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Gentilés du Pays Basque

Influence du gascon

jeudi 13 juillet 2017, par P. Dibon

En Pays Basque, il convient, pour former les gentilés, d’utiliser les noms basques des communes auxquels on greffe le suffixe dédié -ar / -tar (-dar).
Ainsi, les habitants les habitants d’Alçay sont les Altzaiar (Altzai + -ar), ceux de Lantabat les Landibartar (Landibar + -tar), ceux d’Ascain les Azkaindar (Azkain + -dar) etc.

Dans les communes sharnègas où la langue gasconne est (était) parlée, les gentilés gascons (ou basques d’inspiration gasconne) côtoient les gentilés basques. Ce sont ceux qu’on utilise aujourd’hui en français.

SUFFIXE -és (passé -es en basque)

  • Bayonne : basque baiones (ou baionar)
  • Le Boucau : basque bokales
  • Esquiule : basque eskiules (ou eskiulatar)
  • Montory : basque montories (ou montoriar (voire beroriztar, du nom ancien Beroritz)

SUFFIXE -òi

  • Anglet : anglòi en gascon, angeluar en basque
  • Arancou : arancòi en gascon, erangoar en basque

SUFFIXE -òt

  • La Bastide-Clairence : bastidòt en gascon, bastidar en basque
  • Bergouey : vergüeiòt en gascon, burguetar en basque
  • Biarritz : biarròt en gascon, biarriztar (ou miarriztar) en basque
  • Bidache : bidaishòt en gascon, bidaxundar en basque
  • Guiche : guishòt en gascon, gixundar en basque
  • Saint-Pierre-d’Irube : sent pierròt en gascon, hiriburutar en basque
  • Sames : samòt en gascon, samaztar en basque

Quelqu’un connaîtrait-il les gentilés gascons de Bayonne, Boucau, Gestas, Lichos, Osserain, Rivareyte, Urt et Viellenave ?



Grans de sau

  • Le problème sur ces questions, c’est qu’il est aujourd’hui impossible de démêler ce qui relève de la véritable tradition populaire des néologismes du siècle passé.

    - Prenons le cas de Montory, commune souletine, voisine du Barétous en Béarn.

    Déjà, il convient de s’interroger sur la forme Beroritze : seule une mention par Jacques de Béla au XVIIème siècle donne ce nom pour Montory, sans trop d’assurance il semble. Cela fleure bon sa recréation du XXème siècle sur la seule foi de cette attestation, pour remplacer un Montory jugé trop roman d’apparence, bien que cité tel quel depuis le XIVème siècle.

    Aussi, dans cette optique, je défie quiconque de trouver un Souletin natif qui aurait appelé un habitant de Montory un beroriztar. Le nationalisme basque n’a vraiment pas fait le travail de démystification nécessaire.

    Ensuite, il est nécessaire de replacer la commune dans son contexte. Montory, bourg royal, a manifestement été un foyer de peuplement roman massif. La question est de savoir dans quelle proportion Montory était bilingue : aucune étude n’a été menée, que je sache.

    Il est fort probable que comme dans le cas d’Esquiule, commune béarnaise historiquement, où le basque est parlé sur les 2/3 ouest du territoire communal, commune pour laquelle une étude a été menée, la frontière passait de ferme en ferme, et pouvait évoluer sur une génération au gré des mariages (l’étude montre que c’est le basque qui progressait, face au gascon béarnais en décrépitude, substitué par le français).

    C’est dans cette optique que le gentilé montories, clairement pris sur la forme romane montoriés, a été emprunté par les bascophones de Soule. Une question se pose alors : montoriar est-il une forme attestée naturellement dans la bouche des locuteurs de souletin ? Ou est-ce une recréation tendant à expurger un romanisme ?

    La même question se pose pour baiones, dont il semble qu’il a toujours été la seule façon de nommer les habitants de Bayonne : il conviendrait de vérifier dans des textes un peu anciens, ou mieux, dans des chansons, si baionar était utilisé sans discrimination.

    - D’autres cas m’interpellent, notamment Bergouey et Sames. Il est une chose de connaître les noms basques de ces communes, il en est une autre de connaître les gentilés en basque.

    La problématique est la suivante : qu’est-ce qui nous assure que des locuteurs naturels de basque, par exemple de Biscay ou Charritte en Basse-Navarre bascophone voisine des terres gasconophones, disaient bel et bien burguetar ?

    Il n’est pas douteux que Burgue était le nom basque de Bergouey (toponyme roman, mal interprété par les voisins bascophones comme burgu "bourg"), et qu’une dérivation normée de ce toponyme aux fins de former le gentilé aura donné burguetar. Mais quelle preuve avons-nous que c’était bel et bien le cas ?

    C’est là la forme retenue, normalisée par l’Euskaltzaindia, mais je constate que bien souvent, les formes retenues sont tout simplement les formes en -ar, alors même que des formes en -es prises au roman étaient utilisées.

    Je dis cela sans aucun esprit de polémique, juste qu’il est déjà extrêmement difficile de connaître les gentilés gascons de ces communes, alors obtenir un gentilé local dans une forme en basque pour un village gasconophone, dans un ancien monde où le canton était déjà un univers en soi ... Bref, il faudrait tomber sur un texte folklorique du XIXème siècle dans lequel un habitant de Masparraute parle de quelqu’un de Viellenave-sur-Bidouze, un texte en basque, ou alors sur une entrée de dictionnaire qui contiendrait cette information.

    Côté gascon, il n’y a que le Palay et il est très incomplet sur la question. Resterait une enquête sur place, mais les locuteurs actuels ont-ils hérité de cette information ?

    - Nous rejoignons finalement la dernière question de Peio :

    Quelqu’un connaîtrait-il les gentilés gascons de Bayonne, Boucau, Gestas, Lichos, Osserain, Rivareyte, Urt et Viellenave ?

    Bayonne et Le Boucau, cela ne pose aucun problème ! C’est baionés et bocalés, les formes empruntées par le basque pour désigner la même chose. Les autres communes, sauf mention à fouiller dans des textes locaux (je pense à l’œuvre de Yan dou Sabalot de Gestas pour les villages de la vallée du Saison), je pense que nous ne saurons jamais. Ce qui laisse libre cours à toutes les inventions, aux normalisations.

    L’authentisme pour l’authentisme ? A quoi bon parfois ...

  • Il conviendrait en effet d’enquêter sur le terrain et continuer à consulter les quelques rares sources écrites afin de débusquer les gentilés utilisés naturellement tant en basque qu’en gascon.

    Je ne pense pas que le fait de préférer en basque des formes basques en -ar soit une récréation tendant à expurger un romanisme !
    Il peut être regrettable d’oublier ces formes romanisées mais on ne peut reprocher à l’académie basque de conserver voire créer (ou ressusciter) des gentilés basques réguliers.

    Il faut quand même nuancer ces propos, car pour Bayonne et Boucau, les formes en -es sont bel et bien usitées par Euskaltzaindia.
    Baiones est favorisé en basque pour les habitants de Bayonne, Baionar étant considéré comme une seconde forme (plus basque, mais conservant son 2nd rang).
    Pour les habitants du Boucau, c’est aussi Bokales (et seulement Bokales) qui est employé par l’académie.

    Pour Esquiule, la forme Eskiulatar est attestée tant à l’écrit qu’à l’oral, et continue à être usitée localement. C’est donc assez logique qu’elle soit choisie par l’académie.

    Pour Montory, je ne sais pas si les formes en -ar sont attestées. Il faudrait là encore faire un peu de collectage, je pense que les habitants et voisins détiennent cette information. Mais la forme basque Monto[r]ies semble encore bien présente, une locutrice quinquagénaire de Basse-Soule l’utilisant naturellement (malgré l’éloignement géographique).

    Pour Osserain, la forme basque Oza[r]aintar est elle aussi utilisée naturellement par les bascophones. Quid d’une forme gasconne.

    Pour Bergouey et Sames, les gentilés gascons en -òt sont biens connus. Mais aucun gentilé basque en -es n’est pour l’instant attesté. Il est donc là encore logique qu’Euskaltzaindia privilégie des formes en -ar, qui bénéficient qui plus est de sources écrites et orales.

    Bergouey : Pierre Lhande mentionne dans son Dictionnaire Basque-Français de 1926 le gentilé Bürgüar (forme souletine). Jean-Baptiste Orpustan cite lui la forme Burguetar(r), forme reprise par l’académie lors des travaux de 1979 puis 2003. Aucune forme orale n’est encore attestée. C’est donc léger en attestations, mais c’est déjà plus qu’une hypothétique forme en -es.

    Sames : Le gentilé basque Samaztar, choisi par Euskaltzaindia en 1979 et à nouveau en 2003 ne dispose d’aucune attestation, ni écrite, ni orale. Cependant, les Bardoztar (habitants de Bardos) utilisent en basque un gentilé en -tar pour désigner les Samòts  : Samestar (Samese étant la forme employée localement). J’ai collecté cette forme auprès de 4/5 locuteurs différents.

    Notons le cas de Viellenave, qui dispose d’un gentilé basque (le gentilé gascon est encore inconnu) cité par Jean-Baptiste Orpustan Erreitiar(r) (Erreiti étant le nom basque de Viellenave), repris en 1979 et 2003 par l’académie.

    Je pense réellement que les informations manquantes peuvent encore être collectées localement.




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