acela (Hicà’s a l’)... tous aux abris ! Les mots de l’abri en Bigorre.

- VERDIER Gilles

« …Que shagata… que’s cau hicar a l’acela… »
Il pleut fort, il faut se mettre à l’abri…

A Saint Sever de Rustan, se mettre à l’abri se dit en gascon «  hicà’s a l’acela ». On a donc :
L’acela / la cela : l’abri.
Acelà’s : se mettre à l’abri.
Acelar : mettre à l’abri.

et aussi :
l’aishut : l’abri.
aishutar : abriter.
aishutà’s : s’abriter.

Plus au sud de la Bigorre :
un acès : un abri.
acessar : mettre à l’abri.
acessà’s : s’abriter.

et encore :
un sobac / un chobac : un abri.
assobacar / achobacar : mettre à l’abri.
assobacà’s / achobacà’s : s’abriter.

Ce nombre très important de mots signifiant la même chose sur un petit territoire linguistique est étonnant.
Les anciens locuteurs bigourdans pouvaient employer facilement et indifféremment plusieurs de ces termes. On voit l’importance de l’abri pour le rural gascon.

Etymologie.

L’acela / la cela.
En gascon, il existe le verbe « celar » qui veut dire cacher, celer. Il vient directement du verbe latin « celo -are  » = cacher. En Rustan, ce premier sens a disparu. On est passé de « cacher » à « se mettre sous quelque chose pour s’abriter ». On a donc une étymologie latine a + celar.

L’acès.
Ce mot existe aussi en occitan languedocien. Il vient du latin « accessus » = arrivée, approche. C’est donc le but qu’il faut atteindre pour être à l’abri !

L’aishut. Ce mot vient du latin « exsuctus » = mis à sec qui vient du verbe « exsugo -ere » qui veut dire absorber l’humidité.
On a en gascon aussi « eishuc -ga » pour dire sec et « eishugar » pour essuyer.
Notons que dans le gascon du Rustan et de l’Astarac, cet adjectif est réduit à « shut-a » et signifie sec, sans jus pour un aliment : « pan shut » est le pain sec. En catalan, on a aussi « pan eixut » = pain sec. eishuc = sec

Un sobac /chobac.
Ce mot gascon signifie l’abri, mais aussi le sein protecteur de la mère ! Pour ce mot, l’étymologie est douteuse. G. Rohlf le rattacherait à l’aragonais « soba  » = grotte peut être croisé avec le latin « opacus » qui a donné en gascon (« ubac » et « paguèra ») et en aragonais (« paco ») les mots désignant le côté qui ne voit pas le soleil. sobac = sein, abri

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