserie faite d’une enveloppe de pâte contenant de la marmelade (comme le soulier contient le pied !). En gascon le glissement s’est fait pour désigner les beignets (cauceth) ou la crêpe (caucèra). On a donc « cauça » + suffixe -eth.

Los binhets / benhets (Landes, Bordelais, Médoc).
los bonhets (Lomagne)
De la même famille :
Gascon :
Ua binha / bonha : une bosse.
D’où les montagnes « eth Binhamala », « eth Pé Binhau »
Ancien occitan :
Una bonheta : un beignet.
Occitan languedocien :
Una bonha : une bosse
Un bonhet : un beignet.
Catalan :
un bony : une bosse.
els bunyols : les beignets
Castillan  :
los buñuelos : les beignets.
Français :
Une beigne, une bougne, une bugne, un beignet.

Etymologie. La racine est incertaine, probablement préromane : « bunno » dans le sens de protubérance (sur le corps ou sur un terrain). Dans les langues de l’Ouest et du Midi de l’Europe, cette racine a donné des mots désignant une bosse et en dérivé une pâtisserie ronde et gonflée.

Los cocuts (Landes).
eths coquets / cuquets (Ariège)
De la même famille :
Gascon :
ua còca : un gâteau
un còc (Gers) : une merveille.
Las còcas a la padena (Gers) : les merveilles ;
Catalan :
una coca : gâteau.

Etymologie. Aucune certitude. La racine est présente dans des langues romanes et germaniques. Des linguistes ( Coromines) pensent à une création du langage enfantin.

Eths pescajons (Luchonais, Ariège).
De la même famille ;
Gascon :
Los/eths pescajons (Magnoac) : les merveilles.
Eths pescajons (Comminges, Ariège) : les crêpes.
Occitan languedocien :
Los pascajons/pescajons : les crêpes.

Etymologie  : latin « Pascha ». C’est la pâtisserie du temps de Pâques. On a donc « pasca » + j + suffixe diminutif -on.


Un gran de sau ?

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