Le quartier « le Mouliou » de Bouilh Devant. Histoire d’une lente érosion toponymique...

- VERDIER Gilles

Le toponyme du terrier de Bouilh Devant de 1661 : Mouille morte

Il existe dans la commune de Bouilh Devant/Bolh Davant le toponyme cadastral : « le Mouliou ». Il se situe au nord du village confrontant Laméac/Hlamiac et Saint Sever de Rustan/Sent Sever.
L’histoire de ce toponyme est curieuse et semble être le fruit d’une longue « érosion » de plus de quatre siècles.

Si l’on remonte grâce aux documents écrits, voici ce qu’on découvre :
1) Enquête Sacaze de 1887 faite par l’intituteur du village. On relève le toponyme « lous Moulious ».
2) Dans le cadastre napoléonien (1811), on a également le «  quartier des Moulious ».
Le XIXème siècle a donc un toponyme au pluriel. On pourrait penser à un toponyme nommant un lieu humide ( molhós ) mais le S final semble plutôt une marque de pluriel plutôt que le suffixe -ós dénotant une qualité…
3) Dans les terriers de 1734 et 1688 on trouve le toponyme sous une forme plus complète : « A Mouilhamour » (1734) et « a Moulhamour » (1688). Il est toutefois difficilement explicable même si l’on pense y voir la racine « molh… » portant le sens de "mouillé"….
4) Et c’est dans le terrier de 1661 qu’on trouve la solution de l’origine de ce toponyme. On y lit : «  Pey Maumus Cabuchet tient et pocede en bouilh devant au parsan de Mouille morte…  ». Dans ce document, l’arpenteur a donc transcrit le toponyme en deux mots : Moille / morte.

Etymologie.
Une hypothèse : ce toponyme serait le gascon « molhèr morta » = épouse décédée.
Le mot molhèr n’est plus employé depuis longtemps dans les coteaux du Rustan. L’était-il il y a 4 siècles ? Des enquêteurs de l’atlas linguistique de Gascogne rapportent que dans des proverbes et des chansons du Magnoac et du sud Gers, le mot existait.
On aurait donc un toponyme ayant pour origine l’histoire d’une épouse probablement assassinée et bâti avec un mot vivant à l’époque mais actuellement inusité.
Le temps faisant son œuvre, le toponyme, incompris dès le XVIIIème siècle, a subi des transformations par réduction jusqu’à nos jours.
On passe donc du « parsan de Mouille morte », toponyme transparent encore pour les habitants de 1650 au quartier « le Mouliou » totalement obscur actuellement…