Notre région, c’est la Gascogne !

 
 

La prétention de l’Academia occitana d’imposer une langue occitane standard

samedi 7 juillet 2018, par Gerard Saint-Gaudens

Bruno nous a envoyé hier soir un lien vers le site de l’Academia occitana.Quand on clique,voici entre autres ce qu’on y trouve et que je reproduis sans traduire en français ni en gascon (un lusophone ne lit -il pas couramment un texte en castillan ?) :

"L’occitan estandard es la lenga comuna a totes los Occitans, estrictament fondada sus la lenga viva e los estudis linguistics serioses qu’a inspirada. La siá primièra caracteristica es de poder èsser comprés de totes los occitanofòns, d’èsser en fasa amb la realitat e de far paissièra fàcia a las ideologias lingüisticas azardosas. Luènh d’èsser « contrari a la tradicion » - paraula de regionalistas pels quals la cultura occitana se limita a sos aspèctes etnografics d’un temps passat -, entend reviudar una dinamica istorica que permetèt, als s. XII-XIII, l’espelida de la primièra literatura europèa en lenga romanica e fins al s. XVI lo desvolopament d’una lenga juridica, scientifica e administrativa precòça e novatritz. Totas las lengas conscientas de lor dignitat possedisson una fòrma estandard transcendent lors varietats localas, condicion necessària a un ensenhament vertadièr, a la communicacion e a sa perennizacion."

Sans entrer dans une polémique stérile c’est exactement ce dont les Gascons ne veulent pas en ce qui les concerne.



Grans de sau

  • J’inciterais cette académie à consulter le site l’université de Montpellier 3 (déjà mis) :

    En l’absence de standard imposé officiellement et du fait de certaines spécificités dialectales irréductibles, l’occitan peut être défini comme une langue polynomique, composée de six grandes variétés dialectales (gascon, languedocien, provençal, limousin, auvergnat, vivaro-alpin). La communication orale et écrite ne suppose pas la prédominance d’une variété dialectale sur les autres, mais repose sur l’idée que les occitanophones peuvent gérer l’unité linguistique de leur langue dans le respect de la variation dialectale.

    Le gascon
    Le dialecte gascon forme un groupe dialectal à lui tout seul. Il possède des traits assez particuliers qui s’expliquent par la place importante du substrat basque et par des relations fortes avec la péninsule Ibérique.

    https://www.univ-montp3.fr/uoh/occitan/une_langue/co/module_L_occitan_une%20langue_24.html

    Il y a aussi un sous dossier intéressant sur la "diglossie" :
    https://www.univ-montp3.fr/uoh/occitan/une_langue/co/module_L_occitan_une%20langue_26.html

    Ceci étant, je suis plus que favorable à un gascon standard avec une grammaire et une conjugaison unique mais avec la prononciation de son "pays" : gascon noir, gascon pyrénéen etc.

  • Au fil du texte :

    1) occitan standart, lenga comuna à tous les Occitans : combien de divisions ? La langue commune des "Occitans", c’est le français.

    2) estandard : la normalisation générale étant techniquement impossible, reste la graphie pour donner l’impression d’unité. Maintenant que les parlers sont moribonds, ce sera plus facile.

    3) fondada sus la lenga viva : la lenga viva ce sont les parlers des terminal speakers.

    4) fondada : par qui, comment et pour quoi ? Par quelle alchimie réductrice ? Par broyage et fusion ? Quand les traits définitoires des parlers divergent, c’est qu’il n’y a pas de langue commune au départ. Même à l’intérieur de l’occitan, unifier nord et sud dans un standard est impossible. A moins de bâtir le standard sur un seul dialecte épuré.

    5) estudis linguistics serioses : le paravent scientifique qui ne trompe que les ignares. Certains romanistes compétents de jadis portent une lourde responsabilité dans la fabrication actuelle (ex. : Pierre Bec hésitant entre "langue" ou "dialecte" gascon).

    6) poder èsser comprés de tous les occitanophones : si l’occitan était une seule langue, ils se comprendraient à peu près.

    7) La koinè pan-occitane :
    Il est vrai que toutes les langues qui ont accédé à la modernité ont puisé dans leurs parlers et normalisé au forcing, la survie linguistique étant à ce prix. Mais il y avait une demande populaire et des peuples.
    On peut toujours faire comme si.
    Mais pour l’espace d’oc le lien entre haute langue et dialectes n’est possible qu’à l’intérieur de chaque grand complexus dialectal, comme l’avaient compris les occitanistes scolaires (notamment M. Grosclaude pour le gascon). La seule façon de rendre sa dignité à la langue serait de rendre possible cette articulation. L’AcOcc. fait l’inverse et ne se donne plus les gants pour déblayer les débris.

    8) en faza amb la realitat : laquelle se venge cruellement. Il faudrait inventer aussi la réalité (l’état actuel de la société ?).

    9) facia a las ideologias lingüisticas azardosas : refus des critiques rigoureuses, et mépris. Proclamation de la vérité linguistique. Bulle d’infaillibilité. Avec pas mal d’inversion accusatoire.

    10) paraula de regionalistas : par "régions", entendre l’Occitanie réelle avec ses populations telles qu’elle sont. Certes le régionalisme n’a jamais fait le poids face à l’Etat central, mais si on veut lui opposer une ambition plus forte, le pan-occitanisme est mal parti. Il y a / avait d’ailleurs d’autres ancrages possibles, ceux des nationalités réelles que sont Provence et Nice, Occitanie, Gascogne ; quand aux Nord-Occitans, c’est un autre cas.

    11) la cultura occitana : passant subrepticement de la langue agonisante à la culture pour justifier le cadre pan-occitan. Au moins Fontan et autres avaient une conception dynamique de ce cadre. Là, nous sommes quasiment dans le déni. L’Occitanie serait-elle un fantasme méridionaliste français ?
    L’occitanisme, stade suprême du méridionalisme urbain ?

    12) aspectes etnografics d’un temps passat : encore le refus de la longue durée et de tout ce qui constitue un peuple. L’ethnographie (ce qui vise avant tout les Gascons) doit être balayée parce qu’elle est du "passé", alors que l’avenir appartient à ceux qui ont rompu les attaches, les contraintes héritées. L’idéologie sous-jacente est profondément et délibérément anti-nationale et anti-populaire (et même, sur le fond, anti-occitane). De même facture que l’idéologie française. Quant à la ’jeunesse’ de l’occitanisme...

    13) reviudar una dinamica istorica : pourquoi pas ? mais quand on prétend créer à la fois le peuple (occitan) et la langue, il faut avoir une base solide. La dynamique en question se limitera-t-elle à la pose de panneaux digraphes et à des avantages aux associations subventionnaires ?

    14) als s. XII-XIII : encore la fable de la grande civilisation occitane, etc.
    Renouer le fil d’un héritage c’est bien, réveiller un peuple fait nécessairement appel à des mythes. Mais le rapport avec la pan-Occitanie n’apparaît guère, ou que trop.

    15) lenga... novatritz : peut se dire de toute langue néo-romane médiévale, surtout ramenée aux codes écrits des érudits.

    16) L’antécédence, preuve de supériorité intellectuelle et civilisationnelle, n’a jamais rien garanti. Elle peut fonder des réseaux, elle ne fonde pas un peuple.

    17) las langas conscientas de lor dignitat : ce ne sont pas les langues qui sont conscientes mais les locuteurs. Que l’on commence d’abord par se soucier de la dignité des parlants etnografics et de leurs descendants acculturés, du statut des populations, des situations locales et régionales, du détestable modèle français, de tout ce qui n’est pas linguistique. Je renvoie au Manifeste gascon.

    18) transcendent lors varietas localas : ça ne veut rien dire. les variétés locales, ce sont les parlers, et aucune des six ou sept aires d’Oc ne sont des "variétés locales". Fausse dans le temps et l’espace, cette désignation implicitement dévalorisante des parlers, révèle une conception de la langue comme code hors-sol et produit d’une caste, tourné contre les peuples réels. Rien de nouveau.

    19) transcendent : jette le voile sur l’élaboration et la pratique. Pataphysique.

    19) ensenhament : L’école ne peut sauver et promouvoir qu’une langue qui est vivante en-dehors d’elle. L’usage d’un code scolaire bâti sur des décombres, c’est un pas de plus vers le déracinement des élèves. Du moins cela augmentera-t-il le public des initiés.

    20) Dans le monde d’aujourd’hui, et les choses étant ce qu’elle sont, il est clair que sans normalisation et émergence d’une langue standard de référence, la langue est foutue. L’enseignement est une nécessité, et une bonne dose de volontarisme aussi.

    Il faut un gascon, un limousin, un auvergnat, un occitan, un provençal de référence.

    Mais nous avons dans les propos de l’AcOcc l’exemple même de l’utopie destructrice : un noyau de doctrinaires, une nation théorique et dilatée, le refus des déterminations ethnographiques, l’intellectualisme scolaire, et l’erreur sur les nationalités en question. Echo marginal d’une certaine mentalité qui trahit les peuples réels au nom du dogme et pervertit même les meilleures réalisations des pères fondateurs.

    Pratiquement, c’est l’un des visages inamicaux de l’occitanisme.

  • On peut toujours rêver ; j’ai cru à un gascon standard quand j’ai lancé mes Ligam-DiGaM en avril 1993. Techniquement, tout est possible. Mais socialement, cela ne servira à RIEN, car il n’y a plus de masse de Locuteurs-Lecteurs-Scripteurs habituels du gascon, pas plus que du languedocien ou du provençal. Même en Aran, c’est uniquement le fruit d’un volontarisme micro-nationaliste, sans utilité réelle pour la communication.

  • Bonjour cher Jean lafitte,

    De fait, les langues dites régionales, en France, n’ont plus guère d’utilité pratique pour le plus grand nombre. Mais les langues portent autre chose que leur utilité de communication (fonction qui ne fait qu’un avec leur nature). Il est douteux que le gascon redevienne une langue d’usage général, n’étant la langue d’aucun Etat voisin qui pourrait l’épauler. Mais pour ceux qui tiennent à l’identité globale de leur pays, même en lambeaux, la nécessité d’une référence quelque peu normative demeure.

    Portez-vous bien.

  • A écouter : le témoignage de Casimir Boule agriculteur né en 1914 dans l’Aveyron.
    Rien de bien nouveau mais son témoignage illustre bien la dernière étape du passage du "patois" au français :

    J’ai appris à parler français à l’école.......
    Un jour je me suis dit, si j’ai des enfants je ne veux pas qu’ils aillent à l’école en parlant patois et nous avons été les premiers de la commune à parler français à nos enfants

    https://www.univ-montp3.fr/uoh/occitan/une_langue/co/module_L_occitan_une%20langue_16.html

    Pour en revenir au gascon ne pourrait on pas rêver de revenir un jour à la "diglossie", langue haute et langue basse.
    La langue basse : l’oralité famille ami, etc / récits et contes / contextes informels.

    La langue haute :administration média religion enseignement.

    https://www.univ-montp3.fr/uoh/occitan/une_langue/co/module_L_occitan_une%20langue_26.html

    C’est un rêve !

  • Suivant les cercles de l’appartenance : de la haute langue au parler et de l’un à l’autre, avec nourriture mutuelle.
    C’était encore le cas il y a trente ans à Bâle et Munich, à Naples et Turin ; il y a soixante ans à Colmar ; et ainsi dans tous les pays où on a, ou avait, le sens des appartenances concrètes.

  • Pour les éditions ellipses il y a le provençal et l’occitan.

    Trois livres en provençal avec la graphie provençale :
    Un des trois livres :
    https://www.editions-ellipses.fr/product_info.php?cPath=386_445&products_id=5499

    Deux livres en occitan dont l’un propose du vocabulaire gascon sous pavillon occitan :
    https://www.editions-ellipses.fr/product_info.php?cPath=386_441&products_id=8366

  • Effectivement,les mots du dernier livre sont tous en bon gascon.Dommage que la langue soit donnée comme occitane(on pourrait presque penser que c’est là tout l’occitan parlé en France ...).
    Pour ce qui est de la diglossie,c’est une façon dynamique de vivre une langue qui doit aider à maitriser un certain nombre de gymnastiques verbales.Mais c’est un équilibre instable et presque toujours très inégal comme vous le mentionnez ;à terme,la forme linguistique forte a tendance à l’emporter et faire disparaitre la faible.Chez nous je ne sais à quelle diglossie vous faites allusion:gascon et occitan ou gascon et français ? Dans ce dernier cas,la dominante serait sûrement française et il faudrait veiller à ce que le gascon ne soit pas cantonné dans des genres "bas"...Le premier cas me semble à éviter absolumant et n’est du reste pas réaliste du tout ...

  • Pour moi, c’est bien sûr la "diglossie" français gascon.
    Dans les années 90, j’ai travaillé avec des guadeloupéens et martiniquais.
    Entre eux ils parlaient très souvent mais pas toujours en créole.
    Ils étaient bilingues mais le créole est la langue du quotidien.
    Quand au livre de gascon sous pavillon occitan, c’est curieux.
    J’ai failli l’acheter chez Mollat ;Dommage qu’il n’y ait pas de fichier audio pour la sonorité. L’écriture gasconne n’est pas assez phonétique pour prononcer correctement les mots.

    A ce propos : Le Times explique également que l’espagnol est une langue plus aisée à apprendre que le français, car toutes les lettres se prononcent,

    http://etudiant.lefigaro.fr/article/les-eleves-britanniques-delaissent-le-francais-demode-au-profit-de-l-espagnol-tendance-_c1aa6026-7e04-11e8-86d7-8173784e1d0f/

  • Oui. La diglossie n’est possible qu’à l’intérieur d’une seule langue, ex. basler Ditsch / allemand standard. Autrement c’est du bilinguisme.

    Il y avait jadis (jusqu’au XIXe s.), dans la société des monolingues gascons, une sorte de diglossie entre les parlers locaux et la langue des échanges plus lointains, née par adaptation spontanée. La langue des prédications, du catéchisme, de quelques lettrés, n’était pas étrangère à la constitution de ponts interdialectaux qui auraient pu se concrétiser en une langue plus ou moins commune à toutes les régions gasconnes.

    Le bilinguisme gascon- français scolaire a créé une sorte de diglossie due à ce que le français est une langue romane (de plus au vocabulaire partiellement calqué du latin). Pourtant les parlers gascons n’étaient pas des parlers du français...
    La langue a été reléguée à des cercles de plus en plus étroits.

    Le mirifique occitan de synthèse se présente comme la super-koinè moderne à l’échelle de trente-trois départements, qui devrait éliminer le gascon. Diglossie frauduleuse.
    Et dont l’artificialité contrevient aux deux exigences de respect des parlers et de promotion d’une salutaire référence commune, qui n’est viable que dans une seule langue.
    L’occitan de synthèse en arrive même à trahir la pratique enseignante qui dans l’optique occitaniste était "dialecto-centrée" (M. Grosclaude). Qui aurait pensé que certains seraient passé si vite de l’unité graphique à l’uniformité tout court ? Symptôme d’involution et de régression.

    Ce projet panique repose sur trois idées fausses (et pas seulement sur deux postulats) : l’unité initiale de la langue occitane, la réductibilité de ses traits fondamentaux ; l’existence d’un peuple (pan) occitan.

    Or, les traits fondamentaux du gascon le distinguent dès le début du prétendu modèle occitan. Même les traits différentiels acquis du nord-occitan ne sont plus réductibles à une seule langue occitane.

    Autant une langue de référence s’impose pour chaque complexus d’oc (à supposer que le concept de "langues d’oc" soit pertinent à l’intérieur des langues romanes), autant au niveau pan-occitan c’est une machine à détruire les langues et, ne l’oublions pas, les peuples.

    Les Gascons sont-ils solubles à ce point ?

  • Les deux ou trois codes écrits du gascon ne sont pas difficiles mais il faut des enregistrements, c’est sûr.
    A ce propos, la graphie mistralienne aboutit à ce que les non initiés prononcent prouvinsO ce qu’ils voient écrit Prouvenço. Il n’y a pas d’autre solution que d’éduquer l’oreille.
    L’accent de mot et de la mélodie de phrase sont d’une des difficultés de l’enseignement de toutes les langues dites "régionales" : le poids du français-télé est universel, on parle comme le gus des infos (dans le meilleur des cas).

    Quand on entend un créole, on entend parfois des mots administratifs, des expressions, des nombres, dits en français commun.

  • Sur la diglossie :
    Il semble que la Suisse alémanique nous en donne un exemple : les habitants parlent leur langue propre, et apprennent l’allemand standard à l’école.
    Je me demande si l’allemand standard ne finira pas par remplacer le suisse alémanique, même dans l’usage courant. Mais je n’ai aucune information en ce sens.

    Sur le caractère décourageant de l’orthographe du français pour les apprenants étrangers :
    Le conservatisme en matière d’orthographe, le refus de toute réforme pour la simplifier et la rationaliser*, risquent d’accélérer le déclin du français dans le monde.
    L’anglais peut se permettre, lui, d’avoir une orthographe complexe et hétérogène !

    La graphie alibertine du gascon n’a pas les incohérences et les complications inutiles de la graphie du français, et la plupart des lettres écrites se prononcent, mais elle me semble un peu moins facile que celle de l’espagnol.

    * Le seul mot "rationaliser" avec un n alors que "rationnel" semble bien en avoir deux est un exemple de ce qui ne va pas ; combien de fois n’hésitons-nous pas aussi sur des mots dérivés de "gascon" comme "gasconniser" ?




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