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Har véder la nosta lenga #4

Valorisation des noms de lieux

mardi 16 août 2011, par PJM, Tederic Merger

Comment établir une « forme gasconne recommandée » ?
Proposons quelques éléments de réflexion méthodologique.

Graphies, phonèmes, sons

Plusieurs éléments d’ordre linguistique jouent un rôle dans l’établissement de
la forme recommandée.
L’un des plus importants est la tradition graphique, qui s’étend sur plusieurs siècles.
Elle livre pour chaque époque des formes dont l’interprétation révèle
la composition et le sens du toponyme. On reconnaît ainsi les normes des
différentes époques, aisément adaptables dans le système orthographique
moderne choisi (quel qu’il soit) puisqu’elles font partie de l’histoire de la
langue.

Spécificité de l’écriture des noms de lieux

La graphie des toponymes et des anthroponymes a ses principes propres, qui ne sont pas systématiquement ceux de la langue de communication verbale écrite.
Les formes anciennes écrites sont partie intégrante du « patrimoine populaire ».
On ne devrait pas en principe opposer formes parlées actuelles et formes écrites anciennes, si l’on considère qu’elles s’épaulent et s’éclairent mutuellement.
La phonétique, constat ponctuel et local, permet de constater l’évolution
des sons, les divergences dialectales, les innovations (usures, substitutions,
réinterprétations) et les conservatismes (y compris d’une génération à l’autre).
Elle n’autorise pas toujours en revanche la constitution d’une forme écrite, qui
ne relève pas de la description, du constat, mais de la normalisation graphique.
Attention donc au maniement des données.

La réflexion et le choix

La valorisation ou le rétablissement d’une forme gasconne écrite ne peut se
faire sans principes cohérents. La hiérarchisation des informations est le premier gage de rigueur souhaitable. La description facilite et justifie en partie le choix.

Si l’on veut établir une signalisation graphique publique qui valorise le
gascon, il faut établir un « principe de pertinence » qui permette l’analyse, non
la décision, qui ne vient qu’après : les propositions normatives seront toujours
distinctes du collectage des formes et des interprétations.

Forme écrite et forme orale

a) la nature même du nom ;
b) son vêtement graphique.

Pour l’essentiel on peut répartir les toponymes suivant leur degré de
gasconnité linguistique, au sens large, c’est-à-dire suivant leur plus ou moins
forte participation à la langue.
Par exemple : Cazaux, Cazeaux, sont totalement gascons.

La graphie est autre chose puisqu’un nom peut se plier à des normes diverses,
qu’on jugera plus ou moins pertinentes. C’est à l’intérieur de cette deuxième
question que se déroule la confrontation des graphies.
Par exemple : Cazeaux est écrit dans une graphie française plus ou moins
acclimatée.

Ainsi pour Éauze : /’ewzo/, la prononciation, quelle que soit la graphie, fera
problème. Mais la forme officielle même déconcerte les étrangers à la région,
pour peu que l’accent soit omis sur l’initiale.
Peyrehorade, Hagetmau ou Puyoo ne sont pas beaucoup plus simples, et personne ne les conteste.
La ville affiche Euzo, ce qui est cohérent mais se lirait /ewzu/ (‘ewzou’) en code IEO. On voit par cet exemple que la finale demandera réflexion : -o, -a, -e.

Mais la subjectivité n’est ici que l’intuition d’un problème sous-jacent, auquel
on peut réfléchir puisque la régularité du système choisi implique une norme.

La préférence donnée à Maremne sur Maremna se justifie par des éléments
d’histoire et d’étymologie (DISCUSSION HL).

À une lettre près, la nécessité d’un panneau Mirande / Miranda se discute
(TM).
Mirande ne peut être tenue pour français, mais il faut considérer la
signification du -e par rapport à la phonologie et l’évolution de la finale dans
une partie du domaine gascon.
Théoriquement, s’il s’avère que Mirande est une
francisation, il n’y a pas lieu de refuser le couple bilingue, mais celui-ci serait
alors tellement proche du digraphisme qu’il en paraîtrait artificiel.
Un principe d’économie (pas financières, mais orthographiques) inciterait à ne rien changer.
Ce qui reviendrait à un refus de signalétique pour raison pratique qui ne ferait pas l’unanimité. La solution serait une refonte administrative officielle.

Le cas de Marmande est encore plus discuté, puisque cette commune se situe dans la zone où l’on prononce /ə/ la finale écrite –a ou –o selon le système adopté, de sorte que Marmande semble la forme la plus appropriée à rendre compte du gascon.
Un panneau Marmande / Marmanda n’est-il pas contre-productif pour la langue ? (TM)

N.-B. : Pour l’opinion commune, Mirande fera français, à la rigueur « français
du Midi ».

TM signale le cas de Levignacq (discussion sur le site G.C, rubrique lòcs).
Si Aubinhac s’est perdu, estime PJM, il vaut mieux ne pas jouer les puristes.
Si la forme gasconne est depuis très longtemps /leviñac/, autant normaliser
Levinhac et indiquer sur un éventuel guide qu’"une forme étymologisante
serait Aubinhac, forme très ancienne".
C’est le problème de Rosporden, jadis Rospreden, qui est très beau mais trop lointain (bien que toujours utilisable), ou celui de Rappoltsweiler vs Rappweiler pour ’Ribeauvillé’ : La signalisation n’est pas de l’archéologie et si utile qu’elle soit l’étymologie doit tenir compte de la
langue et des formes gasconnes officielles.
Il y a certes une part de subjectivité dans cette position, mais la ’réception
du nom’ compte aussi. Il faudra donc introduire cette notion des "formes
évoluées" dans la théorie. Ce ne sont pas des formes abâtardies comme le
serait °L’Evignat. Ce ne sont pas non plus des abréviations affectives comme
Hayet pour Hagetmau. De quoi ajouter un paragraphe au moins.
Par contre, le -nh- étant la graphie pour /ñ/, Levinhac s’impose, quitte à faire du digraphisme (PJM).

Le cas de Réaup indiqué par TM est exemplaire (EXPOSÉ).
Comme la forme connue est Réaup, Arriaup serait très bien parce que ar- est
l’un des traits fondamentaux du gascon. Ici, c’est la valeur du nom par rapport à la langue qui détermine son adoption.

On voit par ces réflexions combien les questions sont imbriquées.



Grans de sau

  • Quelques notes de brouillon pour fixer ma réflexion en cours :

    Il s’agit de valoriser le gascon.

    Cette valorisation peut porter sur le nom lui-même, quand il a été déformé, dénaturé, ou, au pire, traduit.

    Elle peut aussi porter sur la manière dont on l’écrit, donc sur la graphie.

    Ce sont deux choses différentes.
    Mais c’est compliqué : le choix d’une graphie officielle inadaptée peut finir par dénaturer le nom (Bordeaux qui finit par imposer un nom "Bordo" qui n’est plus du tout gascon, Eauze).

    Il peut donc y avoir deux cas, et des cas intermédiaires ou mixtes, où il est utile de proposer une forme alternative au nom d’une localité :

    - rétablissement de l’intégrité gasconne du nom

    - proposition d’une graphie plus à même de faire sentir et de conserver le caractère gascon du nom.

    Exemples :

    "Bordeaux" : dénaturation du nom par la graphie ; le "eaux" final n’a aucune légitimité, il francise le nom, lui retire son caractère gascon : assimilation à ... BORDEAUX-EN-GATINAIS [45 - LOIRET] !

    solution : rétablir la diphtongue "ew" ; dans un premier temps, ne nous censurons pas pour la graphie : Burdew, Burdeu, Bordèu, Bourdeou... ; dans un deuxième temps, il faudra choisir la meilleure graphie !

    "Eauze" : comme dans "Bordeaux", il y a dénaturation, due aussi au fait qu’une graphie française ne peut pas noter une diphtongue.
    La graphie officielle met en péril la diphtongue du nom, qui est un marqueur de gasconitat.

    solution : une regasconnisation du nom qui permet de reconnaître la diphtongue. Graphies possibles : Ewzo, Euso, Éusa, Eusa...
    Eouzo/Eouze... sont-elle capables de suggérer l’existence d’une diphtongue ? Je pense que non.

    "Marmande" ne dénature pas le caractère gascon du nom, et permet une prononciation correcte. On peut proposer le "a" pour voyelle finale atone, mais c’est une question de graphie.

    "Mirande" (prononcé en gascon local Mi’rando) n’est admissible que si on considère que le "e" est une graphie englobant la prononciation en "o" atone.

    A suivre...

    • Notes de brouillon :

      - La forme parlée ne peut guère être transmise que par l’usage oral. Il est vrai qu’une forme Bourdeu, même prononcée /bur’dö/ serait meilleure que Bordeaux /bordô/, et Bourdèù encore meilleure, comme guide.

      - La forme écrite ne devrait faire l’objet d’un doublage signalétique que dans les cas de francisation manifeste. Oui, il y a des degrés d’urgence.

      - Pour Ichoux, la faute a été faite officiellement il y a longtemps. Que n’a-t-on choisi Ichouss !
      Leçon : toujours joindre une notice sur la prononciation quand on présente un répertoire au grand public. Mais sur un panneau c’est impossible.
      Le cas d’Eauze montre bien qu’il est impossible de passer par une graphie française pour rendre compte du gascon,comme du sud-occitan. Mais les gens se fondent sur la graphie française, qu’ils utilisent, et sur la phonologie du français. La question est donc bien celle de la langue et de sa transmission. Il ne serait pas inutile d’écrire aux entreprises et services concernés par la langue parlée (Delpeyrat /dèlpè’ra/ !). L’alignement des prononciations est généralement spontané, même quand il s’accompagne d’un complexe entretenu.

    • Je propose de noter le degré d’urgence de zéro à 5.
      Ce serait l’EUSO (Echelle d’Urgence de Signalisation d’Origine) !-)

      0/5 : pas besoin (ex : "Anglet") ; quoique... bientôt, il faudra trouver quelque chose pour que le "t" final soit prononcé comme il se doit...

      1/5 : ex : Marmande (pour la voyelle finale, laisser la possibilité d’harmoniser avec un choix général pour la Gascogne)

      2/5 : ex : Labouheyre (diphtongue ey à mettre en valeur, "h" non justifié, coupure à faire avec l’article, article negue "le" à envisager)

      3/5 : ex : Ychoux (gros problème avec le "x", inutilité du "y", le "ch" peut aussi se discuter), Eauze (diphtongue, nécessité de conforter une pratique d’affichage déjà installée- Euso- qui peut disparaitre), Bordeaux (surtout diphtongue finale remplacée par l’anti-gascon "eaux")

      4/5 : ex : La Romieu (mauvaise coupure, diphtongue)

      5/5 : trouver un cas particulièrement insupportable !-)

    • Quel degré d’EUSO pour Eaux-Bonnes ? En fait, cette francisation totale, qui peut se corriger par un panneau alors effectivement et vraiment bilingue, est moins grave qu’une totale dégradation du nom.

    • Je mettrais bien 4/5 à l’EUSO pour "Eaux bonnes".

      Mais je ne connais pas bien l’histoire de ce nom français : une forme gasconne a-t-elle préexisté, ce qui ferait qu’il y a eu effacement volontaire ? Ou alors, c’est un nouveau village créé au plus fort du pyrénéisme thermal, à un moment où il était inimaginable de nommer en "patois" des lieux qu’on voulaient chics ?

      En tout cas, je connais une belle chanson, où c’est "Aigas bonas" qui est dit : "Las damas d’Aigas bonas, vadudas Diu sap on..." :
      "Lo capulet roi / Lou capulet rouÿ"

    • Eaux Bonnes était un lieu-dit dit "Las Aygues Bounes". La francisation la plus intolérable est que l’article n’est plus usité en français : on dit désormais "Je vais à Eaux-Bonnes" alors que ma famille allait en vacances "aux Eaux-Bonnes".

      Même phénomène pour "Le Boucau".




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