Pays basque voisin Pays negue Mar e còsta gascona / Ma é coste gascoune Pays charnégou

Biarritz

- Gerard Saint-Gaudens


 

Lous Gamarritz

Dans le vieux Biarritz (enfin, tout est relatif, fin XIXè siècle tout au plus), rue Jean Bart exactement, la maison « Lous Gamarritz ».
Mais que signifie « gamarrit » si du moins le z est la marque du pluriel comme on peut le penser ? Palay est muet là-dessus. Le g initial étant souvent interchangeable avec le c dur initial en Bas-Adour (ex :Gabarrus/Cabarrus) on pourrait penser à Camarritz.
Palay, qui ignore également ce mot, donne tout au plus une piste : « cabarré » serait une forme phonétique de « cap arré » c’est-à-dire le couchant.
Où est-on plus au couchant qu’à Biarritz ? Lous Gamarritz pourrait-il désigner la maison de ceux qui habitent au couchant ? Resterait à expliquer le passage de b/p à m… Un peu tiré par les cheveux, je le crains !
En tous cas, un signe fort de la présence historique du gascon à Biarritz.
Les rochers de Biarritz / Las arroques de Biarritz


 

Grans de sau

  • "Les Gamarritz", c’est là le nom de rochers à Biarritz (par extension, celui d’une digue), qui s’inscrit dans une série à finale en -itz, propre aux rochers et autres oronymes de la ville : Opernaritz, Ilbarritz, Carritz (ancien nom du rocher désormais dit du "Cachaou").

    Assez clairement, il va être difficile d’y voir autre chose que des formations basques, suffixées en -itz, antérieures à la gasconnisation de Biarritz. Reste que l’article "lous" montre bien que le propriétaire qui a donné ce nom à la maison l’a fait en ayant le gascon en tête.


    Surnom boucalais "Yaoulitz"

    Il y a quelques années, j’étais très certain, dans la foulée des analyses de Jean-Baptiste Orpustan, sur la valeur descriptive du suffixe, mais bien que j’en sois toujours convaincu, il convient de mettre en avant que nombre de toponymes en -iz du Pays Basque espagnol, semblent des restes de génitif latin, pour désigner des domaines agricoles.

    Topónimos alaveses de base antroponímica terminados en –iz, -ez y –ona / -oa

    Très honnêtement, s’agissant de rochers, loin de la riche plaine de l’Alava, profondément romanisée, l’hypothèse descriptive me semble la meilleure, reste à trouver les racines.

  • Merci Vincent. Et sais-tu (ou Halip,s’il nous lit) ce que gamarr pourrait signifier en basque ?

  • Nos bascophones ayant l’air de sécher, j’ai trouvé dans le lexilogos étymologique basque le mot"gama" (chamois) d’une racine prélatine gam/kam. C’est peut-être la bonne piste. Arr peut être un augmentatif (basque ou gascon ?) et tz la marque d’un pluriel ...bayonnais ! Bref, quelque chose comme un mot vascon signifiant "les grands chamois".
    Le mot gascon pour chamois est plutôt "sarri"(signifiant aussi particulièrement isard, avec une origine paléo-basque vraisemblable également) mais cela n’invalide pas forcément l’hypothèse.

  • Je me suis lancé sur la piste basque avec : ARR = rocher ; ou bien ARITZ = CHÊNE ; etc.

    ... mais le Rectoran indique dans la liste des rochers de Biarritz :
    "Lous Gamarritz = rocher des crustacés"

  • Bon, j’ai trouvé, c’est bien la piste basque qu’il fallait fouiller.

    Dans le dictionnaire Basque-Français de Pierre Lhande :

    KAMAR = écrevisse, crabe (metathèse de karrama)

    ... ce qui rejoint la précision de Rectoran (rocher des crustacés).

  • Merci Bruno, nous y sommes, en plein dans le mot "néo-vascon" mi basque ,mi-gascon. Mais j’aimais bien l’image de mes chamois en train d’escalader des rochers en bord d’océan... ou légendairement transformés en rochers .

  • A noter qu’un rocher, celui d’Opernaritz, semble formé sur le mot biarrot, apparemment gascon, "operne", un crustacé connu en français sous le nom savant d’anatife.

    Formation, origine et signification des
    noms de lieux, de personnes et de famille recensés. -
    Chapitre II : Formation des noms de maisons, de
    quartiers et de lieux-dits recensés

    OPERNARITZ
    (BIARRITZ, rocher, Apenadis, 1770, 1793, Opernaritz, 1960)
    Du terme gascon opèrne auquel est venu s’ajouter les termes basques ar(r)- + -itz, soit « lieu de rochers d’opèrnes » ; opèrne signifiant en gascon de la région de Bayonne « crustacé » (Palay) et équivalant d’après Lhande au basque lanperna ou anperna, « sorte de coquillages qui se trouvent dans les rochers du bord de mer ».

    Pour Gamarritz, Iglesias propose une autre explication, mais je préfère bien plus celle de rocher aux crabes.

    GAMARRITZ
    (BIARRITZ, deux rochers : Gamarritz, 1810 selon Thore, Petit et Grand
    Gamaritz, 1864, 1878)
    La confusion entre la vibrante forte et la faible étant fort répandue parmi les
    non-bascophones, surtout parmi les francophones, il est probable qu’en réalité nous avons affaire à une forme Gamarritz que cite par ailleurs Jean Thore dans son ouvrage Promenade sur les côtes du Golfe de Gascogne publié en 1810, c’est-à-dire gamar(r) + -itz. L’élément initial n’étant pas connu, il doit s’agir dès lors d’une variante du terme (labourdin) gabar(r), « barque plate » appliqué de manière métaphorique à ces deux rochers de Biarritz dont l’un d’entre eux, effectivement, aurait l’apparence d’une sorte de chaloupe. On aurait eu dans ce cas affaire à un phénomène de nasalisation de l’occlusive bilabiale intervocalique -b- attesté en basque dans, par exemple, zumel, issu manifestement de zubel, « ormeau » ou bien dans le toponyme Zumelzu, 1025 qui alterne avec Çubelçu, 1320183, voire heben > hemen, « ici »,
    c’est-à-dire que l’on aurait eu une évolution théoriquement possible, quoique rare, gabar(r) > gamar(r). En l’absence de formes anciennes en ce qui concerne ce nom de rocher puisqu’il nous est impossible de savoir à quand remonte exactement l’apparition de ce nom, cela paraît être l’hypothèse la moins invraisemblable.


Un gran de sau ?

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