Notre région, c’est la Gascogne !

Le rejet du gascon par les descendants des Gascons

Anirà mau ...

vendredi 5 janvier 2018, par Vincent P.

En lien, un article, sur la fusion des deux instituts, occitanisants : je n’ai aucune idée de ce que cela peut signifier à l’avenir pour le gascon. C’est potentiellement une bonne chose que les pays gascons de la Nouvelle-Aquitaine et d’Occitanie-PM se trouvent sous l’égide d’un même institut.

Ce qui m’intéresse bien plus, c’est l’article, et plus précisément ce commentaire, d’un utilisateur dénommé salies64 :

"Moi je n’ai rien contre à titre individuel et privé mais est-ce que cela justifie des fonds publics ? En dehors de ma grand-mère qui disait quelquefois des dictons en patois, je n’ai jamais entendu en dehors de Nadau quelqu’un parler ainsi dans mon entourage."

Voilà, nous y sommes, nous avons désormais à faire face à la première génération, dans sa trentaine je suppose, qui n’a pour la langue du pays aucun affect particulier, tout simplement car elle est à peine un vague bruit de l’enfance, ici des "dictons" de Mamie.

"Anirà mau per los Bearnés, quan lors hilhs parlaràn francés."


Voir en ligne : Langue occitane : fusion annoncée entre Nouvelle-Aquitaine et Occitanie



Grans de sau

  • La même attitude au Pays Basque serait très improbable chez quiconque a eu une amatxi bascophone, même au BAB

  • En plus, pour fréquenter assez régulièrement les forums de La Rép, je peux dire que Salies64 me parait généralement de bon sens, et même je suis souvent d’accord avec lui ! D’après ce qu’il dit, il a été élu dans une commune rurale.
    Sa réaction est d’autant plus inquiétante...

  • Faut-il vraiment s’étonner du commentaire du dénommé salies64, a fortiori s’il s’agit d’un trentenaire ? A Salies comme ailleurs, je connais maints octogénaires ruraux qui n’ont plus que le français comme langue usuelle alors qu’ils possèdent encore une certaine connaissance, résiduelle et partielle, du "patois". Ne nous voilons pas la face, les vieux qui en avaient encore une pratique courante et usuelle ne sont plus de ce monde.
    Tout le monde n’est pas occitaniste et encore moins gasconniste. L’indifférence de ce gars envers l’ancien vernaculaire est donc représentative de l’immense majorité des gents de moins de quatre-vingts ans (en étant gentil). C’est en effet inquiétant, et triste à la fois ajouterai-je, mais c’est la réalité de nos jours.

  • J’ai répondu ceci sur le forum de "Sud-Ouest"* :
    @salies64 L’occitan, le gascon, le béarnais, c’est ce que nos ancêtres ont parlé pendant 1000 ans. Le gascon a un substrat bascoïde qui remonte à 2000 ans (avant la romanisation) ; il est plus proche du castillan (ou espagnol) que du français, et ça veut dire beaucoup ; les noms de nos villages et surtout de nos lieux-dits le parlent encore... c’est la langue maternelle de nos ainés, surtout à la campagne... c’est l’origine de l’accent régional. C’est notre histoire, notre identité, donc c’est important. Donc, on finance !

    *Je connaissais @salies64 des forums de La République des Pyrénées, mais je pense que c’est lui également sur Sud-Ouest.

  • Je vais m’exprimer en gascon pour être compris du plus grand nombre.

    Vous comptez disserter sur le commentaire d’une des nombreuses personnes qui passent leur journée à critiquer les initiatives locales et/ou nationales dans la presse quotidienne régionale ? Vous n’avez pas fini d’en parler.
    Ce genre de personne ne représente pas la majorité des Gascons, et ce n’est pas parce qu’il a le nom d’une jolie petite ville béarnaise accolé au ridicule 64 (ça fait "gens d’ici") que sa parole est d’or !

    Faute d’enquête sur la conscience identitaire des Gascons, mon ressenti est tout autre. Certes, la langue est beaucoup moins utilisée. Mais, ceux qui la parlent, ou en parlent, ont au moins ce fort sentiment de défendre une langue universelle. J’ai le plus grand respect pour nos aïeux mais le terme "patois" a enfermé bon nombre d’entre eux dans une langue qui ne serait plus la même à 20 km de chez eux.
    Alors oui, les défenseurs de la "culture nouste" ne sont pas légion, mais grâce à la facilité d’accès à l’information, à Internet, à de superbes sites comme celui-ci, la conscience du fait gascon, contrairement à la pratique de la langue (malheureusement), est de plus en plus réelle.

    Pour résumer, je suis plus optimiste en voyant cette nouvelle génération consciente qu’avec l’ancienne génération qui, certes, parlait la langue, mais qui n’y joignait que très peu de sens historique.
    Je ne suis donc pas d’accord avec Danièl quand il trouve que les moins de 45 ans sont moins sensibles à notre culture. J’observe une société qui se polarise sur le thème des identités dites régionales : plus de personnes avec une vision "Jacobine" (pour preuve la tendance FN, la nostalgie révolutionnaire mélenchoniste) mais aussi plus de défenseurs de la langue, de l’architecture, du chant, de la danse.
    Lavetz, avisatz-ve !

    Bona anada aus gasconautes (aus administrators tanben !) / Boune anade aus gascounautes !

  • Merci au Trufandec pour ses voeux et ses propos encourageants de toutes les façons.
    Le frémissement sympathique aux identités régionales comme la nôtre, en particulier au sein des jeunes générations, est réel mais minoritaire. Un glissement vers une sorte de jacobinisme de fait ou d’indifférence rejoignant le jacobinisme idéologique existe aussi,fait de considérations parfois bassement matérielles ou budgétaires comme celle évoquée par Tédéric.C’est un phénomène sociologique encore plus que politique.Polarisation en effet.Qu’en sortira-t-il ? Personnne aujourd’hui ne le sait.
    Da’n avant !

  • Merci de vos voeux encourageants !
    Il est urgent de mettre un nom - gascon, Gascogne, etc. -, sur ce qui reste de l’identité et qui se vit sur plusieurs plans, de réunir sous la même coupole gasconne ce qui concerne l’architecture, les jeux, la langue, l’agriculture... Quand ces centres d’intérêt dispersés seront ainsi reliés dans l’esprit public, un "logiciel gascon" fonctionnera et les fractures majeures sur ces questions se révéleront encore plus.
    nomen - omen.
    Les gasconistes ont certainement manqué le coche à la fin du XIXe siècle. Après il y a eu la grande guerre, puis la fin de la société traditionnelle-rurale entre 1930 et 1960. Il est temps de faire l’audit des cinquante dernières années.

  • Le sentiment identitaire pouvait résulter jadis de l’attachement au patois, mot originellement sans valeur péjorative, pour désigner le "sermo patrensis" (Cicéron désignait ainsi le latin de Rome, auquel les élites préféraient le grec), la langue des pères, apprise oralement en famille, mais que l’on n’écrivait pas.
    Quand les parents ont compris que cette langue d’usage local ne permettait pas de sortir des alentours de leur village, ils ont renoncé à le transmettre à leurs enfants, notamment pour ne pas gêner l’apprentissage du français, langue de la promotion sociale.
    Ces enfants ont quand même gardé la nostalgie du parler de leurs parents et grands parents, comme des veillées au coin du feu. Cette nostalgie est le ressort de l’adhésion à des associations comme l’I.B.G. et de la fréquentation de Siros.
    Mais cette génération est celle des 80 ans ! et ceux qui ont le courage d’essayer d’apprendre ce vieux patois ne doivent pas être 500 sur l’ensemble de la Gascogne !
    Il ne reste donc que l’histoire locale pour fonder une identité. Mais là encore, qui a le courage de l’étudier, et de fonder des associations chargées de la retrouver et de l’enseigner ?
    Quant à enseigner aux enfants le patois habillé en "occitan", c’est de l’argent public jeté en l’air et, pire encore, une malhonnêteté envers les enfants eux-mêmes, car ils ne vivront jamais dans une société qui use de cette langue.

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    De “patois” à “langues régionales”
    Jean Lafitte
  • Je pense que les composants voire les mécanismes du sentiment d’appartenance sont un peu plus compliqués et variés qu’un simple attachement au "patois" de quelque nom qu’on le nomme.Il y a des gens en Gascogne(et a fortiori en Béarn)qui sont attachés à leur identité sans avoir de rapport à la langue des pères,même de façon purement symbolique.Il s’agit aujourd’hui d’essayer de faire coincider ces diverses formes d’attachement,je pense.Et à bien des égards dans la situation actuelle un attachement à la langue (et l’apprentissage éventuel de celle-ci) peut être une conséquence de ce mécanisme de réappropriation,pas nécessairement son origine.

  • "dans la situation actuelle un attachement à la langue (et l’apprentissage éventuel de celle-ci) peut être une conséquence de ce mécanisme de réappropriation,pas nécessairement son origine"

    Phrase à recopier en rouge, souligner, encadrer.

  • Patois "on ne l’écrivait pas".
    Là est bien le problème car, dit plus clairement, c’est, c’était la langue des analphabètes.
    La promotion et le progrès passe par l’alphabétisation et celle ci s’est faite en Français. Posez vous la question pourquoi ? et de quel droit ?
    Pourquoi n’a t elle pas continué à se faire en "roman" comme au moyen âge ?
    C’est ainsi que la langue romane de nos textes médiévaux littéraires et administratifs (Gascon, Occitan, écrits à l’orthographe normée) a été insensiblement rétrogradée en patois, langue des attardés et des exclus du progrés.

  • Le forumeur (horumaire / hourumaÿre !) Salies64 a été pris par Vincent en exemple de la nouvelle indifférence générationnelle envers la vieille langue.

    J’ai ensuite dit, en supposant que c’était le même, que Salies64 disait souvent des choses qui me plaisaient. En voici un exemple tout frais à propos de la "fuite en avant consumériste" ; ici il s’agit de la consommation de meubles de mauvaise qualité portée par les grandes chaînes commerciales, alors que des meubles de meilleure qualité produits avant sont vendus pour pas cher dans le circuit d’occasion, si on n’en hérite pas tout bonnement.
    http://www.larepubliquedespyrenees.fr/2018/01/20/le-projet-d-alinea-a-lons-est-mort-et-enterre,2263153.php
    Dans ce forum de "La Rép", qui porte sur un projet de grande surface par une chaîne du meuble, à Lons (Béarn), Blonde64 intervient ensuite pour apporter de l’eau au moulin de Salies64 (l’étiquette 64 se porte mieux que "Béarn" ou "Gascogne" !).

    Je pense que ces questions de modèle de consommation et de distribution commerciale sont vitales pour la Gascogne : l’idée est de favoriser des bassins locaux de production-consommation-recyclage, éventuellement fédérés sur une région, la nôtre bien entendu !

    J’en ai déjà parlé dans d’autres hius : Les chaînes de la mobilité (sur les boulangeries-pâtisseries)




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