Lexique français-gascon d’Escource et de la Grande Lande

- Halip Lartiga

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Lexique français-gascon d’Escource et de la Grande Lande
Élaboré par Halip Lartiga d’après LO DICCIONARI
GASCON-FRANCÉS de Pierre MÉAULE (1894-1992).

Grans de sau

  • Je retrouve ce travail fait il y a des années et il faut tout de même que j’apporte quelques précisions. Ce lexique a donc été réalisé à partir du dictionnaire de Pierre Méaule d’Escource. Cet ouvrage remarquable est bien plus riche et documenté que celui d’Arnaudin dont il a d’ailleurs repris la matière.
    Dans sa préface manuscrite, comme l’est tout le document, Pierre Méaule parle d’un travail de 40 ans et ce dictionnaire est malheureusement trop peu connu et diffusé.
    Ce petit lexique, dont je suis le simple copiste, n’est en fait qu’un échantillon lexical des mots qui m’ont semblé, très arbitrairement, les plus intéressants du point de vue idiomatique. Je parle d’échantillon car l’original, qui compte environ 450 pages, avec une moyenne de 30 mots par page, totalise donc entre 13000 et 13500 entrées.
    C’est donc, pour notre dialecte gascon landais (je dis bien landais, pas chalossais. En gros la partie nord-occidentale du département des Landes et une petite partie sud-occidentale de celui de la gironde, hors bassin d’Arcachon), l’outil le plus complet dont on dispose.
    Une numérisation et une édition seraient nécessaires, avec mise en regard de la prononciation en API (voire un enregistrement pour chaque mot) de notre gascon "noir".
    Mon travail de mise en graphie normée ne rend absolument pas la phonétique. D’ailleurs, aucun choix graphique ne peut rendre cette musique, sauf l’API où les enregistrements, comme je l’ai dit. Donc, les querelles sur la graphie sont stériles puisque tout choix graphique, aujourd’hui, est sous-tendu par un parti-pris idéologique, même si ceux qui le promeuvent s’en défendent avec beaucoup de mauvaise foi.
    Pour ce qui est du gascon "noir", beaucoup de ceux qui l’utilisent mais dont ce n’est pas l’idiome originel n’en maîtrisent pas la prononciation ni même l’écriture (sauf exception, comme Vincent Poudampa qui s’applique vraiment à bien restituer notre parler quand il le chante). C’est cela qui entraîne, à l’écrit et à l’oral, de nombreuses erreurs de prosodie, d’accentuation et autres approximations où on ne sait pas très bien démêler les sons spécifiques oe/eu/è/é dont seul un landais locuteur natif est capable de se dépatouiller.
    Si je me mets à essayer de parler béarnais ou bigourdan, par exemple, viendra un moment ou le locuteur natif et naturel se rendra compte que je ne suis ni béarnais ni bigourdan, malgré mes efforts et la connaissance que j’ai du gascon pour l’avoir aussi étudié de manière scientifique. Ce n’est pas grave en soi, ça l’est plus quand les erreurs sont gravées sur des supports qui vont durer et, plus que la parole des indigènes, faire malheureusement référence.

  • Adixatz, je vois que nous ne vous avons pas encore répondu. On dit "lo (la) melher" (prononcer lou meille). Ce qu’il y a de mieux se dirait aussi "çò de gencer" (prononcer so de yence).

  • Adishatz
    Je dirais +/– comme GSG.
    Quelques exemples, avec l’accent de Dax :
    — 
    çò de miélher / çò de mei bon
    ço de myeuille / ço de meuy boung (ce qu’il y a de mieux, de meilleur)
    Plus rare : çò de géncer / ço de yeunce (ce qu’il y a plus beau)
    Pour mes enfant je veux ce qu’il y a de mieux dans la vie :
    Entaus mainatges que voi çò de géncer de la vita /
    Entous maynadyes que bouy ço de yeunce de le bite
    (littéralement : "ça de plus beau de la vie")
    — 
    le/la meilleur(e) : lo miélher / lo mei bon ; la miélher / la mei bona
    la plus belle fleur : la géncer flor (eslor) / le yeunce flou (eslou)
    miélher et géncer sont invariables en genre.
    — 
    la garbure la meilleure (c’est celle de Marie) :
    la garbura mei bona (qu’ei la de Maria) /
    le garbure meuy boune (qu’ey le de Marie)
    (ne pas répéter l’article)…

  • Bonjour à tous,

    L’ami Eric Badets de Parentis, à qui j’ai récemment prêté le dictionnaire Méaule, l’a entièrement scanné. Maintenant, notre infatigable Eric a réussi à motiver une équipe d’une quinzaine de personnes (jeunes semble-t-il) qui s’emploient à tout entrer sur ordi pour avoir une version numérisée et donc, avec possibilité de faire plus tard une version avec les entrées en français. D’après nos derniers échanges aujourd’hui (je suis chargé de relire et corriger), nous en serions à 143 pages déjà faites. S’il y a des volontaires pour aider, ça ira encore plus vite. Vous pouvez vous mettre en relation avec lui. C’est un travail qui peut sembler fastidieux mais c’est en fait très intéressant, passionnant en ce qui me concerne, car on découvre toute la richesse de notre langue gasconne, dans sa variante du Born et de la Grande Lande. La graphie de l’auteur est scrupuleusement respectée, ce qui rend plus facile la véritable prononciation des mots. Le problème avec la graphie normalisée c’est justement que, dans un contexte de perte généralisée de la langue et donc de compétence en ce qui concerne sa prononciation, presque personne n’est capable de prononcer correctement. Donc, il vaut mieux avoir d’abord une graphie de type "phonétique", qui permet de restituer à peu près la musique des mots, ensuite on peut tenter la graphie normalisée. Sinon, c’est mettre la charrue avant les boeufs et les résultats sont souvent catastrophiques.
    Ensuite, si quelqu’un veut se lancer dans l’adaptation en normalisé, rien ne l’en empêchera. Mais il faudra veiller à bien préciser, entre crochets, la trancription API.
    Je ne suis pas un adversaire de l’écrit normalisé, bien au contraire, je l’utilise et ai toujours publié ainsi. Cependant, son utilisation systématique et exclusive, sans tenir compte de la réalité de l’état de notre langue, est à mon sens une erreur tactique et un manque de pragmatisme. Faute d’une alphabétisation précoce en gascon, version normée, s’obstiner à n’avoir recours qu’à cette solution est voué à l’échec. Si le gascon était encore la langue usuelle de la plupart de nos compatriotes et qu’elle était enseignée de manière normale, aussi bien à la maison qu’à l’école, la situation serait tout autre. Mais ceci n’est pas la réalité comme nous savons tous, et vouloir ignorer la réalité est une posture qui peut se révéler désastreuse.
    Le désir, dans le mouvement occitaniste, de redonner de la fierté aux locuteurs, en montrant leur langue sous ses plus beaux habits classiques, était tout à fait louable. Je comprends parfaitement le but qui était le leur et j’y souscris pleinement. Il s’agissait de sortir le gascon et les autres langues d’oc de l’ornière folklorique (au sens péjoratif du terme) et patoisante. Malheureusement, l’occitanisme n’a pas réussi à enrayer le déclin du gascon et, malgré tout ce que je peux lui reprocher, il serait bien malhonnête de lui en faire porter l’unique et totale responsabilité. Nul ne sait ce qu’aurait donné un choix gasconiste et nul ne le saura jamais. D’autres forces, bien plus délétères, étaient à l’oeuvre et jouaient contre nous. Le rouleau compresseur de la République française était bien trop puissant.

    • D’abord bravo à Eric Badets, et aussi pour savoir motiver des jeunes !

      Quant à ton diagnostic sur les choix de graphie, Halip, je le partage mot pour mot.
      Il est juste de dire que les occitanistes ont voulu redonner sa dignité à la langue, et donc leur fierté à ses locuteurs, en l’écrivant par un code propre et cohérent.
      Ce qu’ils ont manqué, c’est que la masse des locuteurs non lettrés (qui existait encore à ce moment là, il y a bientôt un siècle) ne pouvait pas être sensible à ces prouesses graphiques, qui en même temps lui rendaient sa langue illisible.

  • Bravo à Eric surtout, moi je ne suis que le contrôleur des travaux finis et c’est lui qui se tape toute la coordination de ce travail. C’est lui qui a réussi à motiver les jeunes qui font le boulot.
    Oui Tederic, je sais que nous pensons la même chose, depuis longtemps.
    Je sais que j’ai la réputation d’être un antioccitaniste rabique, ce qui est vrai sous certains aspects et je n’ai rien fait pour que ça soit autrement. Mais je sais aussi qu’ils ont essayé, les historiques du moins, de dépoussiérer les étagères d’un régionalisme moribond et suranné (auquel ils devaient tout de même beaucoup puisque, sans Félibrige, il n’y aurait pas eu d’occitanisme).
    Ce que j’ai toujours reproché, et que je continue à reprocher, à certains d’entre eux, surtout contemporains, car les anciens étaient bien plus ouverts en fait, c’est un aveuglement dogmatique qui a empêché d’opter pour des solutions pragmatiques. Et surtout l’incapacité d’une poignée de nuisibles, en fait très étroits d’esprit malgré leur prétention à l’universalisme convivial, à faire leur aggiornamento. Les quelques enragés qui sévissent encore sur quelques sites sont très peu nombreux et toujours les mêmes en fait. Je pense qu’ils sont très isolés et d’autant plus agressifs. Je suis parfois complètement éberlué de lire leur prose quand je visite, de temps en temps, certains de leurs sites. Je me rappelle du commentaire de l’un d’entre eux, dont je ne citerai pas le nom, et qui avait dit des choix graphiques d’Eric qu’ils "puaient". Le point Godwin sans doute. Quelle bêtise et quel insupportable mépris.
    Mais les chiens aboient et la caravane passe.

  • Je tiens à préciser qu’il y a des moins jeunes aussi dans l’aventure.

  • Et oui, des nettement moins jeunes - j’ai 62 ans mais informatiquement très en forme pour me régaler à retranscrire le dictionnaire de M. Pierre Méaule tant sous Windows que sous Mac vers Excel et Word. C’est prenant et très enrichissant.

  • Quand le travail sera terminé, on fêtera ça !

    Autrement oui, c’est passionnant. Même quand on croit savoir parler on se rend compte, devant la richesse lexicale du gascon, même celui du simple dialecte landais, qu’on est très très loin de posséder la langue. D’une certaine manière, c’est frustrant et c’est une incessante leçon de modestie. Quand je relis les pages et les mots, je rage de ne savoir que si peu de gascon en fait.


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